Séisme du Japon
Aujourd'hui et demain au Japon
Le 11 mars 2011, l'histoire du Japon a basculé. De tous les séismes observés jusqu'alors, celui-ci est le 4ème plus important
de l'histoire des hommes, et a provoqué un tsunami gigantesque qui a dépassé des digues de dix mètres et dévasté des villes
entières, ainsi qu'un incident dans une centrale nucléaire.
(Texte: Ryoko Umemuro, Traduit en français : Thibault. C)
Lettres de Fukushima
Mieko réside dans le village de Futaba
qui se trouve juste à côté de la centrale
nucléaire de Fukushima 1. Actuellement,
elle est réfugiée avec son mari et ses
enfants dans la ville de Nihonmatsu, à
environ 50km de là. Depuis son téléphone
portable, elle a pu nous faire parvenir
quelques messages.
Des refuges éparpillés
Le jour du tremblement de terre, Mieko était à
Nihonmatsu. « Juste après le séisme, les téléphones
et les portables fonctionnaient très mal, et j'ai mis
beaucoup de temps au prix d'efforts importants
pour retrouver mon père et ma mère. Surtout qu'à
Futaba, avec le tsunami et l'incident à la centrale, le
déplacement continu des refuges n'a pas facilité les
choses ».
Suite au séisme, le système de refroidissement
de la centrale a cessé de fonctionné dès le 11 mars,
et les habitants des environs ont immédiatement
commencé à se réfugier. Le jour suivant, une
explosion retentit dans le réacteur n°1. C'est
justement ce jour que Mieko réussit enfin à
contacter sa mère. « Par chance j'ai pu contacter
ma mère le 12 sur son portable, et j'ai pu aller la
rejoindre dans son refuge d'un soir ».
Le jour du tremblement de terre, le
père de Mieko était parti seul
« Ce jour-là, il était parti la journée à la maison
de retraite. Les pensionnaires l'ont d’abord accueilli,
puis il a été déplacé dans deux refuges différents.
Grâce aux nombreux échanges de renseignements
avec ma soeur de Yokohama, le 14 mars, j'ai
découvert qu'il était réfugié dans la ville de
Minamisôma, à environ 30km de la centrale ».
Des retrouvailles au péril de la vie
cause du séisme, les fournisseurs de carburant
ont stoppé leur activité, et le Japon tout entier
manquait d'essence. Les stations-service étaient
soit fermées, soit se limitaient à une seule voiture,
et même si vous avez la chance d'en trouver une,
c'était une queue sans fin qui vous attendait.
Heureusement, le jour du séisme, la voiture de son
père avait assez de carburant. « Conscient que s'il se
passait quelque chose à la centrale il faudrait faire
marche arrière, mon mari est parti chercher mon
père sachant que ce pouvait être un aller simple ».
Dans ses messages, elle nous a raconté ce que
ses parents lui avaient dit à propos des refuges.
« D’après ma mère, le plus difficile était le froid
avec la neige. En plus, il n'y avait pas que des gens
fatigués ou en mauvaise forme, mais également des
malades qui s'étaient enfuis sans médicaments et
dont l'état empirait. Dans les refuges, l'électricité
et l'eau ont mis du temps à être rétabli, et certaines
personnes sont devenues mal en point en prenant
trop sur elles. Là où se trouvait mon père, les
employés faisaient des allers-retours réguliers pour
réapprovisionner. Pourtant, au fil des jours, tout est
devenu terrible »

Un refuge de la ville de Soma à Fukushima ©Wally Santana/AP/Press Association Images
Fukushima isolée
Après cela, sa famille s'est rendue un temps dans
un refuge avec d'autres sinistrés dans la Super Arena
de Saitama, environ 200km au sud de la centrale,
puis a rejoint ma soeur à Yokohama.
« Par chance, j'ai pu retrouver mes parents, mais
quelque temps après, nous avons découvert qu'il y
avait eu un ordre de confinement à domicile dans
la ville de Minamisôma, là où s'était réfugié mon
père au début, et que face à la dangerosité, les
marchandises n'arrivaient plus et la ville était isolée.
Les forces d'autodéfense et la police sont venues
en aide et ont commencé à déplacer les gens.
Mais dans la région, il y a beaucoup d'hôpitaux
et maisons de retraite isolés, et de nombreuses
personnes âgées sont décédées à cette occasion.
Même à plus de 30km, de plus en plus de familles
avec de jeunes enfants s'enfuient d'eux-mêmes.
Pourtant, de nombreuses personnes ne peuvent pas
s'éloigner à cause de leur travail »
Sur la dangerosité des radiations, même à
plus de 100km, on ne s'approche plus de certains
endroits car cela fait partie de la « préfecture de
Fukushima ».
« Je pense vraiment que seule la préfecture
du Fukushima met du temps à se reconstruire, et
que la situation empire. Les marchandises arrivent
des grandes villes, mais à cause de la centrale, les
chauffeurs routiers les remettent à un endroit
intermédiaire et font vite demi-tour. Ce que je
souhaite le plus actuellement, c'est que les troubles
causés par la centrale ne s'aggravent pas »
Mieko est fonctionnaire de la ville de
Nihonmatsu. Après nous avoir écrit ces messages,
elle a confié ses enfants et ses parents à sa soeur,
et est retournée sur place pour aider les gens de sa
ville.
Elle est née en 1971, l'année de la mise en service du réacteur n°1 de la centrale nucléaire de Fukushima 1. Peut-être ne pourra-t-elle plus jamais effleurer le sol de sa terre natale…
Tokyo, zone sinistrée
Changeons un peu de lieu. Le 11 mars,
un séisme de 5+ degrés est survenu dans
les 23 arrondissements de Tokyo (environ
250km au sud de la centrale nucléaire de
Fukushima 1). Peu de bâtiments ont été
touchés, mais des pannes de courant sont
intervenues sur une très large zone, et
les transports en commun ont cessé de
fonctionner. Jusqu’au premier avril, il y a eu
pas moins de 380 répliques de magnitude
supérieure à 5. Même si c'est incomparable
à Miyagi, Iwate ou encore Fukushima, c'est
tout de même un désastre.
Le jour du séisme, on a pu voir des gens dormir
au travail, passer la nuit dans un bâtiment ouvert,
ou bien encre rentrer chez eux à pied, mais personne
céder à la panique. Ce n'est pas seulement parce que
les Japonais sont entraînés et préparés à faire face
aux tremblements de terre. Dans la confusion et la
fatigue, chacun a choisi ce qui était le mieux pour
lui. Chacun à pensé la même chose : pour surmonter
rapidement cette situation, la meilleure chose à faire
est de s'entraider et de se soutenir.
Dans les bâtiments publics ouverts, les gens du
coin ont apporté des couvertures et des boissons.
On donnait des boissons et de la nourriture aux
personnes qui rentraient à pied. Les magasins
distribuaient gratuitement des marchandises
et acceptaient d'être payés plus tard. Dans les
embouteillages sans fin suite aux pannes de
signalisation, les habitants du coin organisaient la
circulation, et les seuls sons de klaxons servaient à
les remercier. Dans l'ouest du Japon, non touché
par le séisme, les gens ont commencé à économiser
l'électricité et à faire des dons de sang. Le jour
suivant, même lorsqu'une partie des transports avait
repris, les gens qui n'avaient pas pu rentrer chez
eux faisaient la queue patiemment sur les quais.
Dans l'inquiétude des répliques et des coupures de
courant, les magasins pouvant ouvrir marchaient à
plein régime, et les clients faisaient la queue dans le
calme.
Reprise du travail dès lundi suivant
Le lundi, soit trois jours après le séisme, Tokyo
s'est remis en marche. Suite à l'arrêt des centrales
nucléaires et thermiques, la demande d'énergie ne
pouvant être satisfaite, on a du mettre en place des
programmations de coupures de courant.
Jusqu'à ce que les transports fonctionnement
à nouveau normalement, on a mis en place des
systèmes de travail à domicile ou ailleurs qu'au
bureau habituel pour les professions que le
permettaient. Pour faire face aux coupures de
courant programmées et à un nouveau désastre
naturel, les entreprises ont rapidement changé et amélioré leur préparation, notamment en déplaçant
les serveurs informatiques à différents endroits.
Répliques, incident nucléaire, coupures de
courant…dans la fatigue et l'inquiétude de
cette situation inédite, les tokyoïtes « travaillent
normalement ». Pour économiser l'énergie, on utilise
seulement les néons nécessaires, mais Tokyo vit.

Quartier de Ginza à Tokyo (17 mars 2011)
©Gregory Bull/AP/Press Association Images
Accaparement et aide matérielle
Même si de nombreuses personnes,
inquiètes par l'incident de la centrale et le retard
d'approvisionnement en carburant, achètent et
stockent tout ce qu'elles peuvent, d'autres, voisins
ou amis, se mobilisent, et au travers des collectivités
ou des associations de volontaires, font parvenir des
produits aux régions sinistrées.
Le principal sujet parmi les habitants est la
«restriction». En pensant à la souffrance des sinistrés
du Tohoku et du Kita-Kanto, beaucoup pense qu'il
est très « inconvenable » de penser à s'amuser.
Par ailleurs, les établissements de restauration
ou d'amusement ayant subi des dommages, de
nombreux évènements ont été annulés. Mais
pour la reconstruction, le pays à besoin d'activité
économique intérieure. Ce sera une bataille sur le
long terme. Les acteurs économiques ne doivent
pas se restreindre plus que nécessaire, et pour cette
longue bataille à mener, le corps a besoin d'être
apaisé, car seul le mental ne peut suffire.
Le Japon de demain
Suite au séisme et à l'incident de la centrale, les
Japonais eux-mêmes parlent beaucoup de l'avenir
de leur pays. Nombreux sont ceux qui considèrent
qu'il faut d'abord secourir les personnes et diminuer
au maximum l'incident de la centrale, mais il est
également important de se projeter dans l'avenir.
Car « dans le pire des scénarios », les Japonais ne
vont rien retenir de cette catastrophe naturelle,
et tout ne fera que se répéter « comme jusqu'à
présent ». Le Japon va se reconstruire. Mais il y a
une bonne et une mauvaise reconstruction. Pour
une reconstruction positive, trois éléments semblent
importants:
Le problème énergétique
L'incident de Fukushima ne concerne pas
seulement le Japon mais toute la communauté
internationale. Le Japon devra certainement
revoir sa production électrique basée sur le
nucléaire tout en changeant sa source d'énergie.
Il y a du bien et du mauvais dans chaque chose.
Jusqu'à présent, le Japon a privilégié le bien, mais
il devra désormais s'inscrire dans une logique de
management des risques en évaluant les possibles
points négatifs. Grâce à cela, le Japon pourra peutêtre devenir à la pointe des énergies respectueuses
de l'environnement. Cela prendra des années et des
mois, mais le Japon en a le potentiel.
Dirigeant et système social
Cependant, il faut un nouveau chef et un
nouveau système social à ce Japon qui endure
des problèmes énergétiques et des catastrophes
naturelles. Comme nous l'avons souligné
auparavant, trois jours après le séisme, chaque
entreprise a construit les bases d'un nouvel
environnement. Cela réussira certainement à
changer de façon efficace le travail des Japonais.
En crevant l'abcès montrant une mauvaise gestion
des entreprises et de l'administration dans le cadre
de l'incident de la centrale, le peuple a montré sa
volonté de voir naître un leadership et un système
social d'excellence. L'État est là pour le peuple, et
c'est le peuple qui décide de l'État.
Réalité du Japon
Concernant les informations sur cette
catastrophe, on trouve, dans les médias
internationaux, des articles excellents tout comme
des articles qui ne reflètent pas véritablement la
réalité du Japon. Dans le monde, il ya ce qu'on
appelle des dégâts causés par des rumeurs. Ainsi,
à la suite d'un incident ou d'une catastrophe,
d'une information non pertinente ou fausse, la
consommation baisse par crainte d'une diminution
des services et de la qualité de la production, ce
qui cause des préjudices à des acteurs qui n'avaient
jusqu'alors aucun rapport direct avec la chose. Au
lendemain de la Seconde Guerre mondiale, il réussit
son développement économique en devenant un
pays basé sur les exportations. Alors, les relations
avec les pays étrangers, notamment les importations
et les exportations, ont eu une incidence sur le
développement économique. Actuellement, de
nombreuses usines à travers le monde sont touchées
par le manque de pièces fabriquées au Japon.
Désormais, afin que le Japon puisse entretenir
des relations économiques et internationales avec
les autres pays, il devra certainement proposer
une information précise (non seulement du
gouvernement et des médias, mais de tous les
acteurs des diverses branches d'activités).
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