Situation actuelle de l'agriculture japonaise
 Rizière
En 2008, le taux d'autosuffisance alimentaire était de 41%. La production
nationale est suffisante exclusivement pour le riz, la plupart des autres produits
étant importés. On ne peut donc qu'être surpris en comparant avec le taux
français qui atteint 120%. De plus, le problème structurel de renouvellement
des agriculteurs et des vocations place le Japon face à une véritable crise, mais
paradoxalement, il connaît actuellement un boom agricole populaire. Tentons de
comprendre comment les Japonais actuels perçoivent l'agriculture.
Texte: Kazue Odaka, Traduit en français: Thibault. C, Collaboration: PRESS PARIS
Situation de l'agriculture japonaise
L'agriculture japonaise actuelle connaît nombre
de problèmes. De tous les pays développés, le
Japon connaît le plus bas taux d’autosuffisance
alimentaire (chiffres 2003 du Ministère de
l'agriculture, de la forêt et de la pêche), et le
même le produit de base que constitue le riz
est menacé par son équivalent bon marché des
pays étrangers suite à la dérèglementation des
importations. La plupart des exploitations sont de
petites tailles, et 60% des personnes y travaillant
sont âgées de plus de 65 ans (chiffres 2009 du
Ministère de l'agriculture, de la forêt et de la
pêche). Le renouvellement est faible, et de moins
en moins d'agriculteurs veulent laisser la suite à
leurs enfants, notamment car il existe de nombreux
emplois plus stables et moins difficiles. La France
dispose d'une surface agricole utile d'environ 55%,
alors que celle du Japon ne représente qu'à peu
près 13% du territoire, sachant que même parmi
les terres agricoles, de nombreuses sont en friches
(environ 8% de la totalité des terres agricoles selon
les chiffres 2009 du Ministère de l'agriculture, de
la forêt et de la pêche). En fait, on peut dire qu'il
s'agit là d'un effet secondaire des différentes politiques agricoles successives.
Remontons juste après la Seconde Guerre
mondiale. Le métayage perdurait depuis l'ère
d'Edo (1603-1868), mais se voit démanteler par
la réforme agricole instaurée par l'occupation
amér icaine. En t rans formant les métayer s
en exploitants autonomes, l'objectif était de
supprimer les lourdes taxes qu’imposaient les
propriétaires terriens, notamment sur le riz, pour
motiver les agriculteurs à produire et augmenter
rapidement la production pour mettre un terme
au manque de nourriture d'après-guerre. Grâce à
cette mesure, la situation alimentaire s'améliore.
Cependant, dans les années 60, le gouvernement
décide de rassembler les anciennes terres des
métayers pour constituer des exploitations de
plus grandes envergures et ainsi libérer de la
main-d'oeuvre pour le secteur industriel. On dit
que cette mesure aurait été inspirée du système
agricole de l'ex-RFA. Sans aucun doute, au même
titre que ce qui fût accompli autrefois lors de la
révolution agricole française, la prise d'envergure
des exploitations en Europe était un franc succès.
Mais au Japon, de nombreux agriculteurs étaient
également des ouvriers journaliers qui travaillaient
à l'usine ou bien se rendaient à la ville hors-saison,
et choisir ce chemin de la dualité ne pouvait que
vouer à l'échec toute tentative similaire.
Mais cette politique de prise d'envergure
des exploitations fût difficile dans un Japon où
la surface agricole utile était originellement
très faible. De plus, les Japonais qui, par nature,
prennent soin des terres de leurs ancêtres
transmises de génération en génération, n'allaient
pas les céder si facilement. Dès lors, de nombreux
agriculteurs durent continuer cette double vie
professionnelle afin de tenir les deux bouts de leur
exploitation familiale. Selon
les données 2009 du Ministère de l'agriculture
japonais, seuls 20% des exploitants arrivent à vivre
uniquement de leur activité agricole. Et par-dessus
tout, lorsqu'il n'y a pas de successeur, les terres
sont conservées et laissées en friche.
Dans ces mêmes années 60, le Japon surfa sur
la vague de la haute croissance économique, et
tout en diminuant la production de légumes face
à la concurrence des produits importés, il prit des
mesures qui focalisaient les efforts sur la prévision
d'une demande exponentielle du riz, des fruits et
de l'élevage. Ce fut à la fois un facteur de succès,
et la raison qui allait provoquer la diminution à
venir de l'autosuffisance du pays.
 Friche Ancienne rizière devenue friche
Réalité des exploitants et boom agricole
Les Japonais aiment ce qui est à la mode. Mais
que ce soit les vêtements, la musique, la cuisine où
les gâteaux, toute mode à une fin. Actuellement,
il est une nouvelle mode, un véritable « boom
agricole », trouvant son origine notamment dans
la crise de la diminution de l'autosuffisance et le
souci de la sécurité alimentaire. Les « agriculteurs
du week-end » en constituent une des facettes.
Des personnes, qui normalement travaillent et
perçoivent un salaire, et résident principalement
dans les grandes villes, louent des terrains agricoles
par exemple à des collectivités locales, et y
travaillent uniquement le week-end. Ils peuvent à
leur convenance utiliser des engrais ou produire de
manière totalement naturelle. De plus, c'est une
expérience intéressante pour ceux qui se destinent
ou s'intéressent au monde agricole. D’ailleurs, il y a
des « exploitations test » proposant des essais à la
journée, car particulièrement à Tokyo, les chiffres
explosent pour pouvoir en louer une.
Il y a également un « boom du travail agricole
». Dans la morosité économique actuelle, où l'on
ne sait ce que l'avenir réserve aux entreprises,
certains préfèrent en effet se reconvertir en
exploitant agricole à la campagne. On parle de
blogs racontant des aventures d'une journée
à la ferme, et on publie désormais des livres
présentant les savoirs nécessaires pour se lancer
dans l'agriculture. Face à cet engouement, Sumito
Osawa, producteur de cerises dans la préfecture
de Yamanashi, nous avertit que « ce n'est pas si
simple que ça de se reconvertir en agriculteur »,
se basant sur sa propre expérience où il a quitté
son ancien emploi au sein d'une société de
diffusion cinématographique pour reprendre cette
exploitation de cerises.
« De temps en temps , des jeunes me
demandent de les prendre en stage pour devenir
agriculteurs. Mais quand je discute avec eux, je
vois qu'ils ne sont pas prêts. Bien sûr il faut de
l'endurance, mais également être conscient de la
difficulté économique. Cette exploitation fruitière
vient de mon grand-père, et elle fonctionne
correctement car nous disposons de notre propre
circuit de vente, mais commencer de zéro est d'une
difficulté qui dépasse l'imagination. Si vous ne
possédez pas une vision économique à long terme
dès le début, alors vous n'irez pas bien loin. Mais
je suis heureux que des jeunes s'intéressent à notre
métier, et je m'efforce le plus possible d’accueillir
les plus motivés ».
Une exploitation agricole se caractérise par
une situation économique difficile à percevoir
de l'extérieur, et ce n'est pas un monde dans
lequel on peut se précipiter juste par intérêt. A
l'inverse, le soutien économique apporté au pays
par les agriculteurs actuels ou en devenir doit être
souligné.
 Exploitation de cerises Cerises de Mr Osawa
Mesures pour un rétablissement de
l'agriculture
Il y a la possibilité que le boom agricole se
termine un jour, mais il existe bien entendu des
actions pour aider l'agriculture japonaise dans ses
fondements.
On peut d'abord noter l'entrée des entreprises
dans les affaires agricoles. Depuis 2005, une
société anonyme peut exercer au même titre
qu'une exploitation de production agricole, et
on trouve des exemples d'entreprise louant des
terrains en friche pour en faire des exploitations
de grande envergure. On remarque d'ailleurs
de nombreuses participations de société dont
l'activité est totalement différente de l'agriculture,
comme la production d'appareils électroniques.
Mais contrairement à l'industrie, il est difficile
de planifier des productions qui dépendent
des variations climatiques, et le système étant
complexe, certaines entreprises abandonnent
rapidement. Pourtant, il existe des exemples de
réussite dans de nouvelles activités explorées avec
un point de vue original, qui feront certainement
bientôt parler d'elles. De plus, participer aux
problèmes alimentaires et environnementaux
en soutenant l'agriculture constitue pour les
entreprises une image très positive auprès de la
société.
On remarque ensuite un mouvement
d'exportation des produits japonais ciblant les
riches étrangers. En effet, dans de nombreux
pays d'Asie comme Hong-Kong, Taiwan, ou
encore Singapour, la confiance envers les produits
japonais et l'intérêt pour la cuisine japonaise sont
très importants. Ainsi, alors qu'ils représentent
une part de marché relativement faible au Japon,
on retrouve les produits japonais comme les
pommes, l'igname de Chine, les kakis, le thé vert,
sur les plus beaux marchés d'Asie. Les membres du
gouvernement ont d'ailleurs décidé à l'unisson de
favoriser l'augmentation des exportations.
Bien entendu, le gouvernement a de
nombreuses fois révisé les lois concernant
l'agriculture, et met en oeuvre une réforme
appropriée. D'ailleurs, la loi sur la stabilisation de
l'offre et de la demande et des prix des produits
alimentaires de bases, qui régit particulièrement
la production et la circulation du riz, propose
désormais un système hyper concurrentiel qui
offre beaucoup plus de liberté aux producteurs.
Cependant, depuis le changement de
gouvernement de l'automne dernier, les politiques
dépendent d'un nouveau pouvoir, ce qui est source
d'instabilité. Pour le soutien à l'agriculture, de
nombreux projets ont été proposés, mais on peut
s'inquiéter car il faudra certainement du temps
jusqu'à leur mise en application.
L'agriculture japonaise a-t-elle un
avenir?
La plupart des Japonais sont conscients du
faible taux d'autosuffisance de l'archipel et de la
menace existentielle qui pèse sur les agriculteurs,
ce qui se traduit notamment par le boom agricole
et les nouvelles mesures prises par le pays, les
agriculteurs, et les entreprises. Malgré cela, les
moyens fondamentaux n'ont pas encore été
instigués, et l'on tâtonne encore, ce qui laisse
transparaître le caractère opportuniste et la
tendance à s'en remettre aux autres des Japonais.
Cependant, certains critiques économiques ont
une vision plus positive, et estiment que ce sont
justement ces Japonais, forts de leur solidarité qui
ont sauvé le pays à l'époque de la haute croissance
économique en ne faisant tous qu'un, qui un
jour marcheront d'un seul pas et changeront ce
boom agricole en véritable réforme salutaire de
l'agriculture.
Aperçu d'une ferme municipale
à Tokyo : Kinuta Kleingarten
 Ferme municipale A Kinuta
Kleingarten,
les utilisateurs
peuvent se
reposer dans
cette maison
en bois
A Tokyo, on trouve environ 440 fermes municipales,
louées et gérées localement, et disponibles pour
tout habitant de l'arrondissement concerné. Kinuta
Kleingarten se trouve dans le quartier de Setagaya, et
possède trente-neuf sections, sachant qu'une section
représente environ 40m². Une section peut être louée à
plus de deux familles, ou bien à plus de cinq personnes
d'un groupe de l'arrondissement. La location se fait pour
3 ans, au tarif de 62700 yen (500€) pour une section.
Les candidats sont renouvelés tous les 3 ans et choisis
par une loterie. Il y a dix fois plus de participants que
d'heureux élus. Les utilisateurs sont de jeunes retraités,
des personnes cultivant des légumes pour faire de
l'exercice, des familles voulant connaître ensemble
les joies de la récolte, ou bien encore des aspirants
agriculteurs dont la famille s'y oppose.
Nous y avons trouvé un « agriculteur du week-end ».
Il s'agit d'un salarié d'une quarantaine d'années, marié.
Très pris par son travail, il ne peut venir que 2 à 3 fois
par mois. Du coup, les mauvaises herbes poussent en
son absence, et certaines fois il manque la période de
récolte. Mais malgré cela, il arrive à cultiver assez de
légumes pour lui et sa famille. De temps en temps, il
apprend et échange avec son voisin de section. Avec
sueur et un sourire rafraîchissant, il nous raconte que «
entre les frais d’utilisations, le prix des semis et l'engrais,
ce n'est pas très profitable, mais c'est un passe-temps
agréable. La saveur des légumes récoltés ne se retrouve
pas dans le commerce ».
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