Sur la piste des randonnées japonaises...
Essentiellement réputé pour
sa technologie, sa culture ou sa
cuisine, le Japon s'avère être
aussi, pour peu que l'on daigne
s'éloignerdesgrandesvilles, propice aux excursions. Avec
les deux tiers de son territoire
recouverts de reliefs et de forêts,
l'archipel donne aux amateurs de
randonnées (dites «haikingu»,
prononciation nipponne de l'anglais «hiking») et de treks en
montagne (ou «yamanobori») de
nombreuses possibilités d'évasion,
le tout à travers des circuits de
longueur et de difficulté variables
où se côtoient lacs, volcans, parcs
naturels, temples et sources
chaudes, lesquelles sont toujours
les bienvenues après de longues
heures de marche à pied...

Rares sont les pays dans le monde à proposer une
telle richesse de parcours. Les lignes qui vont suivre
n'ont pas pour vocation de présenter l'ensemble des
randonnées possibles au Japon - un guide entier n'y
suffirait pas -, mais elles viseront à donner quelques
conseils et idées aux intrépides voyageurs qui
désireraient profiter des points de vue imprenables
et des fantastiques paysages, changeants avec les
saisons, qu'offrent la plupart des randonnées dans
la nature japonaise. Même si de bonnes chaussures
de marche sont évidemment indispensables, il est
inutile de dépenser beaucoup en équipement. Toute
excursion devra par contre être minutieusement
préparée. Les plus organisés, déjà en possession
de guides de voyage dédiés à la randonnée (voir
bibliographie plus bas) ou de documents distribués
par l'office de tourisme local, prendront soin de se
procurer les cartes plastifiées de la série Yamato-
Kogen et d'apprendre la prononciation et les
caractères japonais (kanji) des lieux visités, afin de
demander le chemin ou de mieux reconnaître leurs
noms sur les panneaux indicateurs au cours des
balades. Il est également conseillé d'emporter des
vêtements chauds, des gants, du linge de rechange,
voire une lampe de poche, surtout si l'on vise les
hauteurs du classique Mont Fuji (Fuji-san).

Premiers parcours...
A partir des gares de Tôkyô, il ne faut guère plus
d'une heure pour abandonner la banlieue nipponne et gagner les premières plaines et montages toutes
proches, que les randonneurs en herbe se feront
un plaisir d'explorer au gré des sentiers. Facilement
accessible, le Mont Takao, à la lisière est de la chaîne
de montagnes Kanto, a l'avantage de proposer une
randonnée courte (une demi-journée) et simple,
parfaite pour débuter, le long de sept parcours
thématiques, spirituels ou forestiers, menant au
sommet à 600 mètres de hauteur. Un peu plus loin,
à deux heures de train de la capitale, le parc national
de Nikko - qui fait partie du patrimoine mondial de
l'UNESCO depuis 1999 - invite ses visiteurs à une
balade à travers des pans de cèdres majestueux ou
sur le pont Shinkyo, entièrement laqué de vermillon
et s'élevant gracieusement au-dessus de la rivière
Daiya, avant de les mener au temple de Chûzenji, où
repose la statue de la déesse Kannon aux Mille Bras.

Une randonnée à portée historique peut être
effectuée dans la vallée de Kiso (département de
Nagano) sur l'ancienne route Nakasendô qui reliait
autrefois Edo (l'actuelle Tôkyô) à Kyoto : on mettra
environ 3 heures pour aller de Tsumago à Magome,
deux villages typiques conservés dans le style féodal
de l'époque, de quoi dépayser celles et ceux qui sont
habitués aux ravages urbains des temps modernes.
Une fois rôdé, le marcheur pourra s'essayer à des
treks plus intenses, la plupart du temps au coeur des
parcs nationaux. La vallée de Kamikochi, longeant
sur 15 km la rivière Azusa dans le parc de Chubu-
Sangaku, dans les Alpes de la préfecture de Nagano
encore une fois, est ainsi une destination très
appréciée des touristes à la recherche de beaux
paysages de montagne, notamment à la mi-octobre
(période de «koyo» ou feuillage d'automne). Les
reliefs qui encerclent la vallée feront de fait le
bonheur des randonneurs aguerris.
S'il opte pour l'île nord d'Hokkaido, c'est vers
le parc national de Daisetsuzan que se tournera
l'aficionado de trails adepte de monts volcaniques
et de sources thermales (onsen), à moins qu'il ne
préfère, à l'opposé ouest de l'archipel, dans le
Kyûshû, la dizaine d'heures de marche nécessaire pour visiter l'île Yaku shima et sa végétation
luxuriante.
...Sacrées montagnes...
Au Japon, pour chaque immeuble, il y a une
montagne. L'auteur et randonneur de l'ère Showa
Fukada Kyûya avait établi dans son ouvrage et
bestseller Nihon Hyakumeizan une liste des cent
montagnes les plus célèbres, et parmi elles figurent
celles que l'on surnomme les trois montagnes
sacrées du Japon (Nihon Sanreizan), à savoir le
Fuji-san, le Mont Haku (Hakusan) et le Mont Tate
(Tateyama).
Le parc national du Hakusan, aux bords des
préfectures de Gifu, Fukui et Ishikawa, est réputé
pour ses nombreuses variétés de plantes alpines,
tandis que le Tateyama, en pleine préfecture de
Toyama, est notamment connu pour son temple
Oyama, ses sources situées sur le plateau Murodo et
sa cascade Shômyô-daki, la plus haute du Japon à
quelques 350 mètres d'altitude.
Des trois montagnes sacrées, c'est toutefois le
Fuji-san, souvent présenté comme «le domaine des
dieux», qui remporte tous les suffrages. Tous les ans,
ce sont près de 2 millions de Japonais et des milliers
de touristes étrangers qui s'élancent sur les pentes
du volcan endormi de la préfecture de Yamanashi,
point culminant du pays à 3 776 mètres situé sur
la côte sud de l'île de Honshû, au sud-ouest de
Tôkyô. Même si des expéditions sont organisées à
tout moment, la saison officielle de l'ascension du
Mont Fuji ne s'étend qu'aux mois de juillet / août -
les refuges étant fermés le reste de l'année. Cinq
routes faisant entre 15 et 25 km, et divisées chacune
en dix étapes (ou «go»), permettent d'atteindre le
toit du Japon. A moins de rejoindre par autocar
les cinquièmes étapes des chemins Kawaguchi-ko
(sentier indiqué pour l'ascension), Subashiri (préféré
pour le retour) et Fujinomiya (pour les montagnards
qui arrivent de la région du Kansai), la montée
dure environ 9 heures, et la descente 5 heures, en fonction des rafales de vent et des averses. Il est
de coutume d'entamer l'excursion dans l'aprèsmidi
pour passer la nuit dans un refuge haut placé,
puis de se lever très tôt afin d'assister au lever du
soleil depuis le sommet, un rituel quasi obligé pour
tout amoureux du Japon digne de ce nom. De là,
on pourra contempler le cratère étroit du Fuji-san, le
portique sacré (torii) le plus haut du pays, ou les Cinq
Lacs dormant au pied du versant nord, très prisés
par les campeurs.
...Et longs pèlerinages
Si elle reste la moins fréquentée et la plus
authentique des quatre principales îles du Japon,
Shikoku constitue par contre un véritable paradis
pour les plus grands randonneurs et ceux qui portent
un intérêt particulier à l'histoire du Bouddhisme,
puisque c'est là-bas que s'accomplit le fameux
pèlerinage des 88 temples et sanctuaires fondés
au IXème siècle par le prêtre Kûkai, plus connu
sous le nom posthume de Kôbô Daichi. Le circuit
officiel, reliant le temple Ryôzen-ji, à Naruto, au
temple Ôkubo-ji, situé dans la préfecture de
Kagawa, demandait autrefois aux pèlerins (Ohento)
de parcourir près de 1 200 km, ce qui prenait deux
mois à pied. Aujourd'hui, même s'ils gardent leur
vêtement blanc (hakui) et leur bâton (kongôzue), la
plupart arrivent par avion et effectuent la tournée des
lieux sacrés en une quinzaine de jours, généralement
en bus. Il reste aux plus courageux la possibilité
de s'essayer aux principaux tracés de ce célèbre
parcours et de faire tamponner un petit cahier dans
chaque temple visité, comme le font les fidèles. Bref,
qu'elles se veuillent exotiques, zen ou sérieuses, les
randonnées japonaises n'ont clairement pas fini de
vous faire marcher!
Yvan Romanoff
A lire
Hiking in Japan (langue anglaise)
Editeur: Lonely Planet
Ancienne Edition: 2001 - Edition 2009 à paraître en septembre - prix indicatif : 26€
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