Les bonnes manières japonaises
Le marché au thon de Tsukiji, haut lieu du tourisme
de l'archipel, a dû à plusieurs reprises annuler
des visites à cause du mauvais comportement des
étrangers. Quelles peuvent bien en être les causes,
et surtout quelles sont les attentes des Japonais
concernant les bonnes manières ? C'est ce que nous
allons tenter de découvrir en observant « la culture
de la prévenance », fondement de la société nippone,
notamment au travers des règles à respecter dans le
cadre d'une invitation dans un foyer japonais.
(Texte : Kei Okishima, Traduit en français : Thibault. C))
Un peuple strict avec les règles
Nous sommes au marché au Thon de Tsukiji, scène touristique majeure
dont actuellement 90% des visiteurs sont des étrangers. Les flashs sont
interdits, car les plaintes se suivent affirmant que la concentration de lumière
qu'ils génèrent ferait perdre des opportunités de vente, ce qui a abouti à
plusieurs annulations de visites. Selon les Japonais, les “mauvaises manières
des étrangers” consistent à faire ce qui est interdit. Même si on indique de ne
pas toucher les thons, de nombreux étrangers les prennent dans leur bras, les
embrassent, et d'autres même conduisent à l'intérieur de l'entrepôt. Ce type
d'actes “téméraires” est quelque chose d'impensable pour les Japonais.
Vous pouvez facilement le comprendre lorsque vous arpentez les rues de
Tokyo. Dans une mégalopole de 13 000 000 d'habitants, vous ne trouverez
quasiment aucun mégot de cigarettes et autres détritus. Et même au grand
carrefour du 4ème district du quartier Ginza où se croisent sans cesse
véhicules et piétons, tout se déroule dans le calme sans jamais un seul coup
de klaxon. En bref, les Japonais sont en peuple strict sur le respect des règles.
Les bonnes manières dans une
conversation
Au fondement de ce profond respect pour les règles se trouve le
maintien de l'harmonie de la société en ne gênant pas les autres ni en
les rendant responsable des choses. Cela s'observe dans les conversations.
Tout d'abord, on tentera de ne jamais blesser l'autre. Le japonais est une
langue contextuelle dans laquelle on comprend même sans évoquer le
sujet, ce qui fait qu'on ne mentionne jamais directement la responsabilité
de quelqu'un qui aurait fait quelque chose à un autre, tout en continuant
la conversation de façon polie afin d’atténuer la culpabilisation.
Par exemple, observons la conversation de A et B qui découvrent une
tasse cassée. Même s'il est évident que c'est B qui l'a brisé et que A est au
courant, A ne dira jamais « C'est toi qui l'a cassé ? » mais « Tiens, la tasse
est cassée »
B à son tour, plutôt que de dire « Oui, c'est moi qu'il l'ait cassé », dira
plutôt
« Oui, en tombant »
Le terme « cassée » utilisé par A réfère uniquement à l'état de la
tasse, comme si celle-ci avait été brisée naturellement. Cependant, B,
en indiquant « En tombant », exprime de façon indirecte qu'il est le
responsable.
Ainsi, comme on comprend au fil du contexte “qui” à fait quoi, il
n'est pas nécessaire d'insister sur la responsabilité de ce ’qui’ pour ne
pas lui faire perdre la face. Telle est une des bonnes manières fortement
enracinée chez les Japonais. Il n’est pas évident de transposer cette règle
en langage étranger, mais souvenez-vous qu’il ne faut pas insister dans le
genre « Oui ou non ? Alors? ».
Dans la pratique, comment faire si on est invité chez quelqu'un ?
Déchaussé sinon rien
Au Japon, on n'entre jamais dans
une maison avec ses chaussures, mais
on les laisse à l'entrée dans l'espace qui
leur est réservé. Après s’être déchaussé,
on s'agenouille et tourne les chaussures
pour les disposer pointes face à l'entrée.
Attention dans les pièces
traditionnelles
 Toko no ma (droite) dans le washitsu
A l'intérieur des washitsu, pièces
propres au Japon où sont disposés des
tatamis, il convient de respecter certaines
règles. L'endroit le plus important est le
toko no ma. On y dispose des rouleaux
représentant une peinture de saison
ou des fleurs pour les invités, il faut
donc d'abord faire face à cet espace.
N'y déposez jamais vos sacs ou bagages,
c'est très malpoli. Les tatamis étant très
délicats, vous devez faire attention et
disposer une serviette avant d'y déposer
quelque chose de lourd.
La place qui tourne le dos au toko
no ma, appelée Kamiza, est réservée
à la personne la plus importante. Il est
donc très malvenu de s'y installer sans
y être invité. D'ailleurs, on ne s'assoit
pas jusqu'à ce que quelqu’un vous le
propose. Pour s'asseoir sur les tatamis,
vous trouverez des petits coussins
appelés zabuton à la place des chaises.
La politesse veut que l'on ne s'installe
pas jusqu'à ce que l'hôte vous en prie,
et que les salutations se fassent sur les
tatamis. Lorsque vous vous levez, vous
ne devez jamais mettre les pieds sur les
zabuton mais vous déplacer à côté puis
vous mettre debout.
Tabous à table
Les règles fondamentales sont de
ne jamais pointer une personne avec
des baguettes, de ne pas manger en
transperçant les aliments, ou encore de
ne pas se resservir les baguettes à la main.
 Le bol se prend avec une main
Ensuite, vous avez les usages de
mauvais augure que sont chigaibashi,
hotokebashi, awasebashi. Le premier
consiste à utiliser deux baguettes
différentes. Cela vient du fait qu'après
l'incinération d'un mort, vous passez
les os du défunt avec un bambou
et un morceau de bois différent ,
d'où l'interdiction de manger avec
des baguettes de genre ou de taille
différentes. La deuxième règle consiste
à ne pas planter les baguettes dans son
plat, car il s'agit d'un symbole d'offrande
destinée aux morts. Enfin, il ne faut
jamais se passer des aliments avec des
baguettes, cet acte étant réservé aux
passages des os après l'incinération.
Il ne faut également pas hésiter dans
son choix (mayoibashi), ni ne manger
qu'un seul met parmi ceux proposés.
Traditionnellement, on mangeait sur
une petite table assis sur des tatamis, et
de là est venue la coutume de manger
en prenant son bol dans les mains. Cela
ne se fait pas pour les plats de poissons
et viandes, mais uniquement pour les
petits récipients (riz, soupe miso,...).
N’oubliez pas de manger de tout petit à
petit de façon équilibrée.
Choisir un cadeau
Quelles fleurs choisir ?
Pour les félicitations ou les visites de
malades, les fleurs sont très utilisées. Mais
faites bien attention car certaines fleurs
ne conviennent pas à certaines situations.
Par exemple, les camélias, dont les
pétales tombent en même temps, font
penser à la fin de la vie, et il n'est donc
pas opportun dans offrir lorsqu’on rend
visite à une personne malade. Les plants
en pot durent longtemps, mais comme
ils sont synonymes “d'enracinement”,
il n'est pas très bien vu d'en apporter
à quelqu'un qui est hospitalisé. Les
chrysanthèmes blancs, utilisés lors de la
veillée mortuaire ou de la cérémonie
des morts, ne doivent pas être offerts
à l'occasion de félicitations car ils
symbolisent les condoléances.
Pour les évènements heureux,
il est commun d'offrir des fleurs
voyantes comme des roses, des lis ou
des orchidées. Si vous rendez visite à
quelqu'un de malade, choisissez des
tournesols ou des gerbéras qui font
penser à la clarté du soleil. Pour les
veillées mortuaires et les cérémonies des
morts, il est approprié d'apporter des
fleurs blanches comme les chrysanthèmes
japonais, les oeillets ou les lis.
Comment donner de l'argent
Lor squ'on offre de l'argent au
Japon, il faut le placer dans des
enveloppes spécialement prévues à cet
effet (shûgibukuro ou bushûgibukuro).
Chaque sor te compor te un ruban
ou un dessin de ruban, dont il faut
faire attention à la couleur. En cas
d'évènement heureux, ce dernier doit
être rouge ou or, alors qu'il sera blanc
ou noir en cas de malheur. Il faut de plus
faire attention au sens du ruban. Pour
quelque chose de toujours d'heureux qui
peut arriver plusieurs fois (comme une
naissance), on choisira un noeud papillon.
Mais à l'occasion d'un mariage ou d'une
veillée mortuaire, ou autre évènements
qui ne doivent pas se produire plusieurs
fois, il faudra choisir des noeuds enlacés
inséparables avec les rubans tournés vers
le haut appelé musubikiri.

shûgibukuro
Les nombres tabous
Au Japon, les nombres indivisibles impairs sont plus fastes
que les nombres pairs. C'est pour cela que lorsqu’on offre
des fleurs ou de l'argent, on en donne traditionnellement
un nombre impair. Comme le chiffre 4 est associé à la mort,
et le 9 à la souffrance, il arrive souvent qu'ils ne soient pas
utilisés dans les établissements médicaux. Pensez également
à cela lorsque vous offrirez quelque chose.
|