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mardi, 05/01/2010 12:00CET

Tradition vivante
Le monde des geishas

Les geishas évoquent le plus souvent une ambiance particulière. Vêtues d'un kimono, maquillées de blanc, se déplaçant avec fascination, exotiques et belles. Cependant, cette réalité est masquée par un voile de mysticisme. Fier de 400 ans d'histoire, c'est un monde très mystérieux dont voici le vrai visage.

Texte par Kazushi Takeuchi - PRESS PARIS, traduit en français par Thibault.C, photo par Association Asakusa de Tokyo www.asakusageisha.com

Le lieu où tout commence, le kagai

En lisant l'ouvrage de l'écrivain Arthur Golden « Geisha », on se rend compte que beaucoup de personnes sont attirées par l’univers raffiné et fascinant des geishas japonaises. Comme chacun le sait, il s'agit d'une tradition vivante qui fait la fierté du Japon, mais dont la réalité est en fait très peu connue. Alors que sont réellement les geishas ?

Pour tenter de percer ce mystère, il faut d'abord s'intéresser au kagai (quartier des fleurs). C'est le seul endroit où vous pourrez rencontrer des geishas, dans les quelque 60 quartiers des plaisirs que compte le Japon. On l'appelle également karyûkai (quartier des fleurs et des saules). L'histoire de ces quartiers, situés principalement dans les grandes villes et les ports, est très ancienne. Les geishas, à travers leur art du chant et de la danse, y distrayaient alors les clients des maisons de saké. A partir du milieu de l'époque d'Edo (1600-1868), l'organisat ion du kagai se rapproche du système actuel . Afin d'accueillir les clients, les geishas se répartissent les rôles en 3 branches d'activités: les maisons d'at tente (machiai ryôtei) qui organisent les réceptions, les maisons de geishas (okiya) auxquel les elles appartiennent, les restaurants (ryôriya) où elles cuisinent et apportent les mets aux clients. Dès la seconde moitié de l'ère Meiji (1868-1912), des maisons d'attente réalisant elles-mêmes la cuisine font leur apparition, et ce système des 3 branches commence à disparaitre peu à peu. Actuellement ne subsistent que les ryôtei où l'on mange et se divertit et les okiya, ainsi que les kemban qui font le lien entre les deux.

Trois façons de bien s'amuser au kagai

On dit qu'il existe 3 manières de se divertir au kagai. Tout d'abord, il s'agit de profiter des arts des geishas. A l'origine, se terme désigne d'ailleurs les artistes qui savent jouer du shamisen (instrument traditionnel à cordes pincées) et danser. Dans les ryôtei, les clients les désignent et apprécient leurs arts dans une pièce traditionnelle. Autrement dit, il s'agit d'un concert privé. Même si l'on se résume au terme commun de geisha, leur dénomination diffère en fonction de leur rôle et expérience. Celles qui dansent sont des tachikata, celles qui accompagnent musicalement par le shamisen, le chant ou le tambour sont des jikata. Les morceaux, chants traditionnels japonais que l'on nomme nagauta (chant long), sont raccourcis à 3 minutes pour s'adapter aux ozashiki (pièces japonaises). Les tachikata dansent au rythme du chant ou de la musique des jikata. Ces arts sont des trésors transmis précieusement de génération en génération, ce qui explique le soin qu’on apporte à qualifier les geishas de tradition culturelle du Japon. A part la danse et le shamisen, elles savent également divertir les clients à travers leur art oratoire ou bien des jeux, mais en aucun cas n'ont de relations sexuelles.

Ensuite, il y a la cuisine de saison et le saké. Dans les ryôtei, on peut déguster la cuisine traditionnelle japonaise confectionnée par des artisans. Le menu est fixé et est réalisé pendant longtemps à l'aide d’ingrédients de saison, d'où la nécessité de réserver. Entre chaque plat, les geishas servent le saké. Cette coutume se nomme oshaku, et elle se retrouve chez tous les Japonais pour accueillir des invités.

Enfin, on s'installe dans une pièce réservée pour s'amuser et se sentir comme un roi. Dès la porte d'entrée du ryôtei, on pénètre dans un monde de rêve. L'apparence du lieu, l'ambiance des pièces, les geishas et leur blanche beauté, les ustensiles, tout est éclatant jusque dans les moindres recoins. Il s'agit de la quintessence de l'hospitalité. Dans le kagai, vous ne pouvez échapper à un de ces trois éléments.

L'essence des geishas vue dans Asakusa, kagai où vit la tradition

Parmi tous les kagai, un des plus célèbres est celui d'Asakusa à Tokyo. Ce quartier, un des 6 kagai représentatifs de Tokyo (Shimbashi, Akasaka, Kagurazaka, Yoshichô, Mukôj ima, Asakusa) , est à l'origine de nombreux arts et est un lieu particulièrement apprécié du peuple. Il se situe au nord du temple Asakusa connu pour son énorme lanterne rouge. En 2008, l'Australienne Fiona Graham à fait parler d'elle en étant la première étrangère acceptée comme geisha. Actuellement, ce quartier compte environ 50 geishas. Certaines font leur entrée dans ce monde juste après le lycée, d'autres après avoir travaillé pour réaliser leur rêve. Il y en a même qui sont là juste pour s'entraîner à devenir de une parfaites épouses, les raisons sont donc diverses. Mais ce monde est d'une sévérité inimaginable. En plus du dur entraînement quotidien à la danse, la musique et l'art du thé, elles s'occupent de divertir les clients le soir avec du saké. On ne peut pas exercer de manière superficielle. De plus, même si l'on commence à l'âge de 20 ans, il faudra encore 20 à 30 années pour être reconnue comme jikata. Yûko, fière de 70 années de geisha, nous raconte : « Devenir une geisha n'était pas quelque chose de dur car je pouvais jouer du shamisen. La première fois que j'en ai eu un entre les mains, je fus tellement heureuse. J'ai pratiqué sans relâche afin de pouvoir me produire devant des gens. Je n’ai donc jamais pensé un seul instant que mon travail était difficile ». En fait, les geishas d'Asakusa sont toutes très motivées, notamment par cet amour pour la danse et la musique. Même à 86 ans, Yûko nous explique pourquoi elle continue son activité de geisha : « Je continue, car je veux perpétrer l'esprit des geishas qui ont hérité du coeur d'Edo, en tentant de faire connaître au plus grand nombre la culture et les arts d'Asakusa ».

L'activité de geisha ne peut se passer du soutien des clients. Cette clientèle est nombreuse et principalement composée de grands patrons. CHIBA Keiji, chef du bureau de l'Association Asakusa de Tokyo, et responsable des relations publiques, nous explique que « Asakusa est traditionnellement un lieu de visite, avec de nombreuses fêtes et évènements avec la population locale. Ainsi, il y a plus de touristes que d'habitants. Ils viennent d'ailleurs exprès lors de démonstration de danse ou d'arts de geisha, et certains apportent même des bouquets de fleurs. Nous les en remercions. Nous avons un lien profond avec les clients ». On peut même percevoir une relation quasi familiale.

Les geishas répondent par l'amour à l'amour de leurs clients. L'accumulation de cette relation de confiance au cours de 400 ans est peut-être la raison de leur pérennité.




Notions à propos des geishas
Objet incontournable: Senjafuda

A l'origine, il s'agit d'une prière que l'on appose sur les colonnes ou le plafond d'un sanctuai re shintô lorsque l'on s'y rend. Les geishas en ont fait des autocollants qu'elles utilisent comme cartes de visite. Chacune à son propre design ce qui les rend très singuliers.


Journée type d'une geisha

Matin
Levé
Après-midi
12:00
Entraînement (Danse, shamisen, tambour, cérémonie du thé,…)
15:30
Petite collation (pour ne pas devenir ivre le soir)
16:00
Préparatifs (kimono maquillage)
18:00
Attention des clients (Aucun règlement pour l'heure de fin)


Système et paiement

Exemple
Pour 4 personnes avec repas et boissons, 2 geishas, 2 heures, comptez environ 136 600 yen, soit 34 150 yen par personne (environ 260€). Pour les étrangers, il est conseillé d'utiliser les tours opérateurs qui proposent des forfaits.


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