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mardi, 04/01/2011 13:00CET

Tout sur l'université au Japon !

Au Japon, chaque deuxième lundi de janvier, on fête la cérémonie de la majorité. Environ 50% des lycéens entrant à l'université, la moitié des « majeurs » sont donc des étudiants. Tentons de saisir les particularités des universités japonaises.

(Texte : Masato Enya, Traduit en français: Thibault. C)


L'université japonaise

L'une des principales différences que l'on peut constater avec le système français est qu’il y a plus d'universités privées que publiques au Japon. Outre les établissements généraux, on en trouve des spécialisés dans l'art, l'industrie, l'agriculture, ou bien encore les langues étrangères. On arrive ainsi à un total de 750 universités, parmi lesquelles 600 environ sont privées. En général, les élèves qui terminent le lycée passent un concours d'entrée et assimilent ensuite de nouvelles connaissances pendant 4 ans (8 au maximum). La plupart des universités se font en 4 ans, mais certains « établissements de courte durée » (Tanki daigaku) proposent des cursus en 2 ou 3 ans. Dans tous les cas, il faut avoir plus de 18 ans pour obtenir un diplôme universitaire.

Les deux premières années sont consacrées à l'étude de savoirs généraux, et dans de nombreux cas la spécialisation n'a lieu que dans la seconde moitié du parcours universitaire, avec des études en séminaires, la rédaction de mémoire ou la réalisation d'expérience en dernière année.

Parmi les plus fameuses universités publiques, on trouve l'Université de Tokyo et l'Université de Kyôto. Dans le privé, on distingue notamment l'Université Waseda et Keiô. D'autres établissements sont réputés car ils ont réalisé des expériences marquantes, possèdent une longue tradition historique, ou excellent dans le sport.


Le concours d'entrée

Pour étudier dans une université japonaise, il est nécessaire de passer un concours d'entrée. Tout comme les lycéens français et leurs parents se focalisent sur le baccalauréat, le concours d'entrée à l'université est au Japon un évènement important. Celui-ci se déroule principalement sur la période allant de janvier à mars. Chaque université organise son propre concours, et les candidats préparent avec ferveur celui de l'université de son choix. Les épreuves sont principalement le japonais, les mathématiques, la géographie, l'histoire, l'éducation civique, les sciences naturelles et les langues étrangères, le nombre de matières à passer variant en fonction des universités. Pour les langues étrangères, la plupart des élèves choisissent l'anglais, mais le français ou l'allemand sont quelques fois présentés.


Outre les concours conçus par les universités, il existe un test commun (Center shiken). Il n'est pas rare que les universités publiques décident de la réussite ou non des élèves en additionnant les résultats de leur concours d'entrée et de ce test, et que même les établissements privés aient recours à ce système. Actuellement un nouveau type de concours se développe de plus en plus, le AO nyûshi, qui consiste en une lettre de motivation et un entretien dont la réussite conditionne l'entrée à l'université.

Les concours n’ont bien entendu pas tous lieu le même jour, et de nombreux futurs étudiants n'hésitent pas à en passer plusieurs. Si on ne peut passer le concours de l'université souhaitée, il est possible de se représenter l'année suivante. On appelle ainsi ces élèves ayant échoué et se préparant pour l'année suivante rônin, en référence aux samouraïs ayant perdu leur maître.


Les frais de scolarité

Par rapport aux universités françaises, les frais de scolarité des universités américaines et japonaises sont certainement le plus grand facteur d'étonnement. Ainsi au Japon, la première année revient à environ 7 000€ dans le public, et un peu plus de 10 000€ dans le privé. Pour la spécialisation en médecine, il faut compter plus de 40 000€ en première année, et au moins 4 500€ en deuxième année dans le public, et 8 000€ dans le privé. Bien entendu, il est impossible d'économiser une telle somme en travaillant pendant le lycée. Ainsi les parents sont souvent mis à contribution, pendant que les étudiants effectuent des petits boulots parallèlement à l'université, ou bien réussissent à obtenir des bourses. La plupart de ces bourses étant des prêts, les étudiants devront rembourser plusieurs milliers de yens chaque mois une fois l'université terminée.


La vie à l'université

Les étudiants effectuent trois activités principales à l'université. La première est bien entendu d'étudier. On assimile différentes mat ières pour obtenir des connais sances spécialisées, apprendre une nouvelle langue, ou étudier des savoirs généraux. Le nombre de devoirs et le niveau exigé diffèrent en fonction des matières et des universités, mais le but principal de l'université est certainement le même en France qu'au Japon.

Vient ensuite la participation aux activités extrascolaires, appelées cercle ou bukatsu. Que l'on fasse partie d'un bukatsu, dont l'objectif est véritablement d'entrer en compétition avec les autres universités, ou d'un cercle qui regroupe plutôt des personnes souhaitant passer du bon temps, les étudiants participent aux mêmes activités de sport, de bénévoles, d'études, de musique ou bien encore d'art, que ce soit par passion ou simple intérêt. Il y a même des groupes dont le but est simplement de s'amuser, que ce soit en allant boire un coup, ou bien même sans activité déterminée. Leur particularité réside également dans les liens tissés avec les membres des autres groupes et le rapport particulier senpai / kôhai (les aînés et les jeunes). Ils permettent ainsi d'avoir des contacts avec des élèves diplômés, et également de tisser des liens d'amitié. Il existe même des cercles communs avec d'autres établissements, ce qui permet de dépasser les frontières de son établissement et rassembler des jeunes de la même génération. Autant certains se rassemblent simplement pour se retrouver avec des personnes de leur âge, autant certains dépensent plus d'énergie dans les cercles que dans leurs études.


fêtes universitaires

Dans de nombreux établissements japonais, de fin octobre à début novembre, sont organisées les « fêtes universitaires ». Il peut y avoir la conference d'un homme politique ou d'une célébrité, les lycéens peuvent goûter l'ambiance estudiantine, et c'est l'occasion pour les différents cercles et bukatsu de faire leurs représentations, exposition pour le club photo, concert pour les groupes, etc…

Il y a enfin les petits boulots. Que ce soit pour payer les frais de scolarité ou de la vie courante, ou simplement pour s'amuser, la plupart des étudiants japonais travaillent en plus de leurs études. En grande partie, il s'agit de job d'appoint, par exemple de vendeur, de serveur dans un restaurant ou un café, ou bien de professeur de juku (cours privées) ou de cours particuliers.

De plus en plus d'étudiants s'investissent de manière à augmenter au maximum leurs compétences, notamment en s'inscrivant dans des écoles spécialisées pour se préparer aux concours nationaux, comme celui de notaire judiciaire, de notaire administratif, ou bien de conseiller fiscal, passer des diplômes avantageux pour la recherche d'un emploi, ou bien encore un certificat de langue.



22 000 étudiants sont venus en masse au salon de l'emploi de Tokyo (Big Sight), un des plus importants du pays, pour prospecter les quelques 362 entreprises présentes.


La recherche d'emploi

Il s'agit de l'étape la plus lourde dans la vie d'un étudiant japonais. En effet, si l'on sort diplômé sans avoir préalablement trouvé son futur lieu de travail, la suite sera très difficile. Par conséquent, les élèves de 3ème année se rendent fréquemment aux portes ouvertes des entreprises et se préparent aux examens écrits et aux entretiens. Les élèves vont écouter les conseils de leur senpai de l'université ou de leur cercle qui travaillent déjà dans l'entreprise convoitée, et les journées sont de plus en plus chargées. Actuellement, du fait des difficultés rencontrées sur le marché de l'emploi, il n'est pas rare que des étudiants commencent à chercher un poste dès la 2ème année. Le système universitaire japonais de 4 ans est donc assez contradictoire, car le temps consacré à la spécialisation dans un domaine à partir de la 3ème année est en partie diminué du fait de cette recherche d'emploi.


Les services universitaires

Comme il y a de nombreuses universités privées, beaucoup d'entre elles proposent un panel de services variés afin d'attirer toujours plus d'étudiants.

Outre le niveau scolaire, les exploits scientifiques et la qualité du corps enseignant, la propreté et la situation géographique sont également des éléments importants. On peut penser que l'excès de service amène à une surprotection des élèves et se prononcer pour ou contre, mais dans un Japon touché par le déficit des naissances, et qui voit donc une diminution des étudiants face à un nombre important d'établissements, cette manière de faire est une question de survie pour les universités privées.

Prenons l'exemple des études à l'étranger. Les universités ne se contentent pas de passer un accord avec un établissement étranger, mais font tout pour faciliter le séjour des élèves à l'étranger, notamment en aidant aux préparatifs ou bien en rassemblant certaines matières pour qu'il n'y ait pas d'incidence sur la recherche d'emploi. En plus des cours, il n'est pas rare que les universités mettent tout en oeuvre pour aider les études dans un but pragmatique, en mettant par exemple en place des structures de préparation aux concours nationaux, ou des classes spéciales pour l'obtention de diplômes de langues.

Les universités proposent en plus divers services afin d'augmenter le taux de réussite des élèves dans leur recherche d'un emploi. Elles ne se contentent pas de transmettre des offres d'emplois, mais en fonction de la branche visée, managent les étudiants sur le ciblage, sur l'entretien d'embauche, jusqu'à la bonne façon de se comporter, de porter le costume efficacement ou de se maquiller.

Plus qu'un organe d'apprentissage, l'université se distingue plus comme un des processus de recherche d'emploi dans le Japon d'aujourd'hui, par le rôle particulier qu'elle joue dans l'archipel.


Ryugakusei

On trouve de nombreux étudiants étrangers dans les universités japonaises, qu'ils soient pris en charge par leur gouvernement ou par leurs propres moyens, ou bénéficiant d'une convention interuniversitaire. Ils étudient majoritairement les sciences humaines, la sociologie et l'industrie. Selon les données 2009, il y a eu cette annéelà le chiffre record de plus de 130 000 étudiants étrangers universitaires ou doctorants. Plus de 90% d'entre eux sont des asiatiques venus de Chine, de Corée ou de Taiwan. Il y a un peu plus de 600 étudiants français, ce qui représente 0,5% du total. Mais ce chiffre dépasse largement les quelque 450 étudiants allemands et anglais venus d'Europe.



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