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Tuesday, 03/08/2010 13:00CET

Tremblement au Japon

Le premier ministre japonais Yukio Hatoyama a donné sa démission le 2 juin dernier, soit seulement 8 mois après sa prise de fonction. Le 8 juin, Naoto Kan, du même parti démocrate, lui succède à la tête de l'archipel. Il s'agit du 5ème premier ministre en l'espace de 4 ans. Comment peut-on expliquer ce manque de pérennité ? Quels sont les problèmes actuels auxquels doit faire face la politique japonaise ?

Texte: Ryoko Umemuro Traduit en français: Thibault. C

Raisons de la courte vie du pouvoir politique

Depuis le gouvernement Katayama en 1947 au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, 31 premiers ministres se sont succédés pendant 64 ans. Au Japon, ce dernier n'a pas de durée maximale de mandat, mais seulement 5 ont exercé cette fonction pendant plus de 3 années consécutives. Plusieurs raisons peuvent expliquer cet épiphénomène. En effet, si l'on observe les raisons de cessation de pouvoir de 30 premiers ministres, on constate que 6 ont été victimes de maladies (dont certaines mortelles), 5 ont laissé leurs têtes des batailles politiques, 4 ont été battus à des élections, 4 ont obtenu un taux de soutien très bas avant les élections, 3 ont été victimes de scandales financiers, 3 ont renoncé à leurs fonctions après de longues années de pouvoir, 2 ont pris leurs responsabilités en démissionnant, et enfin 2 sont partis à la retraite.


On comprend en observant ces données l'importance des élections sénatoriales pour un premier ministre au Japon, qui est élu au suffrage universel indirect par les parlementaires désignés directement par le peuple. En bref, pour avoir un premier ministre désigné en son sein, un parti doit gagner les élections sénatoriales. Les élections sénatoriales constituent donc un obstacle important pour soutenir le gouvernement en place. Dans le cas Hatoyama, en attendant les élections sénatoriales de juillet, le soutien au gouvernement en place ne fait que diminuer. Dans son discours de démission, Hatoyama explique son choix par la « confusion du problème de déplacement de la base militaire américaine de Futenma » et le « financement politique » de l'an dernier. Ces 2 points sont certainement une raison importante de la baisse de soutien dans le parti au pouvoir.
(Enquête d'opinion sur le soutien au gouvernement: 60,6% en octobre dernier, 19,6% en mai 2010 source Jiji Press)


La Diète japonaise est composée de 2 Chambres élues au suffrage universel direct. La chambre des représentants (chambre basse), comprend 480 membres élus pour 4 ans. La chambre des conseillers comprend 242 membres élus pour 6 ans (renouvelés au bout de 3 ans par moitié). Seule la chambre des représentants possède le pouvoir de dissolution, de vote de confiance et de désignation du premier ministre, mais le pouvoir de vote des lois étant quasi identique, le gouvernement ne peut négliger la chambre des conseillers. Pour ces 2 élections, notamment avec la possible dissolution de la chambre des représentants, on peut dire qu'il y a un renouvellement moyen environ 1 fois toutes les années et demie. Dans le cas actuel, il ne s'est même pas passé 1 an depuis les élections sénatoriales fin août 2009. On peut penser que ce faible laps de temps est une des raisons importantes de la courte vie politique des premiers ministres japonais.

Problème des bases militaires américaines au Japon

A l'opposé, lorsque l'on considère les points communs des 5 premiers ministres ayant effectué un mandat de plus de 3 ans, on remarque que la conjoncture et les relations avec les États-Unis étaient toutes deux saines. Depui s la cr i se financière mondiale de 2008, la seule action politique locale ne peut suffire dans cette société internationale qu'est devenu le Japon d'aujourd'hui. Malgré cela, il est indéniable que ces 5 premiers ministres ont principalement axé leur politique sur l'économie et les relations nippo-américaines.

Lors des élections de l'année passée, Hatoyama s'était engagé à déplacer l'actuelle base militaire américaine de Futenma « au minimum en dehors de la préfecture », mais pris entre les États-Unis et le peuple, il a décidé son déplacement sur la côte de Henoko près de la ville de Nago, comme cela avait été décidé par le gouvernement précédent.


Après la Seconde Guerre mondiale, l'île d'Okinawa reste sous administration américaine jusqu’à sa restitution en 1972. Depuis, conformément au Traité de Coopération Mutuelle et de Sécurité entre les États-Unis et le Japon, 75% des infrastructures militaires américaines se situent à Okinawa (ce qui représente environ 10% de la surface de l'île). Pourquoi les bases américaines ont-elles besoin du Japon, et pourquoi Okinawa ?


Au lendemain de la guerre, les bases américaines avaient été installées à Okinawa dans le but d'envahir le Japon, et leur nombre avait commencé à diminuer depuis. Mais en 1950 survient la guerre de Corée. Dans une optique stratégique face aux nations communistes comme l'ex- URSS et la Chine, ces bases ont finalement perduré au Japon. Depuis, elles servent également à sécuriser les routes d'échanges maritimes de ressources. Cet emplacement est également un point important par rapport aux autres pays de l'Asie orientale et de l'ex-URSS, ainsi que de l'Océanie. Mais avec la fin de la Guerre froide, les bases américaines présentes dans chaque pays préparent leur réorganisation. Actuellement, elles diminuent ou sont abandonnées, mais cette tendance n'est pas visible au Japon. Plusieurs raisons expliquent cela, mais la plus importante est certainement la contribution (financière, appelée « contribution de fonctionnement des bases militaires américaines au Japon ») qu'elles apportent à l'archipel. Avec les dépenses engagées par la lutte contre le terrorisme, le déficit budgétaire, la baisse du dollar, les difficultés de l'économie américaine, entretenir des bases dans chaque pays est un poste de dépense important. C'est pour cela que cette contribution est d'autant plus la bienvenue.


Mais l'année dernière, lor s du changement de gouvernement, Hatoyama avait promis de la déplacer « au minimum en dehors de la préfecture ». C'est ainsi que débute le tourbillon du gouvernement Hatoyama qui retournera finalement au projet actuel de Henoko, provoquant une déception énorme auprès des habitants d'Okinawa auxquels il avait donné tant d'espoir.

Il quitte le gouvernement après cette dernière décision au sein du parti socialiste, et actuellement aucun accord n'a été trouvé avec Okinawa.


Lors de sa conférence de presse d'investiture, Kan a déclaré qu'un « accord ayant été signé entre les États-Unis et le Japon, il faut continuer sur cette base », affirmant ainsi son intention de rester sur la position de son prédécesseur. Lors de sa première conférence téléphonique avec le président Obama, il a d'ailleurs affirmé son « réel soutien ».


« Ça suffit, emmenez cette base ailleurs ! » s'exprime ainsi un habitant d'Okinawa. Les incidents avec cette base (soldats, bruits,..) sont nombreux, mais dans cette préfecture qui connait le taux de chômage le plus élevé du Japon, elle constitue un soutien économique local non négligeable. L'article 9 de la Constitution d'après-guerre (renonciation à la guerre, non-maintien de forces militaires, non-reconnaissance du droit de belligérance) prend ici toute son ampleur.

Entre les rapports avec les États-Unis et les souhaits du peuple, la situation est délicate, mais ce problème doit être réglé. 65 ans après la fin de la Guerre, le Japon devenu une grande puissance économique tremble encore.




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