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mardi, 15/03/2011 14:00CET

Les bonnes manières japonaises

Le marché au thon de Tsukiji, haut lieu du tourisme de l'archipel, a dû à plusieurs reprises annuler des visites à cause du mauvais comportement des étrangers. Quelles peuvent bien en être les causes, et surtout quelles sont les attentes des Japonais concernant les bonnes manières ? C'est ce que nous allons tenter de découvrir en observant « la culture de la prévenance », fondement de la société nippone, notamment au travers des règles à respecter dans le cadre d'une invitation dans un foyer japonais.

(Texte : Kei Okishima, Traduit en français : Thibault. C))


Un peuple strict avec les règles

Nous sommes au marché au Thon de Tsukiji, scène touristique majeure dont actuellement 90% des visiteurs sont des étrangers. Les flashs sont interdits, car les plaintes se suivent affirmant que la concentration de lumière qu'ils génèrent ferait perdre des opportunités de vente, ce qui a abouti à plusieurs annulations de visites. Selon les Japonais, les “mauvaises manières des étrangers” consistent à faire ce qui est interdit. Même si on indique de ne pas toucher les thons, de nombreux étrangers les prennent dans leur bras, les embrassent, et d'autres même conduisent à l'intérieur de l'entrepôt. Ce type d'actes “téméraires” est quelque chose d'impensable pour les Japonais.

Vous pouvez facilement le comprendre lorsque vous arpentez les rues de Tokyo. Dans une mégalopole de 13 000 000 d'habitants, vous ne trouverez quasiment aucun mégot de cigarettes et autres détritus. Et même au grand carrefour du 4ème district du quartier Ginza où se croisent sans cesse véhicules et piétons, tout se déroule dans le calme sans jamais un seul coup de klaxon. En bref, les Japonais sont en peuple strict sur le respect des règles.

Les bonnes manières dans une conversation

Au fondement de ce profond respect pour les règles se trouve le maintien de l'harmonie de la société en ne gênant pas les autres ni en les rendant responsable des choses. Cela s'observe dans les conversations. Tout d'abord, on tentera de ne jamais blesser l'autre. Le japonais est une langue contextuelle dans laquelle on comprend même sans évoquer le sujet, ce qui fait qu'on ne mentionne jamais directement la responsabilité de quelqu'un qui aurait fait quelque chose à un autre, tout en continuant la conversation de façon polie afin d’atténuer la culpabilisation.

Par exemple, observons la conversation de A et B qui découvrent une tasse cassée. Même s'il est évident que c'est B qui l'a brisé et que A est au courant, A ne dira jamais « C'est toi qui l'a cassé ? » mais « Tiens, la tasse est cassée »

B à son tour, plutôt que de dire « Oui, c'est moi qu'il l'ait cassé », dira plutôt
« Oui, en tombant »

Le terme « cassée » utilisé par A réfère uniquement à l'état de la tasse, comme si celle-ci avait été brisée naturellement. Cependant, B, en indiquant « En tombant », exprime de façon indirecte qu'il est le responsable.

Ainsi, comme on comprend au fil du contexte “qui” à fait quoi, il n'est pas nécessaire d'insister sur la responsabilité de ce ’qui’ pour ne pas lui faire perdre la face. Telle est une des bonnes manières fortement enracinée chez les Japonais. Il n’est pas évident de transposer cette règle en langage étranger, mais souvenez-vous qu’il ne faut pas insister dans le genre « Oui ou non ? Alors? ».


Dans la pratique, comment faire si on est invité chez quelqu'un ?

Déchaussé sinon rien

Au Japon, on n'entre jamais dans une maison avec ses chaussures, mais on les laisse à l'entrée dans l'espace qui leur est réservé. Après s’être déchaussé, on s'agenouille et tourne les chaussures pour les disposer pointes face à l'entrée.


Attention dans les pièces traditionnelles


Toko no ma (droite) dans le washitsu

A l'intérieur des washitsu, pièces propres au Japon où sont disposés des tatamis, il convient de respecter certaines règles. L'endroit le plus important est le toko no ma. On y dispose des rouleaux représentant une peinture de saison ou des fleurs pour les invités, il faut donc d'abord faire face à cet espace. N'y déposez jamais vos sacs ou bagages, c'est très malpoli. Les tatamis étant très délicats, vous devez faire attention et disposer une serviette avant d'y déposer quelque chose de lourd.

La place qui tourne le dos au toko no ma, appelée Kamiza, est réservée à la personne la plus importante. Il est donc très malvenu de s'y installer sans y être invité. D'ailleurs, on ne s'assoit pas jusqu'à ce que quelqu’un vous le propose. Pour s'asseoir sur les tatamis, vous trouverez des petits coussins appelés zabuton à la place des chaises. La politesse veut que l'on ne s'installe pas jusqu'à ce que l'hôte vous en prie, et que les salutations se fassent sur les tatamis. Lorsque vous vous levez, vous ne devez jamais mettre les pieds sur les zabuton mais vous déplacer à côté puis vous mettre debout.

Tabous à table

Les règles fondamentales sont de ne jamais pointer une personne avec des baguettes, de ne pas manger en transperçant les aliments, ou encore de ne pas se resservir les baguettes à la main.


Le bol se prend avec une main

Ensuite, vous avez les usages de mauvais augure que sont chigaibashi, hotokebashi, awasebashi. Le premier consiste à utiliser deux baguettes différentes. Cela vient du fait qu'après l'incinération d'un mort, vous passez les os du défunt avec un bambou et un morceau de bois différent , d'où l'interdiction de manger avec des baguettes de genre ou de taille différentes. La deuxième règle consiste à ne pas planter les baguettes dans son plat, car il s'agit d'un symbole d'offrande destinée aux morts. Enfin, il ne faut jamais se passer des aliments avec des baguettes, cet acte étant réservé aux passages des os après l'incinération.

Il ne faut également pas hésiter dans son choix (mayoibashi), ni ne manger qu'un seul met parmi ceux proposés.

Traditionnellement, on mangeait sur une petite table assis sur des tatamis, et de là est venue la coutume de manger en prenant son bol dans les mains. Cela ne se fait pas pour les plats de poissons et viandes, mais uniquement pour les petits récipients (riz, soupe miso,...). N’oubliez pas de manger de tout petit à petit de façon équilibrée.


Choisir un cadeau

Quelles fleurs choisir ?

Pour les félicitations ou les visites de malades, les fleurs sont très utilisées. Mais faites bien attention car certaines fleurs ne conviennent pas à certaines situations. Par exemple, les camélias, dont les pétales tombent en même temps, font penser à la fin de la vie, et il n'est donc pas opportun dans offrir lorsqu’on rend visite à une personne malade. Les plants en pot durent longtemps, mais comme ils sont synonymes “d'enracinement”, il n'est pas très bien vu d'en apporter à quelqu'un qui est hospitalisé. Les chrysanthèmes blancs, utilisés lors de la veillée mortuaire ou de la cérémonie des morts, ne doivent pas être offerts à l'occasion de félicitations car ils symbolisent les condoléances.

Pour les évènements heureux, il est commun d'offrir des fleurs voyantes comme des roses, des lis ou des orchidées. Si vous rendez visite à quelqu'un de malade, choisissez des tournesols ou des gerbéras qui font penser à la clarté du soleil. Pour les veillées mortuaires et les cérémonies des morts, il est approprié d'apporter des fleurs blanches comme les chrysanthèmes japonais, les oeillets ou les lis.


Comment donner de l'argent

Lor squ'on offre de l'argent au Japon, il faut le placer dans des enveloppes spécialement prévues à cet effet (shûgibukuro ou bushûgibukuro). Chaque sor te compor te un ruban ou un dessin de ruban, dont il faut faire attention à la couleur. En cas d'évènement heureux, ce dernier doit être rouge ou or, alors qu'il sera blanc ou noir en cas de malheur. Il faut de plus faire attention au sens du ruban. Pour quelque chose de toujours d'heureux qui peut arriver plusieurs fois (comme une naissance), on choisira un noeud papillon. Mais à l'occasion d'un mariage ou d'une veillée mortuaire, ou autre évènements qui ne doivent pas se produire plusieurs fois, il faudra choisir des noeuds enlacés inséparables avec les rubans tournés vers le haut appelé musubikiri.


shûgibukuro


Les nombres tabous

Au Japon, les nombres indivisibles impairs sont plus fastes que les nombres pairs. C'est pour cela que lorsqu’on offre des fleurs ou de l'argent, on en donne traditionnellement un nombre impair. Comme le chiffre 4 est associé à la mort, et le 9 à la souffrance, il arrive souvent qu'ils ne soient pas utilisés dans les établissements médicaux. Pensez également à cela lorsque vous offrirez quelque chose.


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