Akihabara,
la « ville électrique »
et éclectique
Téléviseurs HD, portables dernier cri, jeux vidéo et robots : dans le Japon hi-tech que
nous connaissons, s'il y a un lieu à considérer encore aujourd'hui comme La Mecque des
produits électriques et électroniques, c'est bien le quartier d'Akihabara. Communément
surnommé « Denki Gai » ou « Electric Town », et de plus en plus abrégé en simple Akiba par
la jeune génération, le fameux district de Tokyo a connu bien des visages et continue de se
métamorphoser à l'heure actuelle, tout en restant toujours aussi « branché »...
Yvan Romanoff
Tirant son nom du sanctuaire d'Akiba fondé en
1870, un an après le terrible incendie qui ravagea
Tokyo, Akihabara nait sur les terres laissées en friche
au nord-est du Palais Impérial afin de le prémunir
de tout nouveau risque de feu. Mais sa légende ne
débute véritablement qu'au lendemain de la Seconde
Guerre mondiale, alors qu'apparait près de la gare
une poignée de stands en plein air vendant - l'attrait
des étudiants de la Tokyo Denki University, première
école spécialisée dans l'électricité, n'y est sans doute
pas anodin - des pièces pour radio et appareils
électriques. Petit à petit, les dits étals se regroupèrent
le long d'étroites allées sous les voies aériennes
du métro et se spécialisèrent pour donner corps à
un bazar baptisé « Radio Center ». Il s'agit là de la
première véritable incarnation historique d'Akihabara,
et c'est ici que s'amoncèlent depuis cette époque
des quantités impressionnantes de composants,
des lots entiers de multimètres et des kilomètres de
câbles électriques, le tout de manière parfaitement
chaotique. Le touriste qui ose s'aventurer dans
ces galeries ne pourra qu'être stupéfait, les stands
s'entassant les uns sur les autres. Rares sont les
enseignes qui disposent d'une porte ou d'une
vitrine, mais derrière leur aspect somme toute peu
engageant, les présentoirs regorgent de pièces
détachées et de matériels aptes à faire le bonheur
de tous les passionnés de technique et de bricolage
désireux de fabriquer eux-mêmes leurs équipements
électriques, pour peu qu'ils prennent le temps et la
peine de fouiner dans les bacs. Principal témoin des
mutations du quartier au cours des années, « Radio
Center » se contente à présent de survivre tant bien
que mal en dépit de l'émergence des nouvelles
technologies et de la crise. Les clients, moins enclins
qu'hier à acheter des machines « en kit », se font
plus rares, et les commerçants commencent à
fermer boutique en raison de leur âge avancé. Tout
le monde s'accorde à dire que cet endroit rempli de
nostalgie semble condamné à plus ou moins long
terme, mais personne ne souhaite voir disparaître ce
qui constitue les racines du quartier : en tout état de
cause, il restera à jamais l'un des endroits les plus
emblématiques du Japon de la seconde moitié du
XXème siècle.
Marché de la modernité
De la radio à l'électroménager, il n'y a qu'un pas
qu'Akihabara franchit dès les années 1960 avec
sa deuxième transformation. Santé de l’économie
japonaise aidant, divers magasins s'établissent aux
quatre coins du secteur, proposant au grand public
les toutes récentes machines à laver fabriquées
dans le pays, des réfrigérateurs à prix attractifs
qui peuvent trouver leur place dans la plupart des
foyers, les premiers téléviseurs en noir et blanc
puis en couleur, suivis par d'autres innovations
telles que les magnétoscopes ou les fours à microondes.
Le quartier devient alors tout naturellement
une « Cité Électrique », une appellation qui perdure
de nos jours bien que des établissements d'un tout
autre genre, consacrés pour leur part à la vente de
pièces pour ordinateurs, aient vu le jour, donnant
au district une troisième image, celle d'une « Ville
de l'informatique » (« Computer City »), pendant
les années 1980. Un mouvement qui se confirmera
d'ailleurs avec la montée en puissance des consoles
et des jeux vidéo, qui auront droit eux aussi à leurs
magasins spécialisés, massés au milieu des salles
d'arcade et de pachinko dont raffolent les gens.
Aux yeux des Japonais, Akihabara joue également
le rôle de laboratoire et de vitrine, symbole de leur
potentiel en matière de technologie de pointe. On ne
sera alors guère surpris d'apprendre que les robots
à usage personnel sont nés et continuent d'être
développés ici. Dans l'une des rues adjacentes à la
gare, l'espace Tsukumo Robot Kingdom, réouvert
en mai 2009 après une période de flottement, donne
un très bon aperçu de ce que les scientifiques
arrivent à faire dans le domaine de la cybernétique
et de la robotique, avec des machines à l'apparence
humaine, dotées de parole et capables de mimer les
gestes du quotidien.
Avec ses multiples visages et ses innombrables
devantures, Akihabara s'impose clairement comme
le principal marché de produits de la vie moderne.
A titre d'exemple, la Rue Montgallet de Paris et ses
dizaines de petites échoppes dédiées au matériel
informatique et hi-tech font pâle figure face à
l'artère principale d'Akihabara, la Chuo Dori (Avenue
Chuo), qui compte sur à peine quelques centaines
de mètres autant d'enseignes de l'électronique.
Impossible de les manquer dès la sortie de la gare
avec leurs puissants néons, leurs publicités sonores
ou visuelles vantant les articles du moment ou
encore leurs vendeurs, pour ne pas dire rabatteurs,
occupés à saluer chaque client potentiel. Certains
magasins, gigantesques, occupent souvent,
croissance à la verticale oblige, plusieurs étages
d'un même immeuble, quand ils ne possèdent pas
tout bonnement différents points de vente détachés
les uns des autres, dédiés ici aux ordinateurs, là aux
appareils photo, et plus loin à l'équipement audio.
A côté d'eux, une foultitude de petites boutiques
spécialisées attirent le chaland en proposant tour
à tour gadgets tendance, périphériques rares, jeux
et DVD d'occasion ou encore articles venus de
l'étranger. Une richesse de choix qui pourrait malgré
tout bien s'amenuiser dans l'avenir...
L'ère de la techno-pop
Jadis connus pour leurs bonnes affaires proposées
à prix cassés, les marchands d'Akihabara ont perdu
quelque peu de leur superbe au profit des grandes
surfaces qui s'implantent partout dans la capitale
nipponne, et notamment à Shibuya ou dans la partie
ouest de Shinjuku. Dans la Cité Électrique même, les
pet i ts général istes n'ont plus les moyens de
concurrencer les géants installés dès la sortie de la
gare, tel le Yodobashi Camera Multimedia Akiba ouvert en 2005 et qui, avec sa façade ressemblant à
un vaisseau spatial, compte près de 24.000 m2 de
surface de vente, répartis sur sept étages. Ce
mastodonte a d'ailleurs eu raison de la tour Laox « The Computer », célèbre magasin d'informatique
contraint de déposer les armes en même temps que
le bilan.
Alors qu'il est doucement en train d'évoluer aussi
bien en zone commerciale d'un côté qu'en quartier
d'affaires et résidentiel de l'autre, Akihabara a dû
faire face depuis la décennie 1990 à une mutation
impor tante. Avec l'implantat ion de magasins
de produits dérivés, CD de musique, figurines
voire recueils érotiques ayant trait à l'animation
et aux mangas à la place d'anciennes échoppes
d'électronique, le district est rapidement devenu
« Akiba », le repaire des « enfants du virtuel »,
amateurs de « Pop Culture » japonaise. La figure
de l'otaku, personne se consacrant à une passion
de manière obsessionnelle, s'est généralisée. A la
mode depuis quelques années, les Maids Cafés,
ces salons de thé colorés où l'on se fait servir
par des soubrettes, autrefois confinés dans des
recoins d'immeubles, occupent de plus en plus le
devant de la scène, tandis que les fanatiques de
cosplay (déguisements) encore rassemblés il y peu
à Harajuku, viennent volontiers parader le dimanche
dans les rues d'Akihabara fermées à la circulation,
devant le regard ébahi des badauds et les objectifs
mitrailleurs des photographes. Karine Poupée,
journaliste de l'AFP au Japon, voit surtout ce
changement, bien distinct des précédents, comme
un « glissement du matériel vers l'immatériel (...),
autrement dit des machines vers des contenus »,
une transition dont atteste l'Anime Center situé dans
l'UDX Building, faisant régulièrement la promotion
à la fois de séries animées et de technologies
robotiques. Ce n'est ni la première, ni sans doute la
dernière des mues du quartier, mais leur succession
et leur juxtaposition témoigne parfaitement, s'il
fallait encore en douter, du formidable éclectisme
d'Akihabara.
Quelques gadgets
made in Japan
1. Vous connaissiez les clés
USB sushi ? Voici leur version
miniature avec dragonne pour
les emporter partout (SushiDisk
Nano Strap, Solid Alliance)
2. Pour les fans de vieux jeux
vidéo, unp orte-cartes
reprenant le design des
manettes de la Famicom de
Nintendo (Famicom Controller
Card Case, Banpresto)
3. Avec ces écouteurs en forme
de boulon ou de banane,
impossible de passer inaperçu !
(Crazy Earphones, Elecom)
4. Envie de manger comme un
Jedi? Les baguettes-sabres
lasers de Star Wars sont
faites pour vous (Lightsaber
Chopsticks, Kotobukiya)
5. Idéal pour toujours avoir sur
soi près de 200 photos : un
petit cadre numérique aux
couleurs de Mickey et Minnie
(Framee-Pocket, Iriver Japan)
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