Les événements incontournables de l'hiver japonaise
On pourrait dire qu'il existe deux grandes
façons de passer l'hiver au Japon. Les uns
préfèreront rester autant que possible chez
eux, emmitouflés sous l'épaisse couverture
du kotatsu, cette indispensable table basse
chauffante trônant au milieu des salons
nippons. D'autres oseront au contraire
braver les fraîches températures des parties
septentrionales du pays pour aller découvrir
ce que la saison a de mieux à offrir. Admirer
ou même visiter d'originales constructions
fai tes de neige, arpenter un village
éphémère établi sur un lac gelé ou encore
skier au milieu de paysages féériques, tout
est possible ! Suivez le guide...
Yvan Romanoff

Le Festival de la Neige de Sapporo
C'est au coeur de l'hiver, alors que la Sibérie jette
son trop-plein de flocons et de gel sur les bords de
la mer et les hauteurs nordiques de l'archipel, que
l'on se rend compte à quel point le « Pays de Neige »
si chèrement décrit par l'écrivain Yasunari Kawabata
ne se limite pas seulement à la préfecture de Niigata.
Soumise à un climat encore plus extrême, l'île
d'Hokkaido semblait à ce titre la mieux placée pour
accueillir l'un des événements les plus populaires du
début de l'année: le Festival de la Neige de Sapporo
(Sapporo Yuki Matsuri). Ce dernier se tient dans le
chef-lieu de la région toutes les premières semaines
de février. Pendant sept jours, le centre-ville devient
un immense lieu d’exposition tout de blanc vêtu. L'artère principale, le parc Ôdôri, se retrouve envahie
par d'imposantes sculptures de neige et de glace,
tandis qu'un grand nombre de compositions de
tailles plus modestes apparaissent dans les rues
du quartier de divertissement de Susukino et le
secteur de Tsudome, près du stade de baseball
Sapporo Dome. L'ambiance est en tout cas à
l'émerveillement et à l'amusement: on profite des
démonstrations d'artistes sculpteurs dégrossissant
leurs blocs de glace à coups de pelles, de haches
ou de tronçonneuses avant de les affiner à l'aide
d'outils plus petits; on peut prendre part à des jeux
de glisse ou assister à différents spectacles familiaux
qui ont lieu sur des estrades faites elles aussi de
neige; enfin, à la nuit tombée, on peut à nouveau
contempler la plupart des oeuvres, illuminées pour
l'occasion. Aujourd'hui, ce sont près de deux millions
de visiteurs qui se pressent chaque année pour
admirer le travail effectué.
Les festivités ont en réalité commencé en 1950,
à l'initiative de la municipalité et du syndicat de
tourisme de la ville, avec un concours informel de
statues de neige entre lycéens, adapté d'anciennes
fêtes hivernales qui se tenaient à Sapporo avant
d'être interrompues par la guerre. Trois ans plus
tard est bâtie une sculpture de 15 mètres de haut
justement baptisée « Shôten » (« Ascention »), la
première d'une longue série d'oeuvres colossales
imaginées par des équipes toujours plus inventives.
Dès 1955, l 'événement gagne en puissance
avec la participation aux constructions, en guise
d'entraînement, des Forces japonaises d'autodéfense,
chargées des transports de poudreuse.
En 2010, pour son 61ème festival, Sapporo a vu
les préparatifs commencer dès le 7 janvier, avec la
livraison de près de 20 tonnes de neige à comprimer.
Le tout ayant dû servir à l'élaboration, moyens mécanisés à l'appui, du bijou de cette année :
une réplique gigantesque de l'église allemande
Frauenkirche de Dresde. Lors des précédentes
éditions, on aura pu voir défiler des structures
géantes représentant les châteaux de Nagoya ou
d'Himeji, la Cathédrale St. Paul ou notre bonne
vieille Tour Eiffel. Les monuments architecturaux
ne sont pas les seuls à avoir droit à leur édifice de
neige taillée : on trouve aussi des statues rendant
hommage aux personnalités de tous bords ayant
marqué l'actualité des derniers mois, d'autres en
forme d'animaux, du requin-baleine à l'ours, symbole
d'Hokkaido. Certains ouvrages représentent enfin
des figures de la mythologie nippone ou sont à
l'effigie des héros connus de dessins animés, de
bandes dessinées et de films, personnages de
Disney et Harry Potter en tête.
Ces réalisations exemplaires ont bien évidemment
forgé la réputation du festival, au Japon et même
ailleurs ! L'événement est en effet devenu célèbre
au niveau international avec les Jeux Olympiques
d'hiver de 1972, la ville de Sapporo en profitant
pour établir des jumelages avec de nombreuses municipalités dans le monde telles que Munich
en Allemagne ou Portland aux États-Unis. Depuis
cette date, le festival attire des équipes étrangères
venues d'un peu partout - de Thaïlande, du Mexique,
de Finlande, de Hong Kong, de Nouvelle-Zélande
ou de Suède - qui participent à la fabrication des
sculptures et concourent avec les artistes locaux en
vue d'obtenir le prix de la meilleure oeuvre, réalisée
à partir d'un bloc de glace de 3 mètres cubes. Une
compétition intense et spectaculaire pour un festival
immanquable !

Au coeur des kamakura de Yokote
Si l'on arpente en hiver la région de Tôhoku
et la préfecture d'Akita au nord-est de l'île de
Honshû, on ne sera pas étonné de découvrir ça et
là de drôles de petits dômes de neige, des sortes
d'igloos japonais appelées kamakura dont l'origine
remonte à l'ère d'Edo. Bâtisses typiques censées
protéger les voyageurs pris au piège des très fortes
tombées de neige, les kamakura se distinguent des
igloos traditionnels par leur mode de construction :
alors que l'on coupe des briques de neige pour
bâtir un igloo, pour faire un kamakura, on préfèrera
ériger une grosse montagne de neige d'environ
deux mètres de hauteur et la tasser pour ensuite y
creuser directement l'entrée et la pièce principale.
De même, à la différence de l'abri utilisé par les
Inuits, le kamakura n'est pas une habitation mais
un lieu construit pour vénérer le « dieu de l'eau »,
Minakami, et une alcôve est taillée à l'intérieur de la
pièce pour servir d'autel. La tradition de construire
de telles maisonnettes perdure dans plusieurs villes, et notamment dans celle de Yokote qui leur consacre
un festival chaque année à la mi-février, le Yokote
Kamakura, sans doute la plus connue des fêtes du
genre. Les habitants mettent à profit les quelques
20 à 30 centimètres de neige qui peuvent tomber
en une nuit dans le secteur pour donner naissance
durant les deux jours du festival à près de 80
kamakura, tous assez grands pour recevoir quatre ou
cinq visiteurs et répartis le long des rues enneigées
et dans le parc au milieu de la ville. Ils construisent
également environ 3000 kamakura miniatures de 50
centimètres de haut qui, une bougie allumée placée
dans leur creux, égaieront en soirée l'atmosphère
hivernale. Chose amusante, certains kamakura sont sponsorisés par des entreprises locales et
se retrouvent de fait avec une devanture ornée de
publicités !
Autrefois, cette tradition festive des kamakura était considérée par les familles du coin comme le
moyen de passer quelques heures loin des tracas
de la vie quotidienne. Désormais, comme Noël en
Occident, le rite s'adresse plus particulièrement aux
enfants. Ces derniers vont à l'intérieur des kamakura prier pour des récoltes abondantes, pour la bonne
santé de leurs proches ou pour la réussite dans leurs
études. La nuit, ils accueillent les passants autour
d'un hibachi (brasero) en leur proposant du mochi (gâteaux de riz) grillé et un verre d'amazake (boisson
sucrée très peu alcoolisée à base de riz fermenté).
Le festival offre une expérience sans pareil :
de l'extérieur, les kamakura, rougeoyants dans la
lueur des bougies, semblent flotter dans l'obscurité ;
l'intérieur des huttes, quant à lui, concilie de façon
étonnante - pour le lieu et la saison - confort et
chaleur.
L'événement connaît un succès grandissant au fil
des années, et ce sont désormais près de 220 000
visiteurs qui se bousculent au sein des kamakura de
Yokote à chaque festival. Tout n'est pas cependant
perdu pour ceux qui ne peuvent se rendre là-bas en
février : un bâtiment proche de la mairie abrite de
façon permanente une poignée de kamakura ouverts
au public, faits des dernières neiges de l'année et
préservés dans une pièce maintenue à 10°C. De
quoi passer un petit moment au frais en plein été !
A voir également
Les lacs gelés d'Hokkaido
Les lacs de la région, gelés en plein hiver, deviennent
de janvier à mars le théâtre de plusieurs festivités. Les
visiteurs peuvent profiter du festival de la glace du lac
Akan, lieu de nombreuses cérémonies et feux d'artifices,
de celui du lac Shikotsu, qui présente de nombreuses
structures de glace illuminées au cours de spectacles
diurnes et nocturnes, ou bien se balader dans le kotan
(terme des peuplades ainu signifiant « village ») éphémère
du lac Shikaribetsu, qui présente sur sa surface gelée une
flopée de constructions de glace, de la chapelle au bar,
ainsi qu'un bain chaud en plein air !
Les lanternes de neige de Tôhoku
Organisé annuellement le deuxième week-end de février
à Yonezawa, dans la préfecture de Yamagata à l'ouest
de Tôhoku, le festival des lanternes de neige (yuki dôrô)
d'Uesugi voit se dresser sur un kilomètre près de 300
lanternes de deux mètres de haut et dix fois plus de
petites lampes entièrement faites de neige et pourvues de
bougies, éclairant le chemin du parc Matsugasaki autour
du temple Uesugi. Idem avec le festival des lanternes
de neige du château d'Hirosaki qui se tient à la même
période et dans la même région, avec cette fois jusqu'à
500 grandes constructions lumineuses !
Les forêts argentées du Mont Zao
Si le domaine skiable du Mont Zao, au nord-est du pays
et encore une fois dans la préfecture de Yamagata, a la
côte auprès des touristes et des sportifs, c'est surtout
grâce à ses « monstres de neige » ou ses « arbres de
glace » (Jyuhyô), en grande partie des pins recouverts
en réalité d'un manteau glacé formé par le vent humide
soufflant depuis la Mer du Japon. Un décor des plus
enchanteurs, presque fantomatique, qui se retrouve
aujourd'hui quelque peu menacé par la pollution venue de
Chine mais que l'on peut continuer à admirer au cours du
festival des arbres de glace de Zao, de janvier à mars.
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