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mardi, 15/09/2009 11:00CET

Les 10 petits secrets des chiffres japonais

Zero, ichi, ni, san, yon, go, roku, nana, hachi, kyû, jû : on a beau savoir compter jusqu'à dix dans la langue de Mishima, on ne se doute généralement pas que derrière leurs graphies occidentales ou leurs idéogrammes (kanji), les chiffres japonais cachent de véritables petits secrets. Nombres porte-bonheur ou néfastes, à double voire à triple lecture.... Voici révélées quelques unes de leurs subtilités, pour tout savoir des chiffres nippons de A à Z, ou comme on aime à dire sur l'archipel, de 1 à 10 («ichi kara ju made») !


Le chiffre 1 et son caractère japonais, utilisés dans bon nombre d'expressions, signifient «un peu» : on les emploiera notamment pour parler d'un aperçu («ichi betsu», littéralement «un regard», comme pour «jeter un oeil») ou d'une petite avancée dans quelque domaine que ce soit («ippo ippo», soit «pas à pas» ou «petit à petit»). Outre cela, le kanji représentant le 1 se retrouve parfois dans la composition des prénoms - masculins - des premiers enfants d'une famille (tel le prénom Shuichi par exemple). A l'identique, trouver dans un patronyme le caractère se rapportant au 2 ou au 3 indiquera la plupart du temps que l'on a affaire au deuxième ou troisième enfant du foyer.

Partisans de la rentabilité et de l'efficacité, les japonais ont tendance à avoir une certaine aversion pour le chiffre 2 dans le monde de l'emploi et sur leur lieu de travail. Prononcé «ni» dans sa lecture la plus courante, la lecture onyomi, ce dernier semble faire référence au verbe «nigeru», ou «fuir» en français, un comportement intolérable pour un travailleur nippon. De même, le 2 fait indéniablement penser au mois de Février, plus court que les autres, ce qui induit naturellement une perte de temps de travail.

Au Japon, il existe différentes manières de dénombrer les choses, et l'on ne comptera pas de la même façon les êtres humains que les animaux ou les bouteilles : pour chaque catégorie, on utilisera une formule dédiée. Afin de pallier à cette difficulté, les enfants apprennent dès l'école des moyens mnémotechniques pour retenir les formules de dénombrement. Parmi eux, une kazoeuta (chanson pour compter) intitulée «Ippon demo ninjin» s'amuse à quantifier des objets dont les noms débutent eux-mêmes par un nombre. Le titre évoque ainsi «une carotte», mais le terme japonais la désignant, «ninjin», fait référence au chiffre 2. Plus loin, les paroles «Nisoku demo sandaru» évoqueront «deux paires de sandales», alors que la première syllabe de «sandaru» se rapporte au 3...

Le chiffre 4 n'a pas bonne presse chez les Japonais, et pour cause : il peut se prononcer de la même façon que le mot «mort» : «shi». Voilà pourquoi il est déconseillé d'offrir un présent composé de quatre éléments, et pourquoi on préfère grouper les choses par trois ou par cinq. Pour cette même raison, on ne trouvera pas de siège numéro 4 dans les avions nippons, ni de bus touristique portant ce chiffre dans le pays. Le 9 n'est pas mieux loti, puisqu'il se dit «ku», comme dans «kurushii» («souffrance»). Les hôtels et les hôpitaux n'ont de fait pas de chambre 4 ou 9. Par extension, on se méfiera aussi des nombres 42 (pouvant se lire «shini», alias «cadavre») et 49 («shiku», «écraser») que l'on évitera d'avoir sur une plaque d'immatriculation de véhicule.

Rapporté à l'argent, le 5 serait vu en tant que symbole de prospérité : la pièce de 5 yens, aisément reconnaissable avec son trou au milieu, est d'ailleurs très souvent offerte en offrande lors des visites aux temples ou aux sanctuaires, puisque considérée comme la pièce de monnaie apportant le plus de chance («5 yens» se dit en japonais «go-en», prononciation identique au terme représentant la relation, le lien, l'attache). Avec une pièce de 500 yens ou un billet de 5000 yens en main, on s'imagine posséder cent fois ou mille fois la chance !

Dans la série des nombres «maudits», l'une des superstitions les plus connues concerne ce que l'on nomme Yakudoshi, autrement dit les années d'infortune et de calamité dans la vie des hommes et des femmes. Pour les premiers, elles correspondent à leur 25, 42 et 61 ans, tandis que pour les secondes, il s'agit des 19ème, 33ème et 37éme années. La 42ème année des hommes et la 33ème des femmes sont censées être les pires («taiyaku» ou «honyaku») en raison de la prononciation des chiffres 42 (voir plus haut) et 33 («sanzan», soit «difficile», «désastreux»). Elle se voient précédées d'une année dite «maeyaku» et suivies par une année appelée «atoyaku».

Pour mieux retenir les dates de l'Histoire, les Japonais aiment à associer les années importantes à de petites expressions significatives, construites en utilisant les différentes lectures, onoyomi et kunyomi, des chiffres qui les composent. L'année 538, marquant l'introduction officielle de bouddhisme au Japon, devient ainsi 5-3-8, ce qui peut être lu go-san-pa, proche du terme «gosanpai», le nom donné à la révérence traditionnellement faite lorsque l'on se rend dans un temple. L'année 1492 de la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb va elle prendre la forme i-yo-ku-ni pour former la phrase pour former la phrase «iyo, kuni ga mieta» («Oh, j'ai vu la terre»).

Extrême opposé du 4 et du 9, le 8 est plutôt considéré comme un chiffre porte-bonheur, non à cause de sa prononciation, mais de la forme de son idéogramme. Les deux traits qui le composent s'élargissent à la base, comme pour s'ouvrir vers l'infini : on parle alors de «sue hirogari», c'est-àdire de bonheur éternel, considérant que ce kanji est annonciateur de temps meilleurs ou d'heureux événements à venir.

Bien qu'ils s'en cachent , les Japonais affectionnent les jeux de mots et l'on ne manque pas de se servir des diverses prononciations des nombres pour former des «goroawase», littéralement des substitutions de mots par des chiffres. Cela peut valoir pour des noms de quartiers (Shibuya, le coin branché de Tokyo, devient shi-bu-ya et donc 428 en chiffres) ou d'autres concepts. Le nombre 4649 traduira des salutations («yoroshiku»), 893 servira à désigner un yakuza et 1564 un meurtre («hitogoroshi»). Chose amusante, si l'on additionne 18782 («iyanayatsu», soit une personne abominable) à lui-même, on obtient 37564, ou «minagoroshi» - un massacre !

A l'époque de la radiomessagerie, les utilisateurs de pagers s'efforçaient de transmettre leurs messages avec le moins de caractères possibles. C'est ainsi que l'on a vu apparaître, bienavant les SMS, des chiffres faisant, en fonction de leur lecture approximative, voire de leur prononciation anglaise, office de raccourcis. 0840 pouvait se lire «ohayô» («bonjour»), 14106 «aishiteru» («je t'aime»), 724106 «nani shiteru» («qu'est-ce que tu fais ?» et 3470 «sayonara» («au revoir»). Bien sûr, cette pratique est révolue depuis l'apparition des émoticones et autres smileys dans les textos japonais...

Yvan Romanoff


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