Tradition vivante Le monde des geishas
Les geishas évoquent le plus souvent une ambiance
particulière. Vêtues d'un kimono, maquillées de blanc, se
déplaçant avec fascination, exotiques et belles. Cependant, cette
réalité est masquée par un voile de mysticisme. Fier de 400 ans
d'histoire, c'est un monde très mystérieux dont voici le vrai visage.
Texte par Kazushi Takeuchi - PRESS PARIS, traduit en français par Thibault.C, photo
par Association Asakusa de Tokyo www.asakusageisha.com

Le lieu où tout commence, le kagai
En lisant l'ouvrage de l'écrivain Arthur Golden
« Geisha », on se rend compte que beaucoup
de personnes sont attirées par l’univers raffiné et
fascinant des geishas japonaises. Comme chacun
le sait, il s'agit d'une tradition vivante qui fait la fierté
du Japon, mais dont la réalité est en fait très peu
connue. Alors que sont réellement
les geishas ?
Pour tenter de percer ce mystère, il faut d'abord
s'intéresser au kagai (quartier des fleurs). C'est
le seul endroit où vous pourrez rencontrer des
geishas, dans les quelque 60 quartiers des plaisirs
que compte le Japon. On l'appelle également
karyûkai (quartier des fleurs et des saules). L'histoire
de ces quartiers, situés principalement dans les
grandes villes et les ports, est très ancienne. Les
geishas, à travers leur art du chant et de la danse, y
distrayaient alors les clients des maisons de saké. A
partir du milieu de l'époque d'Edo (1600-1868),
l'organisat ion du kagai se
rapproche du
système actuel .
Afin d'accueillir les
clients, les geishas
se répartissent les
rôles en 3 branches
d'activités: les
maisons d'at tente
(machiai ryôtei)
qui organisent les
réceptions, les
maisons de geishas
(okiya) auxquel les elles appartiennent, les
restaurants (ryôriya) où elles cuisinent et apportent
les mets aux clients. Dès la seconde moitié de l'ère
Meiji (1868-1912), des maisons d'attente réalisant
elles-mêmes la cuisine font leur apparition, et ce
système des 3 branches commence à disparaitre
peu à peu. Actuellement ne subsistent que les ryôtei
où l'on mange et se divertit et les okiya, ainsi que les
kemban qui font le lien entre les deux.

Trois façons de bien s'amuser au kagai
On dit qu'il existe 3 manières de se divertir au
kagai. Tout d'abord, il s'agit de profiter des arts des
geishas. A l'origine, se terme désigne d'ailleurs les
artistes qui savent jouer du shamisen (instrument
traditionnel à cordes pincées) et danser. Dans les
ryôtei, les clients les désignent et apprécient leurs
arts dans une pièce traditionnelle. Autrement dit, il
s'agit d'un concert privé. Même si l'on se résume au
terme commun de geisha, leur dénomination diffère
en fonction de leur rôle et expérience. Celles qui
dansent sont des tachikata, celles qui accompagnent
musicalement par le shamisen, le chant ou le tambour
sont des jikata. Les morceaux, chants traditionnels
japonais que l'on nomme nagauta (chant long), sont
raccourcis à 3 minutes pour s'adapter aux ozashiki (pièces japonaises). Les tachikata dansent au rythme
du chant ou de la musique des jikata. Ces arts sont
des trésors transmis précieusement de génération
en génération, ce qui explique le soin qu’on apporte à
qualifier les geishas de tradition culturelle du Japon. A
part la danse et le shamisen, elles savent également
divertir les clients à travers leur art oratoire ou bien
des jeux, mais en aucun cas n'ont de relations
sexuelles.
Ensuite, il y a la cuisine de saison et le saké. Dans
les ryôtei, on peut déguster la cuisine traditionnelle
japonaise confectionnée par des artisans. Le
menu est fixé et est réalisé pendant longtemps à
l'aide d’ingrédients de saison, d'où la nécessité de
réserver. Entre chaque plat, les geishas servent le
saké. Cette coutume se nomme oshaku, et elle se
retrouve chez tous les Japonais pour accueillir des
invités.
Enfin, on s'installe dans une pièce réservée pour
s'amuser et se sentir comme un roi. Dès la porte
d'entrée du ryôtei, on pénètre dans un monde de
rêve. L'apparence du lieu, l'ambiance des pièces,
les geishas et leur blanche beauté, les ustensiles,
tout est éclatant jusque dans les moindres recoins.
Il s'agit de la quintessence de l'hospitalité. Dans le kagai, vous ne pouvez échapper à un de ces trois
éléments.
L'essence des geishas vue dans
Asakusa, kagai où vit la tradition
Parmi tous les kagai, un des plus célèbres est
celui d'Asakusa à Tokyo. Ce quartier, un des 6
kagai représentatifs de Tokyo (Shimbashi, Akasaka,
Kagurazaka, Yoshichô, Mukôj ima, Asakusa) ,
est à l'origine de nombreux arts et est un lieu
particulièrement apprécié du peuple. Il se situe au
nord du temple Asakusa connu pour son énorme
lanterne rouge. En 2008, l'Australienne Fiona
Graham à fait parler d'elle en étant la première
étrangère acceptée comme geisha. Actuellement,
ce quartier compte environ 50 geishas. Certaines
font leur entrée dans ce monde juste après le lycée,
d'autres après avoir travaillé pour réaliser leur rêve.
Il y en a même qui sont là juste pour s'entraîner à
devenir de une parfaites épouses, les raisons sont
donc diverses. Mais ce monde est d'une sévérité
inimaginable. En plus du dur entraînement quotidien à
la danse, la musique et l'art du thé, elles s'occupent
de divertir les clients le soir avec du saké. On ne peut
pas exercer de manière superficielle. De plus, même
si l'on commence à l'âge de 20 ans, il faudra encore
20 à 30 années pour être reconnue comme jikata.
Yûko, fière de 70 années de geisha, nous raconte :
« Devenir une geisha n'était pas quelque chose de
dur car je pouvais jouer du shamisen. La première
fois que j'en ai eu un entre les mains, je fus tellement
heureuse. J'ai pratiqué sans relâche afin de pouvoir
me produire devant des gens. Je n’ai donc jamais
pensé un seul instant que mon travail était difficile ».
En fait, les geishas d'Asakusa sont toutes très
motivées, notamment par cet amour pour la danse
et la musique. Même à 86 ans, Yûko nous explique
pourquoi elle continue son activité de geisha : « Je
continue, car je veux perpétrer l'esprit des geishas
qui ont hérité du coeur d'Edo, en tentant de faire
connaître au plus grand nombre la culture et les arts
d'Asakusa ».
L'activité de geisha ne peut se passer du soutien
des clients. Cette clientèle est nombreuse et
principalement composée de grands patrons. CHIBA
Keiji, chef du bureau de l'Association Asakusa de
Tokyo, et responsable des relations publiques, nous
explique que « Asakusa est traditionnellement un lieu
de visite, avec de nombreuses fêtes et évènements
avec la population locale. Ainsi, il y a plus de
touristes que d'habitants. Ils viennent d'ailleurs
exprès lors de démonstration de danse ou d'arts de
geisha, et certains apportent même des bouquets de
fleurs. Nous les en remercions. Nous avons un lien
profond avec les clients ». On peut même percevoir
une relation quasi familiale.
Les geishas répondent par l'amour à l'amour
de leurs clients. L'accumulation de cette relation
de confiance au cours de 400 ans est peut-être la
raison de leur pérennité.
Notions à propos des geishas
Objet incontournable: Senjafuda
A l'origine, il s'agit d'une prière
que l'on appose sur les colonnes
ou le plafond d'un sanctuai re
shintô lorsque l'on s'y rend.
Les geishas en ont fait des
autocollants qu'elles utilisent
comme cartes de visite. Chacune
à son propre design ce qui les
rend très singuliers.
Journée type d'une geisha
Matin Levé
Après-midi
12:00 Entraînement (Danse, shamisen, tambour, cérémonie du thé,…)
15:30 Petite collation (pour ne pas devenir ivre le soir)
16:00 Préparatifs (kimono maquillage)
18:00 Attention des clients (Aucun règlement pour l'heure de fin)
Système et paiement

Exemple
Pour 4 personnes avec repas et boissons, 2 geishas, 2
heures, comptez environ 136 600 yen, soit 34 150 yen par
personne (environ 260€).
Pour les étrangers, il est conseillé d'utiliser les tours
opérateurs qui proposent des forfaits.
|