Tout sur l'université
au Japon !
Au Japon, chaque deuxième lundi de janvier, on fête la cérémonie
de la majorité. Environ 50% des lycéens entrant à l'université, la
moitié des « majeurs » sont donc des étudiants. Tentons de saisir les
particularités des universités japonaises.
(Texte : Masato Enya, Traduit en français: Thibault. C)
L'université japonaise
L'une des principales différences que l'on
peut constater avec le système français est qu’il
y a plus d'universités privées que publiques au
Japon. Outre les établissements généraux, on
en trouve des spécialisés dans l'art, l'industrie,
l'agriculture, ou bien encore les langues
étrangères. On arrive ainsi à un total de 750
universités, parmi lesquelles 600 environ sont
privées. En général, les élèves qui terminent le
lycée passent un concours d'entrée et assimilent
ensuite de nouvelles connaissances pendant 4
ans (8 au maximum). La plupart des universités
se font en 4 ans, mais certains « établissements
de courte durée » (Tanki daigaku) proposent des
cursus en 2 ou 3 ans. Dans tous les cas, il faut
avoir plus de 18 ans pour obtenir un diplôme
universitaire.
Les deux premières années sont consacrées à
l'étude de savoirs généraux, et dans de nombreux
cas la spécialisation n'a lieu que dans la seconde
moitié du parcours universitaire, avec des études
en séminaires, la rédaction de mémoire ou la
réalisation d'expérience en dernière année.
Parmi les plus fameuses universités
publiques, on trouve l'Université de Tokyo et
l'Université de Kyôto. Dans le privé, on distingue
notamment l'Université Waseda et Keiô. D'autres
établissements sont réputés car ils ont réalisé des
expériences marquantes, possèdent une longue
tradition historique, ou excellent dans le sport.
Le concours d'entrée
Pour étudier dans une université japonaise,
il est nécessaire de passer un concours d'entrée.
Tout comme les lycéens français et leurs parents
se focalisent sur le baccalauréat, le concours
d'entrée à l'université est au Japon un évènement
important. Celui-ci se déroule principalement sur la période allant de janvier à mars. Chaque
université organise son propre concours, et
les candidats préparent avec ferveur celui de
l'université de son choix. Les épreuves sont
principalement le japonais, les mathématiques,
la géographie, l'histoire, l'éducation civique, les
sciences naturelles et les langues étrangères, le
nombre de matières à passer variant en fonction
des universités. Pour les langues étrangères,
la plupart des élèves choisissent l'anglais, mais
le français ou l'allemand sont quelques fois
présentés.
Outre les concours conçus par les universités,
il existe un test commun (Center shiken). Il n'est
pas rare que les universités publiques décident
de la réussite ou non des élèves en additionnant
les résultats de leur concours d'entrée et de
ce test, et que même les établissements privés
aient recours à ce système. Actuellement un
nouveau type de concours se développe de plus
en plus, le AO nyûshi, qui consiste en une lettre
de motivation et un entretien dont la réussite
conditionne l'entrée à l'université.
Les concours n’ont bien entendu pas tous lieu
le même jour, et de nombreux futurs étudiants
n'hésitent pas à en passer plusieurs. Si on ne peut
passer le concours de l'université souhaitée, il
est possible de se représenter l'année suivante.
On appelle ainsi ces élèves ayant échoué et
se préparant pour l'année suivante rônin, en
référence aux samouraïs ayant perdu leur maître.
Les frais de scolarité
Par rapport aux universités françaises, les
frais de scolarité des universités américaines
et japonaises sont certainement le plus grand
facteur d'étonnement. Ainsi au Japon, la
première année revient à environ 7 000€ dans
le public, et un peu plus de 10 000€ dans le
privé. Pour la spécialisation en médecine, il faut
compter plus de 40 000€ en première année,
et au moins 4 500€ en deuxième année dans le
public, et 8 000€ dans le privé. Bien entendu, il
est impossible d'économiser une telle somme
en travaillant pendant le lycée. Ainsi les parents
sont souvent mis à contribution, pendant que
les étudiants effectuent des petits boulots
parallèlement à l'université, ou bien réussissent
à obtenir des bourses. La plupart de ces bourses
étant des prêts, les étudiants devront rembourser
plusieurs milliers de yens chaque mois une fois
l'université terminée.
La vie à l'université
Les étudiants effectuent trois activités
principales à l'université. La première est bien
entendu d'étudier. On assimile différentes
mat ières pour obtenir des connais sances
spécialisées, apprendre une nouvelle langue,
ou étudier des savoirs généraux. Le nombre de
devoirs et le niveau exigé diffèrent en fonction des matières et des universités, mais le but
principal de l'université est certainement le
même en France qu'au Japon.
Vient ensuite la participation aux activités
extrascolaires, appelées cercle ou bukatsu. Que
l'on fasse partie d'un bukatsu, dont l'objectif est
véritablement d'entrer en compétition avec les
autres universités, ou d'un cercle qui regroupe
plutôt des personnes souhaitant passer du bon
temps, les étudiants participent aux mêmes
activités de sport, de bénévoles, d'études, de
musique ou bien encore d'art, que ce soit par
passion ou simple intérêt. Il y a même des
groupes dont le but est simplement de s'amuser,
que ce soit en allant boire un coup, ou bien
même sans activité déterminée. Leur particularité
réside également dans les liens tissés avec les
membres des autres groupes et le rapport
particulier senpai / kôhai (les aînés et les jeunes).
Ils permettent ainsi d'avoir des contacts avec des
élèves diplômés, et également de tisser des liens
d'amitié. Il existe même des cercles communs
avec d'autres établissements, ce qui permet de
dépasser les frontières de son établissement et
rassembler des jeunes de la même génération.
Autant certains se rassemblent simplement pour
se retrouver avec des personnes de leur âge,
autant certains dépensent plus d'énergie dans les
cercles que dans leurs études.

fêtes universitaires
Dans de nombreux établissements japonais,
de fin octobre à début novembre, sont
organisées les « fêtes universitaires ». Il peut
y avoir la conference d'un homme politique
ou d'une célébrité, les lycéens peuvent goûter
l'ambiance estudiantine, et c'est l'occasion pour
les différents cercles et bukatsu de faire leurs
représentations, exposition pour le club photo,
concert pour les groupes, etc…
Il y a enfin les petits boulots. Que ce soit
pour payer les frais de scolarité ou de la vie
courante, ou simplement pour s'amuser, la
plupart des étudiants japonais travaillent en
plus de leurs études. En grande partie, il s'agit
de job d'appoint, par exemple de vendeur, de
serveur dans un restaurant ou un café, ou bien de professeur de juku (cours privées) ou de cours
particuliers.
De plus en plus d'étudiants s'investissent
de manière à augmenter au maximum leurs
compétences, notamment en s'inscrivant dans
des écoles spécialisées pour se préparer aux
concours nationaux, comme celui de notaire
judiciaire, de notaire administratif, ou bien de
conseiller fiscal, passer des diplômes avantageux
pour la recherche d'un emploi, ou bien encore
un certificat de langue.
 22 000 étudiants sont venus en masse au salon de
l'emploi de Tokyo (Big Sight), un des plus importants
du pays, pour prospecter les quelques 362 entreprises
présentes.
La recherche d'emploi
Il s'agit de l'étape la plus lourde dans la
vie d'un étudiant japonais. En effet, si l'on sort
diplômé sans avoir préalablement trouvé son
futur lieu de travail, la suite sera très difficile. Par
conséquent, les élèves de 3ème année se rendent
fréquemment aux portes ouvertes des entreprises
et se préparent aux examens écrits et aux
entretiens. Les élèves vont écouter les conseils
de leur senpai de l'université ou de leur cercle
qui travaillent déjà dans l'entreprise convoitée,
et les journées sont de plus en plus chargées.
Actuellement, du fait des difficultés rencontrées
sur le marché de l'emploi, il n'est pas rare que
des étudiants commencent à chercher un poste
dès la 2ème année. Le système universitaire
japonais de 4 ans est donc assez contradictoire,
car le temps consacré à la spécialisation dans un
domaine à partir de la 3ème année est en partie
diminué du fait de cette recherche d'emploi.
Les services universitaires
Comme il y a de nombreuses universités
privées, beaucoup d'entre elles proposent un
panel de services variés afin d'attirer toujours
plus d'étudiants.
Outre le niveau scolaire, les exploits
scientifiques et la qualité du corps enseignant,
la propreté et la situation géographique sont
également des éléments importants. On peut
penser que l'excès de service amène à une
surprotection des élèves et se prononcer pour ou
contre, mais dans un Japon touché par le déficit
des naissances, et qui voit donc une diminution
des étudiants face à un nombre important
d'établissements, cette manière de faire est une
question de survie pour les universités privées.
Prenons l'exemple des études à l'étranger.
Les universités ne se contentent pas de passer
un accord avec un établissement étranger, mais
font tout pour faciliter le séjour des élèves à
l'étranger, notamment en aidant aux préparatifs
ou bien en rassemblant certaines matières pour
qu'il n'y ait pas d'incidence sur la recherche
d'emploi. En plus des cours, il n'est pas rare
que les universités mettent tout en oeuvre pour
aider les études dans un but pragmatique, en
mettant par exemple en place des structures
de préparation aux concours nationaux, ou des
classes spéciales pour l'obtention de diplômes de
langues.
Les universités proposent en plus divers
services afin d'augmenter le taux de réussite
des élèves dans leur recherche d'un emploi.
Elles ne se contentent pas de transmettre des
offres d'emplois, mais en fonction de la branche
visée, managent les étudiants sur le ciblage,
sur l'entretien d'embauche, jusqu'à la bonne
façon de se comporter, de porter le costume
efficacement ou de se maquiller.
Plus qu'un organe d'apprentissage,
l'université se distingue plus comme un des
processus de recherche d'emploi dans le Japon
d'aujourd'hui, par le rôle particulier qu'elle joue
dans l'archipel.
Ryugakusei
On trouve de nombreux étudiants étrangers
dans les universités japonaises, qu'ils soient pris
en charge par leur gouvernement ou par leurs
propres moyens, ou bénéficiant d'une convention
interuniversitaire. Ils étudient majoritairement
les sciences humaines, la sociologie et l'industrie.
Selon les données 2009, il y a eu cette annéelà
le chiffre record de plus de 130 000 étudiants
étrangers universitaires ou doctorants. Plus de
90% d'entre eux sont des asiatiques venus de
Chine, de Corée ou de Taiwan. Il y a un peu plus
de 600 étudiants français, ce qui représente
0,5% du total. Mais ce chiffre dépasse largement
les quelque 450 étudiants allemands et anglais
venus d'Europe.
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