Mariage à la japonaise
Ces dernières années au Japon, le mariage connaît des difficultés et l'âge du premier
engagement ne cesse de reculer. Dans un contexte de diminution des naissances et
de crise financière, la conception même du mariage à évolué depuis quelques années.
Tentons d'en saisir la réalité d'aujourd'hui.
Texte: Mikiko IKEDA - Office IKEDA, en collaboration avec PRESS PARIS Traduit en français: Thibault. C
Tout d'abord pourquoi se marie-t-on ?
Au Japon, on peut officialiser un acte de
mariage en le retranscrivant dans l'état civil,
mais il est également possible, sans acte de
mariage, de vivre en couple en concubinage. Ce
mode de vie n'étant pas reconnu légalement,
il ne permet pas de bénéficier de réduction de
couple ou de l'héritage de son conjoint, mais au
prix de formalités compliquées à la mairie, il est
cependant possible de s'ajouter sur l'assurance
du partenaire et de bénéficier ainsi de quelques
garanties sociales comme la pension du conjoint
décédé. Dans la vie de tous les jours, on peut
également obtenir des réductions de famille
pour les téléphones portables. Depuis quelques
années, on voit augmenter le nombre de cas
de femmes indépendantes financièrement
qui choisissent volontairement ce statut et
conservent ainsi leur nom de jeune fille, tout en
révélant cette situation à leur entourage.
Malgré tout, cela reste un phénomène
minoritaire et bien moins répandu que le PACS
français. Et même s'il est désormais commun de
se marier à la suite d'une grossesse, la tradition
sociale qui veut que l'on se marie d'abord et que
l'on conçoive ensuite des enfants perdure, et le
mariage est donc plus avantageux socialement
et légalement. D'ailleurs, outre le facteur
économique, la confiance sociale qu'il inspire est
certainement un élément important.
* Selon la législation en vigueur au Japon, il convient de choisir
l'un ou l'autre des noms de famille lors d'un mariage.
Situation du mariage et du divorce
Selon une enquête nationale s'intéressant à
l'évolution du taux de mariage, on constate que
quelques fluctuations se répètent durant les 15
dernières années, mais la situation reste assez
stable dans son ensemble. En revanche, le taux
de personnes non mariées ne cesse d'augmenter
d'année en année atteignant, chez les 25-29 ans,
70% des hommes et 60% des femmes. De plus,
durant cette période, l'âge moyen du mariage
à reculé de 2 ans, passant à 30,4 ans pour les
hommes et 28,6 ans pour les femmes.
Concernant le divorce, malgré un pic en
2002, sa fréquence n'a fait que diminuer depuis,
et la situation est désormais stable. Afin d'avoir
un aperçu concret, comparons simplement le
nombre de mariages et de divorces, et l’on
obtient ainsi 3,5 divorces pour 10 mariages
(chiffres issus des statistiques du Ministère de la
Santé et du Travail). En 2009, il y ainsi eu 253 408
divorces pour 707 824 mariages, soit un rapport
de 35,8%. On constate donc une augmentation
très importante des divorces, puisqu'il y a 20 ans,
ce chiffre était seulement de 20%.
Konkatsu ou « la chasse au mariage »
Malgré le recul de l'âge du mar iage,
on constate également des engagements à
n'importe quel âge. En effet, si l'âge du premier
mariage s'effectue de plus en plus tard, les cas
de mariages suite à grossesse chez les 18-25 ans
sont en augmentation. Ainsi, tout le monde ne
se marie plus comme autrefois aux alentours
des mêmes âges. Le monde est devenu pratique,
et l'on peut désormais survivre sans être marié.
Socialement aussi, on observe désormais une
tendance à laisser le choix de se marier ou non à
l'intéressé. De ce fait, même si l'on ne se limite
plus au timing que l'on avait imaginé pour se
marier, on observe un nouveau phénomène de
personnes qui ne peuvent pas se marier malgré
leur souhait.
Dans cette situation, un sociologue à en 2007
inventé un nouveau terme désignant l'ensemble
des activités mises en oeuvre pour se marier
(konkatsu). Ce mot-valise, contraction du terme
kekkon katsudou, révèle que tout comme pour
trouver un emploi, il faut s'employer à diverses
activités et moyens pour se marier. Dans le Japon
d'aujourd'hui en pleine crise démographique le
konkatsu, connaît un véritable boom, au point
d'être soutenu par de plus en plus de collectivités
locales, fai sant de lui plus qu’un s imple
phénomène de mode.
Toile de fond du boom du konkatsu et
son apport
Il est possible de mettre en avant différentes
raisons ayant mené à ce boom. Ne pas pouvoir se
marier malgré son envie n'est pas nouveau, mais
c'est la première fois que ce phénomène connait
une telle médiatisation à travers ouvrages et
séries télé. De plus, suite à la crise économique
mondiale, on a pu observer un certain nombre de per sonnes recherchant un partenaire
économiquement stable.
Cette remarque est particulièrement valable
pour les femmes. Les 20-40 ans s'inscrivant dans
des agences matrimoniales ou sur des sites
internet sur le konkatsu ne cessent d'ailleurs
d'augmenter. Auparavant, on cherchait à «s'améliorer, à être aimé, et il était beau d'être
choisi, et mal vu de tout faire pour se marier». Mais l'échelle des valeurs à changé depuis
ce boom, et tout comme il semble désormais «difficile de se marier sans bien s'y préparer», la
conception même du mariage a évolué dans les
mentalités. Dans un environnement social qui
fait tout pour résoudre le problème de la baisse
de la natalité, il est désormais possible de dire
ouvertement que l'on cherche à se marier, ce qui
constitue un des très grand changement de ces
dernières années.
Différences entre ce que recherchent
les hommes et les femmes
Si l'on compare les espérances des uns et
des autres, les femmes, pour plus de tranquillité
d'esprit, privilégient la stabilité économique.
Dans le même état d'esprit , les hommes
souhaitent à l'inverse être heureux, apaisés, et
privilégient ainsi l'aspect psychologique.
Pour les conditions concernant le partenaire,
les hommes font particulièrement attention
au caractère et à l'apparence, contrairement
aux femmes qui, très réalistes, s'attachent à
la capacité à travailler, l'avenir, le caractère,
l'apparence, ou encore le parcours scolaire. En
plus de celles citées auparavant, ils aspirent tous à
la concordance de plusieurs autres conditions, ce
qui ne fait que rendre la tâche plus difficile.
Par exemple, on trouve ce genre de
stéréotype : «grand avec un parcours scolaire
exemplaire, beau et gentil, et gagnant
annuellement 1,5 fois plus que moi». Comme
vous l'imaginez, ce genre de prétendant est
très rare, et même s'il existe, il est certainement
déjà marié. On observe ainsi une discordance
entre l'offre et la demande, et les personnes ne
pouvant se marier augmentent de plus en plus.
Cérémonie à la japonaise
Au Japon, on ne célèbre pas le mariage à la mairie
comme en France. Le dépôt de l'acte de mariage se distingue
ainsi de la cérémonie. Parmi les variations possibles, on note
notamment le style chrétien, shintô, bouddhiste, ou bien
familial, le premier étant le plus à la mode et représentant
environ un mariage sur deux. Dans ce cas, on traverse l'allée
centrale jusqu'à l'autel vêtue d'une belle robe blanche. La
cérémonie se déroule dans la chapelle d'une église ou d'une
salle dédiée. La particularité du mariage à la japonaise est
qu'il ne correspond pas forcément à la croyance religieuse
des époux.
On trouve ensuite le mariage shintô. Sur un fond
de musique traditionnelle japonaise gagaku, les 2 époux
portent un kimono dans la plus pure tradition du style
japonais. Cette cérémonie toujours très populaire se déroule
dans un sanctuaire shintô ou bien une salle aménagée.
Après la cérémonie, il est de mise d'organiser un
banquet avec la famille, les amis et les collègues de travail.
Récemment, les styles de cérémonies aussi se diversifient.
Dans un restaurant ou un salon réservé, il est désormais
possible d'effectuer la cérémonie au moment du banquet
devant les invités, de se rendre spécialement à l'étranger
pour célébrer son mariage, de partir en voyage directement
après la cérémonie, ou bien encore de ne pas faire de
cérémonie en prenant simplement des photos dans un
studio.
Présentation d'une agence
matrimoniale prenant en compte
des critères très fins
Tout comme en France, on trouve au Japon de
nombreuses agences présentant entre eux des personnes
souhaitant de marier. Avec le boom du konkatsu, les
adhérents de ce secteur sont en constante augmentation.
Selon la société O-net, grande entreprise du secteur
effectuant des croisements de données, son effectif
dépasserait les 40 000 adhérents. Cette entreprise, dont les
adhérents enregistrent 136 critères de données précises,
propose un service mensuel présentant chaque mois
6 personnes correspondant parfaitement aux critères
saisis. Elle propose jusqu’au lieu de rencontre, et peut
organiser des fêtes ou séminaires, et peut même mettre à
disposition un professionnel qui suivra les futurs époux de
leur rencontre à leur mariage. Espace de rencontres par
prédilection, le lieu de travail ne comprend souvent que des
collègues dont de nombreux déjà mariés, ce qui limite les
vraies rencontres en tant que telles. Dans cette situation,
faire appel à ce type de service peut sembler judicieux.
Situation des mariages et
divorces internationaux
Au Japon, on décompte environ 40 000 couples dont
l'un des partenaires est étranger, ce qui représente un peu
plus de 5% des mariages. Connaissant une augmentation
depuis 10 ans, la situation reste stable malgré quelques
fluctuations annuelles. Dans 80% des cas, le mari est
Japonais et la femme étrangère, laissant ainsi 20% de
femmes japonaises mariées à un étranger.
Si l'on observe le classement par nationalité jusqu'à
la 5ème place, on remarque que l'épouse étrangère est
majoritairement asiatique, alors que le mari étranger peut
être occidental. Pour information, les Français ne figurent
même pas dans les 8 premières places.
| Pour les femmes: | Pour les hommes: |
| 1 Chine | 1 Corée |
| 2 Philippine | 2 États-Unis |
| 3 Corée | 3 Chine |
| 4 Thaïlande | 4 Angleterre |
| 5 Brésil | 5 Brésil |
Concernant les divorces, ils représentent environ 7,5%
des 250 000 divorces annuels. Alors que les divorces de
Japonais diminuent d'année en année, on remarque une
constante augmentation des divorces de couples mixtes.
(Source: statistiques 2008 du Ministère de la Santé et du Travail)
Le mariage, affaire d'Amour ou
de paperasserie ?
Pour un Français, la conception même du mariage au
Japon peut être la chose la plus surprenante. En général, un
homme et une femme se rencontre, s'aiment, décident d'un
style de vie commun en se mariant ou bien se pacsant, voire
simplement de vivre à deux sans plus de formalités, mais
tout cela toujours dans un cadre d'amour réciproque.
La vision du mariage par les Japonais est quelque peu
différente. De la rencontre à l'éventuel choix mariage,
le processus reste identique, mais la prise de décision est
très importante. En effet, on prend en considération la
situation économique individuelle, l'âge, ou bien encore
l'avis des parents. Le mariage constitue donc un style de vie
parmi d'autres. Si une personne exprime le souhait de se
marier l'année prochaine, et qu'on lui demande avec qui,
la réponse la plus commune sera souvent qu’elle ne sait pas
mais qu’elle souhaite juste se marier.
Inversement, après plusieurs années de mariages,
même s'il n'y a plus d'amour mais que la situation convient,
il n'y aura pas nécessairement de divorce. De nombreux
couples restent mariés dans un but économique et pour le
bien des enfants. Cette conception est bien éloignée de la
pensée des Français qui ne peuvent vivre avec quelqu'un s'il
n'y a plus d'amour.
Source: O-net, Inc.
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