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mardi, 13/10/2009 20:00CET

Passation de pouvoir
Le Japon peut-il changer ?

Le 23 septembre dernier, lors de l’ouverture du premier sommet nippo-américain après la passation de pouvoir, le nouveau Premier Ministre Yukio Hatoyama s’est exprimé ainsi au Président Obama : « Les Etats-Unis viennent de connaître un changement important qui s’est répercuté jusqu’au Japon en traversant l’Océan Pacifique. Grâce à cela, nous avons également pu changer le pouvoir ».


Hatoyama
Apres la victoire du Parti Démocrate du Japon(PDJ), le président du Parti Yukio Hatoyama est nommé, le 16 septembre 2009 Premier Ministre du Japon

Avant ces élections « par élimination », un homme d’une trentaine d’années s’exprimait ainsi : « Actuellement, mon vote ne bascule vers aucun parti en place. Ce qui est sûr, c’est qu’il faut en finir avec le pouvoir du Parti Libéral Démocrate (PLD). Vu son importance, seul le Parti Démocrate du Japon (PDJ) en est capable. Mais ce n’est pas pour cela non plus que je vais pencher vers ce dernier ».

En 2002, le vainqueur des élections interne du PLD, Junichirô Koizumi (retiré en 2008), avait promis de « casser le parti », et en avait ainsi commencé la réforme. En 2005, lors des pré-élections des membres de la Chambre des Représentants (Chambre basse), il gagne la faveur de l’opinion en utilisant astucieusement les médias. En accusant de traitrise les membres de son parti s’opposant à la privatisation de la Poste, il remporte 296 sièges en mettant en place les « Koizumi children ».

Cependant, ses réformes ont provoqué un phénomène de classes entrainant une augmentation de l’écart entre les riches et les pauvres, au point de parler de société à 2 vitesses. De plus, avec le problème de la diminution des naissances et du vieillissement de la population, de l’assurance maladie , les effets de la crise d’envergure internationale de l’automne précédent, l’agacement et l’inquiétude du peuple n’a fait que grandir au fil des 3 années et 3 premiers ministres après le pouvoir Koizumi.

Dans le Japon d’aujourd’hui qui compte 3 590 000 chômeurs, le changement de pouvoir de ces dernières élections a plus attiré l’attention que le programme proposé. Plutôt que la victoire écrasante du PDJ avec 308 sièges (+193), c’est l’imposante défaite du PLD (-181 sièges actuellement 119) qui marque les esprits (en tout il y a 480 sièges).

Pourtant, depuis la formation du parti en 1955, c’est la première fois que le PLD laisse sa place de leader et que le premier parti de l’opposition obtient la majorité en usurpant le pouvoir.

Le 30 août dernier, le jour où l’histoire du Japon a basculé, le moment où le changement de pouvoir s’est réalisé, le visage de Hatoyama était empreint de tension. Lors de la conférence de presse, il choisit soigneusement ses mots en s’exprimant ainsi : « Peuple du Japon, vous avez été déçu par le gouvernement en place. Ce résultat, c’est votre victoire. Je suis conscient de l’énorme responsabilité qui m’incombe ».

Le 16 septembre dernier naît le gouvernement Hatoyama. Il doit faire face à une montagne de problèmes, comme la révision du budget et des travaux publics, les problèmes économiques y-compris la hausse du yen, les problèmes de santé et la diminution des naissances, la mise en place du Bureau National de la Stratégie, les tensions avec les hauts fonctionnaires à propos de leur trop grande dépendance, les divisions d’opinions au sein de la coalition du pouvoir, le retard de la session extraordinaire du parlement... De plus, un scandale de suspicion de détournement de fonds repose sur le premier ministre. Depuis sa mise en place, ce récent gouvernement tente de traiter ces problèmes de manière empirique, et de faire face de toutes ces forces en mettant notamment en place de nombreux nouveaux parlementaires. On sent ainsi petit à petit les prémisses d’un changement dans le Japon.

Environ un mois après les élections, une enquête d’opinion du journal Yomiuri réalisée du 2 au 4 octobre montre que 71% contre 21% des Japonais soutiennent le gouvernement Hatoyama. Les chiffres ont diminué par rapport à une enquête réalisée lors de la formation du gouvernement (du 16 au 17 septembre), qui montrait 75% de soutien, mais le niveau reste très élevé.

Obama
Nouveau Premier Ministre du Japon Yukio Hatoyama
rencontre avec le président d’Etats-Unis Barack Obama

Une femme de la quarantaine l’affirme : « Plus que les résultats, mon espoir est mitigé. Je n’ai pas de grande attente, mais je me dis que ce gouvernement pourra peut-être réussir là où le PLD a échoué. Après 60 années de stagnation, ce ne sera pas si simple de crever l'abcès. Pour l’instant je suis en phase d’observation. C’est pour cela que je souhaite un maximum d’informations pour pouvoir vivre dans un Japon serein ».

Malgré ces propos, nombre de problèmes doivent être résolus dans l’urgence. Le 26 de ce mois doit se tenir la première session extraordinaire de l’assemblée depuis le changement de pouvoir. Ce sera l’occasion pour la première fois pour le PLD de prendre la place de l’opposition face au PDJ élu par le peuple qui devra être attentif et lever la voix. Ce sera pour l’avenir la force motrice qui permettra la mise en place d’un pouvoir politique fort et la naissance d’un système bipartite sain. Les Japonais pourront ainsi obtenir une vie de qualité.

Le pouvoir a changé, maintenant c’est au tout des médias

Tout s’est passé lors de la conférence de presse d’investiture. Le 16 septembre, via internet, quelques journalistes freelances ont titré « promesses non tenues dès l’investiture », et la situation s’est envenimée à travers le net.

Au Japon, il existe ce qu’on appelle le « Kisha Club » (Japan National Press Club). Cet organisme indépendant composé de journalistes des grands médias (journaux, agences de presse, chaînes de télévision), a été créé en 1890 afin d’approcher les organes officiels. Pourtant, plus de cent ans après, on dit de ce groupe destiné à diffuser l’information au public qu’il serait source de censure. Cela provient du fait que les journalistes freelances et les médias étrangers en sont exclus, et qu’un petit nombre de journalistes entretiendraient des relations privilégiées et fermées avec les organes officiels, ce qui serait source de connivence et de corruption.

Jusqu’à présent, les conférences de presse dans la résidence officielle, avec les politiques, le gouvernement central et les organes officiels, étaient réalisées sous l’égide des organisateurs du Kisha Club, et les autres journalistes ne pouvaient y assister. En 2002, le PDJ avait déjà autorisé les journalistes non membres (magasines, net, médias étrangers, freelances...). Lors de son annonce comme candidat, le Premier Ministre Hatoyama avait d’ailleurs déclaré qu’il ouvrirait à tous les journalistes la conférences de presse de son éventuelle investiture.

Obama
Premier conférence de presse avec le ministre d’Affaire
Étrangère Katsuya Okada, avec participation des
journalistes non membres de Kisha Club.

Lors de cette cérémonie, le 16 septembre, seul un certain nombre de journalistes de magasines et de médias étrangers avaient été autorisé à y participer en plus des membres du Kisha Club. Mais ils étaient uniquement présents comme observateurs, sans pouvoir poser de questions. On dit que cela serait suite à la pression subie par les grands médias vers le PDJ. En effet, les mass-médias ont la « force » de négativiser une campagne.

Les journalistes ont la responsabilité et le devoir absolu de surveiller le pouvoir. Plus les relations entre la politique et la presse seront droites, offrant au peuple une information juste, vérifiable, plus le pouvoir face au peuple sera sain. Cependant, notons que ces journalistes qui doivent veiller sont ceux-là mêmes qui, privilégiés, contrôlent l’information... C’est ce qui n’avait jamais changé au Japon, c’étaient les grands médias.

Le 29 septembre, 30 journalistes d’horizons divers préalablement enregistrés en plus des membres du Kisha Club, ont pu assister à la conférence de presse de Katsuya Okada, Ministre des Affaires Étrangères. En ouverture il s’est exprimé ainsi : « À partir de ce jour, nous ouvrons toutes les conférences des ministres et vice-ministres à l’ensemble des journalistes ». Ayant déjà participé à cette phase d’ouverture du PDJ en 2002, il a continué sur ces mots : « Si nous pouvons poursuivre sur cette voie, il n’y aura plus de possibilité de voler à des journalistes la possibilité de collecter de l’information, et cela aura un impact sur le droit à l’information du peuple ».

Pourtant, ce n’est pas aux hauts fonctionnaires d’exprimer de manière autonome cette libéralisation, mais cela reviendrait plutôt aux membres du Kisha Club. Ils devraient d’ailleurs démontrer leur habileté à être de prétendus journalistes.

Le 6 octobre, Shizuka Kamei, Secretaire d'Etat chargé des Postes et des Finances, a réalisé deux conférences de presse. En effet, le Kisha Club, organisateur de la conférence de l’Agence des Services financiers, en a refusé l’ouverture aux autres journalistes. « Le Kisha Club est vieux jeu, j’ai donc du tout faire moi-même ». Après ce premier entretien, il a donc organisé une seconde conférence avec des journalistes extérieurs. On ne peut juger cette situation que comme absurde. Face au reportage du site d’actualités J-CAST, un journaliste du journal Yomiuri porte-parole du Kisha Club, a indiqué que « si on ouvre les conférences à tous les journalistes, cela ne fera que nuire à leur bon déroulement », mais n’a pas apporté de précisions concrètes sur la situation.

Les personnes qui détiennent longtemps des privilèges ont tendance à devenir conservatrices. Les grands médias existants sont d’ailleurs pris dans un dilemme face à l’essor des médias du net. Le pouvoir à changé. Afin ne pas connaître une défaite écrasante comme le PLD, dans l’intérêt du Japon, la force du changement est nécessaire.

Ryoko Umemuro, traduit en français par Thibault.C


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