Mot valise désignant normalement
l'ensemble des techniques utilisées pour
donner naissance aux effets spéciaux
dans les films et les séries télévisées, le
Tokusatsu s'est aussi imposé comme un
genre à part au sein des productions
nipponnes. Présentation d'un phénomène
qui fascine depuis plus de cinquante ans
petits et grands à coups de héros
bigarrés et de monstres en latex…
Yvan Romanoff
Bien avant de voir débarquer les Power Rangers américains, la télévision française a connu dans les années 80, l'invasion de séries cultes made in Japan ayant pour titres Spectreman, San Ku Kaï, X-or ou Bioman… Leur originalité : mettre en scènes des créatures géantes, des guerres intergalactiques, des shérifs en armures ou des escadrons de combat défendant la Terre à bord de robots transformables. Ces fictions appartiennent en réalité toutes à un seul et même genre, dit Tokusatsu. Cette contraction du terme Tokushu satsueï (effets spéciaux) fait référence aux nombreux artifices dont les productions savent user de manière tout à la fois kitsch et sophistiquée avec leurs comédiens en costumes pratiquant les arts martiaux dans des décors de carton pâte. Il est principalement l'héritier des films de monstres (kaijû) marqués par l'empreinte du mythique lézard Godzilla créé en 1954 par le producteur Tomoyuki Tanaka et le réalisateur Ishirô Honda pour exorciser la peur du nucléaire des habitants de l'archipel. Le Tokusatsu trouve ses marques avec les débuts en 1966 de la série Ultraman et de son personnage éponyme, premier représentant des Kyodaï Henshin Hero, ces justiciers capables de se métamorphoser et de décupler leur taille. Imaginé par Eiji Tsuburaya, expert en effets spéciaux ayant travaillé sur Godzilla et fondateur de la maison de production qui porte son nom dédiée au cinéma et aux séries fantastiques, Ultraman ne tarde pas à devenir « le » super héros japonais par excellence : lui et sa longue lignée de descendants donneront au Tokusatsu ses lettres de noblesse. Ce dernier évolue, se modernise et se diversifie, et les héros de métal de Sharivan ou Speilvan vont ainsi côtoyer à l'antenne les marionnettes de Bomber X, une réalisation influencée aussi bien par La Guerre des Etoiles que par Les Sentinelles de l'air et créée en 1980 par Go Nagaï, le père de Goldorak, voire même Spiderman, devenu le temps d'une série live un pur japonais !

Premier film de Godzilla présenté au Japon en 1954 ©Kyodo News / Tôhô
Dans l'espace et dans les coeurs
Pionnier incontournable dans l'univers du Tokusatsu, la compagnie de production Tôei marque surtout les esprits avec deux licences phares, d'un côté Kamen Rider et de l'autre les séries de Sentai. Issu de l'imagination du dessinateur Shôtarô Ishinomori et représenté à ses débuts par Hiroshi Fujioka, Kamen Rider, l'humanoïde à tête d'insecte, pilote de moto rebelle et torturé, file dès 1971 sur la route de la célébrité. Puis ce sont les commandos Sentai, reconnaissables à leur groupe de soldats aux multiples couleurs, qui prennent d'assaut les chaînes de télévision du pays à partir de 1975, avec l'arrivée de Himitsu Sentai Goranger (l'escadron secret Goranger), une série dont Ishinomori est encore une fois à l'origine. La vingtaine de séquelles de Kamen Rider et les trente séries de Sentai qui vont suivre jusqu'à aujourd'hui jouissent d'une certaine renommée, chaque nouvelle saison apportant son lot d'innovations scénaristiques - avec des intrigues à tiroirs ou tournant autour d'une même thématique - et d'audaces techniques. Définitivement ancrés dans la culture populaire du Japon au point d'avoir droit à leurs magazines spécialisés et à leurs propres shows en plein air joués par des acteurs-cascadeurs, les feuilletons de Tokusatsu attirent tous les dimanches matins devant le petit écran des masses d'enfants. A ce coeur de cible évident s'ajoute toutefois ces dernières années un public plus large d'adolescent( e)s et d'adultes, essentiellement depuis que l'on fait appel pour les rôles principaux aux jolis minois de stars montantes, féminines et masculines, venues du mannequinat ou du monde du spectacle. Il n'est ainsi plus étonnant de voir régulièrement figurer aux génériques les jeunes acteurs de la médiatique troupe D-BOYS, tels Shunji Igarashi (Ultraman Mebius), Hiroki Suzuki et Hirofumi Araki (Jûken Sentai Gekiranger) ou encore l'idole actuelle des filles, Koji Seto (Kamen Rider Kiva). Qui sait, ils connaîtront peutêtre un jour un succès aussi fulgurant que celui de Joe Odagiri, incarnation en 2000 de Kamen Rider Kûga et à présent icône reconnue et appréciée du cinéma japonais grâce à ses rôles dans Shinobi, Maison de Himiko ou Mushishi. Le Tokusatsu, « tremplin » de carrière, qui l'eut-cru ?...

Le tournage de la série Ultraman Max, (épisode 1) 29 Avril 2005, Studio de Okura, Tokyo ©Kyodo News / TBS

Kamen Rider The First ©Kyodo News / Tsuburaya Production / Kamen Rider The First Project
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