Les feux d'artifice ou la fierté
japonaise du divertissement
céleste nocturne

Feu d’artifice du Lac BIWA en 2009
Les feux d'artifice japonais sont reconnus comme étant les plus beaux et les plus élaborés au monde.
Nous avons demandé à Haruki Kôno, ancien artificier, de nous parler de son métier et des feux d'artifice
au Japon, fort de son expérience dans 10 pays comme le Canada, l'Allemagne ou Hong-Kong, ainsi que
de ses participations à des feux d'artifice réputés comme celui de la rivière Sumida ou bien encore de la
baie de Tokyo.
(Interview et texte: Eita Sirai en collaboration avec PRESS PARIS, Traduit en français: Thibault. C)
Histoire des feux d'artifice et début
des artificiers
Les feux d'artifice trouvent leur origine
en Chine, et c'est il y a environ 420 ans que
l'on put pour la première fois en apprécier
au Japon. Des écrits indiquent que le général
Masamune Date en fût spectateur en 1589
durant l'époque Sengoku. Par la suite, à l'époque
d'Edo, les conflits cessent sous le pouvoir du
shogunat, et chaque clan commence à étudier
les feux d’artifice qui deviendront un moyen de
confronter ses techniques pour défendre sa fierté
et son honneur. A l'époque, ces évènements
constituaient un moyen de montrer son pouvoir
et sa richesse. Bientôt, les feux d'artifice ne
sont plus seulement l’apanage des hommes de
pouvoir qu'étaient les guerriers, et s'étendent
peu à peu au peuple, et commencent à obtenir
du succès à travers tout le Japon. Du symbole
du pouvoir, les feux d'artifice devinrent ainsi
des jouets dont chacun pouvait profiter. On
considère que les feux d'artifice sous forme de
jouets se sont développés suite à l'apparition
dans chaque région de la profession d'artificier.
Petite anecdote, à cette époque, il y avait deux
artificiers nommés Yahê Kagiya et Ishirobê
Tamaya. Leur nom est à l'origine de l'onomatopée
« ta-maya!, ka-giya! » que la foule crie lors de
l'explosion d'un feu d'artifice dans les airs.
 | Isshakudama (numéro 10)
devant et nishakudama (numéro
20) au fond. La première fait
29,5 cm de diamètre pour
8,5kg, s'élève à 330m et à pour
envergure d'explosion 320m.
La seconde fait 58,5 cm de
diamètre pour 70kg, s'élève à
500m pour une explosion de
480m de diamètre. |
Particularités des feux d'artifice
japonais et traditions
Les feux d'artifice japonais se divisent en
10 formes, dont la plus représentative est le
chrysanthème (kiku). On trouve également des
formes de pivoine, de saule, de cocotier, de
papillon, de cascades ou autres éléments issus de
la nature. Alors que les « bombes » occidentales
sont cylindriques et produisent un effet différent
en fonction de l'endroit d’où l'on est placé,
les japonaises sont sphériques et permettent d'opérer le même effet visuel d'où que l'on soit.
De plus, les artificiers japonais sont très attachés
aux couleurs ainsi qu’aux effets d’extinction
du visuel. Ce point est commun au kabuki où
l'on disparaît d'un coup après une expression
tapageuse, car le fait de ne pas s'éterniser est
une vertu. Il y a également des styles différents
selon les régions.
Le métier d'artificier
 Section d'une
bombe. Les confectionneurs de feux d'artifice sont
appelés artificiers. Leur travail est très modeste,
mais nécessite à la fois force physique et nerfs
d'acier, la plus grande pression étant la course
constante contre la montre. En fonction du
calendrier des feux d'artifice, il n'est pas si simple
de déplacer une équipe de dix personnes. Il n'y
a pas de droit à l'erreur puisqu’il n'y a pas de
répétition, ce qui ne fait qu’ajouter au stress.
De plus, les conditions physiques dépassent
l'imagination. En plein été, travailler dans la
chaleur du brasier est un véritable enfer. Afin
de ne pas perdre trop d'eau, il est indispensable
de bien gérer sa forme. De plus, étant amené à
manipuler beaucoup de poudre, une seconde
d'inattention peut provoquer un accident. Après
un spectacle et le lendemain, on recherche
les bombes qui n'ont pas explosé. Après ces
dernières mesures de sécurité, on peut considérer
que le feu d’artifice est terminé. Depuis la
diffusion en direct à la télévision ces dernières
années, les vocations de jeunes gens sont plus
importantes, mais en réalité beaucoup ne font
pas long feu dans le métier. Cela signifie qu’il
faut une bonne dizaine d’années pour pouvoir
devenir un artificier pouvant s'occuper de la
confection jusqu'au tir. De plus, c’est évident,
mais on joue sa vie quotidiennement car il faut
manipuler de la poudre en grande quantité. Par
contre, la satisfaction à la fin d'un spectacle est
d'autant plus incomparable, et c'est ce moment
qui donne envie de continuer l'année suivante.

Haruki Kôno
Directeur de l'Association
Pyrotechnique du Japon
Que représentent les
feux d'artifice pour les
Japonais?
Je pense que pour les
Japonais, le feu d'artifice
n'est pas seulement un
synonyme de l'été, mais un
retour dans le temps à l'époque
où l'on avai t pour coutume
d'admirer les belles choses. Les
Japonais ont tendance à aimer la
beauté éphémère. Nous pouvons trouver comme
exemple représentatif les cerisiers. Et bien c'est
justement cette beauté fugitive qu'apprécient
les Japonais dans les feux d'artifice. De plus, on
n'imagine pas les yukata (kimono d'été) sans
feux d'artifice. Dans notre époque où le port du
kimono à quasiment disparu, de nombreuses
personnes se vêtent de leur yukata spécialement
pour cette occasion. Porter du beau pour voir
du beau, voilà encore une façon de penser
tout à fait japonaise. Si vous avez l'occasion
de venir au Japon, laissez-vous tenter par nos
feux d'artifice. Vous ne resterez
certainement pas insensible
face à cette « beauté » réalisée
consciencieusement par nos
artificiers.
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