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mardi, 13/04/2010 14:00CET

Situation actuelle de l'agriculture japonaise


Rizière

En 2008, le taux d'autosuffisance alimentaire était de 41%. La production nationale est suffisante exclusivement pour le riz, la plupart des autres produits étant importés. On ne peut donc qu'être surpris en comparant avec le taux français qui atteint 120%. De plus, le problème structurel de renouvellement des agriculteurs et des vocations place le Japon face à une véritable crise, mais paradoxalement, il connaît actuellement un boom agricole populaire. Tentons de comprendre comment les Japonais actuels perçoivent l'agriculture.

Texte: Kazue Odaka, Traduit en français: Thibault. C, Collaboration: PRESS PARIS

Situation de l'agriculture japonaise

L'agriculture japonaise actuelle connaît nombre de problèmes. De tous les pays développés, le Japon connaît le plus bas taux d’autosuffisance alimentaire (chiffres 2003 du Ministère de l'agriculture, de la forêt et de la pêche), et le même le produit de base que constitue le riz est menacé par son équivalent bon marché des pays étrangers suite à la dérèglementation des importations. La plupart des exploitations sont de petites tailles, et 60% des personnes y travaillant sont âgées de plus de 65 ans (chiffres 2009 du Ministère de l'agriculture, de la forêt et de la pêche). Le renouvellement est faible, et de moins en moins d'agriculteurs veulent laisser la suite à leurs enfants, notamment car il existe de nombreux emplois plus stables et moins difficiles. La France dispose d'une surface agricole utile d'environ 55%, alors que celle du Japon ne représente qu'à peu près 13% du territoire, sachant que même parmi les terres agricoles, de nombreuses sont en friches (environ 8% de la totalité des terres agricoles selon les chiffres 2009 du Ministère de l'agriculture, de la forêt et de la pêche). En fait, on peut dire qu'il s'agit là d'un effet secondaire des différentes politiques agricoles successives.

Remontons juste après la Seconde Guerre mondiale. Le métayage perdurait depuis l'ère d'Edo (1603-1868), mais se voit démanteler par la réforme agricole instaurée par l'occupation amér icaine. En t rans formant les métayer s en exploitants autonomes, l'objectif était de supprimer les lourdes taxes qu’imposaient les propriétaires terriens, notamment sur le riz, pour motiver les agriculteurs à produire et augmenter rapidement la production pour mettre un terme au manque de nourriture d'après-guerre. Grâce à cette mesure, la situation alimentaire s'améliore. Cependant, dans les années 60, le gouvernement décide de rassembler les anciennes terres des métayers pour constituer des exploitations de plus grandes envergures et ainsi libérer de la main-d'oeuvre pour le secteur industriel. On dit que cette mesure aurait été inspirée du système agricole de l'ex-RFA. Sans aucun doute, au même titre que ce qui fût accompli autrefois lors de la révolution agricole française, la prise d'envergure des exploitations en Europe était un franc succès.

Mais au Japon, de nombreux agriculteurs étaient également des ouvriers journaliers qui travaillaient à l'usine ou bien se rendaient à la ville hors-saison, et choisir ce chemin de la dualité ne pouvait que vouer à l'échec toute tentative similaire. Mais cette politique de prise d'envergure des exploitations fût difficile dans un Japon où la surface agricole utile était originellement très faible. De plus, les Japonais qui, par nature, prennent soin des terres de leurs ancêtres transmises de génération en génération, n'allaient pas les céder si facilement. Dès lors, de nombreux agriculteurs durent continuer cette double vie professionnelle afin de tenir les deux bouts de leur exploitation familiale. Selon les données 2009 du Ministère de l'agriculture japonais, seuls 20% des exploitants arrivent à vivre uniquement de leur activité agricole. Et par-dessus tout, lorsqu'il n'y a pas de successeur, les terres sont conservées et laissées en friche.

Dans ces mêmes années 60, le Japon surfa sur la vague de la haute croissance économique, et tout en diminuant la production de légumes face à la concurrence des produits importés, il prit des mesures qui focalisaient les efforts sur la prévision d'une demande exponentielle du riz, des fruits et de l'élevage. Ce fut à la fois un facteur de succès, et la raison qui allait provoquer la diminution à venir de l'autosuffisance du pays.


Friche Ancienne rizière devenue friche

Réalité des exploitants et boom agricole

Les Japonais aiment ce qui est à la mode. Mais que ce soit les vêtements, la musique, la cuisine où les gâteaux, toute mode à une fin. Actuellement, il est une nouvelle mode, un véritable « boom agricole », trouvant son origine notamment dans la crise de la diminution de l'autosuffisance et le souci de la sécurité alimentaire. Les « agriculteurs du week-end » en constituent une des facettes. Des personnes, qui normalement travaillent et perçoivent un salaire, et résident principalement dans les grandes villes, louent des terrains agricoles par exemple à des collectivités locales, et y travaillent uniquement le week-end. Ils peuvent à leur convenance utiliser des engrais ou produire de manière totalement naturelle. De plus, c'est une expérience intéressante pour ceux qui se destinent ou s'intéressent au monde agricole. D’ailleurs, il y a des « exploitations test » proposant des essais à la journée, car particulièrement à Tokyo, les chiffres explosent pour pouvoir en louer une.

Il y a également un « boom du travail agricole ». Dans la morosité économique actuelle, où l'on ne sait ce que l'avenir réserve aux entreprises, certains préfèrent en effet se reconvertir en exploitant agricole à la campagne. On parle de blogs racontant des aventures d'une journée à la ferme, et on publie désormais des livres présentant les savoirs nécessaires pour se lancer dans l'agriculture. Face à cet engouement, Sumito Osawa, producteur de cerises dans la préfecture de Yamanashi, nous avertit que « ce n'est pas si simple que ça de se reconvertir en agriculteur », se basant sur sa propre expérience où il a quitté son ancien emploi au sein d'une société de diffusion cinématographique pour reprendre cette exploitation de cerises.

« De temps en temps , des jeunes me demandent de les prendre en stage pour devenir agriculteurs. Mais quand je discute avec eux, je vois qu'ils ne sont pas prêts. Bien sûr il faut de l'endurance, mais également être conscient de la difficulté économique. Cette exploitation fruitière vient de mon grand-père, et elle fonctionne correctement car nous disposons de notre propre circuit de vente, mais commencer de zéro est d'une difficulté qui dépasse l'imagination. Si vous ne possédez pas une vision économique à long terme dès le début, alors vous n'irez pas bien loin. Mais je suis heureux que des jeunes s'intéressent à notre métier, et je m'efforce le plus possible d’accueillir les plus motivés ».

Une exploitation agricole se caractérise par une situation économique difficile à percevoir de l'extérieur, et ce n'est pas un monde dans lequel on peut se précipiter juste par intérêt. A l'inverse, le soutien économique apporté au pays par les agriculteurs actuels ou en devenir doit être souligné.



Exploitation de cerises Cerises de Mr Osawa

Mesures pour un rétablissement de l'agriculture

Il y a la possibilité que le boom agricole se termine un jour, mais il existe bien entendu des actions pour aider l'agriculture japonaise dans ses fondements.

On peut d'abord noter l'entrée des entreprises dans les affaires agricoles. Depuis 2005, une société anonyme peut exercer au même titre qu'une exploitation de production agricole, et on trouve des exemples d'entreprise louant des terrains en friche pour en faire des exploitations de grande envergure. On remarque d'ailleurs de nombreuses participations de société dont l'activité est totalement différente de l'agriculture, comme la production d'appareils électroniques. Mais contrairement à l'industrie, il est difficile de planifier des productions qui dépendent des variations climatiques, et le système étant complexe, certaines entreprises abandonnent rapidement. Pourtant, il existe des exemples de réussite dans de nouvelles activités explorées avec un point de vue original, qui feront certainement bientôt parler d'elles. De plus, participer aux problèmes alimentaires et environnementaux en soutenant l'agriculture constitue pour les entreprises une image très positive auprès de la société.

On remarque ensuite un mouvement d'exportation des produits japonais ciblant les riches étrangers. En effet, dans de nombreux pays d'Asie comme Hong-Kong, Taiwan, ou encore Singapour, la confiance envers les produits japonais et l'intérêt pour la cuisine japonaise sont très importants. Ainsi, alors qu'ils représentent une part de marché relativement faible au Japon, on retrouve les produits japonais comme les pommes, l'igname de Chine, les kakis, le thé vert, sur les plus beaux marchés d'Asie. Les membres du gouvernement ont d'ailleurs décidé à l'unisson de favoriser l'augmentation des exportations.

Bien entendu, le gouvernement a de nombreuses fois révisé les lois concernant l'agriculture, et met en oeuvre une réforme appropriée. D'ailleurs, la loi sur la stabilisation de l'offre et de la demande et des prix des produits alimentaires de bases, qui régit particulièrement la production et la circulation du riz, propose désormais un système hyper concurrentiel qui offre beaucoup plus de liberté aux producteurs. Cependant, depuis le changement de gouvernement de l'automne dernier, les politiques dépendent d'un nouveau pouvoir, ce qui est source d'instabilité. Pour le soutien à l'agriculture, de nombreux projets ont été proposés, mais on peut s'inquiéter car il faudra certainement du temps jusqu'à leur mise en application.

L'agriculture japonaise a-t-elle un avenir?

La plupart des Japonais sont conscients du faible taux d'autosuffisance de l'archipel et de la menace existentielle qui pèse sur les agriculteurs, ce qui se traduit notamment par le boom agricole et les nouvelles mesures prises par le pays, les agriculteurs, et les entreprises. Malgré cela, les moyens fondamentaux n'ont pas encore été instigués, et l'on tâtonne encore, ce qui laisse transparaître le caractère opportuniste et la tendance à s'en remettre aux autres des Japonais. Cependant, certains critiques économiques ont une vision plus positive, et estiment que ce sont justement ces Japonais, forts de leur solidarité qui ont sauvé le pays à l'époque de la haute croissance économique en ne faisant tous qu'un, qui un jour marcheront d'un seul pas et changeront ce boom agricole en véritable réforme salutaire de l'agriculture.


Aperçu d'une ferme municipale à Tokyo : Kinuta Kleingarten


Ferme municipale
A Kinuta Kleingarten, les utilisateurs peuvent se reposer dans cette maison en bois

A Tokyo, on trouve environ 440 fermes municipales, louées et gérées localement, et disponibles pour tout habitant de l'arrondissement concerné. Kinuta Kleingarten se trouve dans le quartier de Setagaya, et possède trente-neuf sections, sachant qu'une section représente environ 40m². Une section peut être louée à plus de deux familles, ou bien à plus de cinq personnes d'un groupe de l'arrondissement. La location se fait pour 3 ans, au tarif de 62700 yen (500€) pour une section. Les candidats sont renouvelés tous les 3 ans et choisis par une loterie. Il y a dix fois plus de participants que d'heureux élus. Les utilisateurs sont de jeunes retraités, des personnes cultivant des légumes pour faire de l'exercice, des familles voulant connaître ensemble les joies de la récolte, ou bien encore des aspirants agriculteurs dont la famille s'y oppose.

Nous y avons trouvé un « agriculteur du week-end ». Il s'agit d'un salarié d'une quarantaine d'années, marié. Très pris par son travail, il ne peut venir que 2 à 3 fois par mois. Du coup, les mauvaises herbes poussent en son absence, et certaines fois il manque la période de récolte. Mais malgré cela, il arrive à cultiver assez de légumes pour lui et sa famille. De temps en temps, il apprend et échange avec son voisin de section. Avec sueur et un sourire rafraîchissant, il nous raconte que « entre les frais d’utilisations, le prix des semis et l'engrais, ce n'est pas très profitable, mais c'est un passe-temps agréable. La saveur des légumes récoltés ne se retrouve pas dans le commerce ».





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