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mardi, 15/12/2009 11:00CET

Fin d'année au Japon: une saison très affairée

Fin d'automne au Japon. Les momiji (érables) se colorent dès novembre, d'abord au nord extrême, démarrant une déferlante qui gagne les îles du sud courant décembre. Leurs teintes rouges dominantes sont contrastées par d'autres momiji oranges, jaunes vifs ou restés verts. Le momijigari, la promenade sous les érables, est l'activité préférée de la saison.

Texte et photos par Arnold Groeschel

Il y a aussi des expositions de chrysanthèmes très variées, de la grande fleur unique aux compositions de centaines de fleurs à partir d'une seule plante, en passant par de charmants bonsai. N'oublions pas que le chrysanthème à 16 pétales est l'emblème de l'empereur. Dans les parcs et jardins, le paysage se transforme : on attache les branches des arbres, on entoure les arbustes avec des cordes. Le fouyougakoi est une façon très décorative de les protéger par temps de neige. En ville, les grands magasins font des décors fastueux pour attirer les acheteurs de oseibo. Ces cadeaux de fin d'année traditionnels représentent une part importante de leur chiffre d'affaires.

Les promenades des grandes villes sont parées d'une féerie de lumières, lieux de choix pour les amoureux. Le soir du 24 décembre est considéré comme leur fête, une sor te de deuxième St . Valentin. Les Japonais ont adopté Noël, surtout par romantisme et à des fins commerciales semble-t-il. Son aspect religieux n’est observé que par le million de chrétiens que compte l'archipel, moins d'un pour cent de la population. Noël n’est pas férié. Les familles consomment juste de volumineuses tartes de fraises à la Chantilly, aux couleurs du père Noël qui ne manquera pas d'apporter des cadeaux aux enfants. Noël est vite oublié, car il faut préparer le Nouvel An (qu'on fête le 1er janvier depuis l'ère Meiji), la plus grande festivité de l'année et l'occasion de retrouvailles familiales obligatoires. C'est le moment de s'envoyer quelques billions de cartes de Nouvel An que la poste stockera et délivrera en paquet le 1er janvier, à condition qu'elles aient été postées avant Noël.

C'est aussi le moment d'observer bien des coutumes religieuses. Pour réussir toute entreprise nouvelle, les Japonais font appel à la religion shinto (la voie des divinités), qu'il s'agisse de commencer l'année, d'une naissance, d'études, de l'achat d'une voiture, de se marier, de bâtir une maison, une route ou une usine. Une des vocations de cette religion indigène est de prémunir du mal et des accidents. Chaque logement, chaque entreprise à un kamidana (autel shinto), généralement accrochés en hauteur dans la meilleure pièce. L'autel a la forme d'un temple miniature en bois. Devant, il y a une tablette pour les offrandes : des branches de sakaki (arbre aux feuilles persistantes), de l'eau, du saké, du sel, etc. L'exigence fondamentale du shinto est la pureté physique et psychique. Pour préparer le Nouvel An, on commence donc par nettoyer l'habitation de fond en comble. Pour terminer, on accrochera un nouveau shimenawa devant l'autel.

C'est une corde de paille de riz tressée qui désigne un lieu sacré. On placera un kagamimochi sur un plateau d'offrandes. Ce sont deux galettes rondes de riz cuit pilé, superposées et ornées d'une sorte de mandarine. Parmi les décorations traditionnelles, les kadomatsou sont des compositions de bambous verts coupés en pointe, de branches de pin et de fleurs de prunus qu’on place devant ou à l'entrée des maisons. L'élaboration et la richesse de tous ces éléments décoratifs varient selon les familles et les régions, mais les couleurs dominantes sont le vert, l'orange, le blanc et le rouge, couleur festive par excellence. Il faut aussi préparer les repas à l'avance, car le 1er janvier est un jour vraiment chômé, la maîtresse du foyer se repose et pour certains magasins c'est l'unique jour de fermeture. Les dernières minutes de l'année sont annoncées par les cloches des temples bouddhistes, le joya no kane. Généralement une seule grande cloche en bronze y est accrochée sous une structure de faible hauteur munie d'un toit. Leur sonorité est assez sombre et résonne longtemps, car on les fait retentir grâce à un rondin suspendu à l'horizontale et mû par une ou plusieures cordes. Selon la croyance bouddhiste, l'humain est tourmenté de 108 désirs séculiers. On sonne donc 108 coups afin de s'en soulager avant le Nouvel An. Puis on se rend à la première prière de l'année, le hatsoumode. Les plus téméraires vont braver les foules des temples shinto principaux comme au sanctuaire Meiji Jingu à Tokyo qui reçoit plus de trois millions de visiteurs dans les trois premiers jours de l'année. De grands renforts de policiers y règlent le flux des foules afin d'éviter les accidents. En cette période, les chemins d'accès sont souvent bordés d'innombrables tablettes ou lanternes. Chacune correspond à une offrande d'argent et est inscrite du nom du donateur, souvent des sociétés ayant requis des prières pour une année prospère. Devant le bâtiment principal de grandes bâches sont tendues, car le tronc, même conséquent, ne saurait accueillir la pluie pièces de monnaie qu'on jette à distance à défaut d'avoir pu atteindre le premier rang pour prier. La prière shinto est autant expression de gratitude que requête.

On vient pour faire brûler les amulettes de l'année précédente et pour en acheter des nouvelles ou encore des flèches destinées à éloigner le malheur. Certains viendront avant minuit pour prier d'une année à l'autre. D’autres encore braveront le froid pour attendre le premier soleil levant au sommet d'une montagne, également un lieu sacré selon la croyance shinto. Pour ceux qui auront choisi de réveillonner à la maison c'est soirée télé pour une véritable institution : le koohakou outa gassen de la NHK. C'est un concours de chansons de stars et de célébrités opposant les rouges (les femmes) aux blancs (les hommes). Il s’interrompt un peu avant minuit pour la diffusion en direct du joya no kane depuis quelques temples particulièrement pittoresques. Le grand moment arrivé, on se souhaite, “akemashite omedetoo gozaimasou”, littéralement “félicitations à l'aube.” Le repas typique, le osechi ryori consiste de multiples variétés de fruits de mer et légumes, ayant tous une valeur symbolique de bon augure et de longévité, présentés dans une boite compartimentée laquée. On mange aussi des mochi (voir kagamimochi) agrémentés selon la tradition locale, souvent avec une sauce de haricots rouges sucrés. On prend une coupe de toso, du saké infusé d'herbes médicinales. Les enfants reçoivent des otoshidama, de l'argent dans une petite enveloppe. Les premiers jours de l'année sont un rare moment de repos en famille.

Traditionnellement toute activité commerciale s’arrêtait, mais par ces temps d'économie difficiles les magasins tentent d’attirer le consommateur avec des soldes très avantageuses dès le 2 janvier.

C'est la période des trains bondés et de tous les embouteillages. C'est aussi une période prolongée de fêtes sociables ou tous les prétextes sont bons pour aller boire ensemble.

Cette liste d'activités et traditions n'est bien sûr pas exhaustive et c'est décidément une saison fascinante qui révèle bien l'esthétique, les coutumes et les superstitions chères à l'âme japonaise.


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