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mardi, 05/04/2011 12:00CET

Séisme du Japon
Aujourd'hui et demain au Japon

Le 11 mars 2011, l'histoire du Japon a basculé. De tous les séismes observés jusqu'alors, celui-ci est le 4ème plus important de l'histoire des hommes, et a provoqué un tsunami gigantesque qui a dépassé des digues de dix mètres et dévasté des villes entières, ainsi qu'un incident dans une centrale nucléaire.
(Texte: Ryoko Umemuro, Traduit en français : Thibault. C)


Lettres de Fukushima

Mieko réside dans le village de Futaba qui se trouve juste à côté de la centrale nucléaire de Fukushima 1. Actuellement, elle est réfugiée avec son mari et ses enfants dans la ville de Nihonmatsu, à environ 50km de là. Depuis son téléphone portable, elle a pu nous faire parvenir quelques messages.


Des refuges éparpillés

Le jour du tremblement de terre, Mieko était à Nihonmatsu. « Juste après le séisme, les téléphones et les portables fonctionnaient très mal, et j'ai mis beaucoup de temps au prix d'efforts importants pour retrouver mon père et ma mère. Surtout qu'à Futaba, avec le tsunami et l'incident à la centrale, le déplacement continu des refuges n'a pas facilité les choses ».

Suite au séisme, le système de refroidissement de la centrale a cessé de fonctionné dès le 11 mars, et les habitants des environs ont immédiatement commencé à se réfugier. Le jour suivant, une explosion retentit dans le réacteur n°1. C'est justement ce jour que Mieko réussit enfin à contacter sa mère. « Par chance j'ai pu contacter ma mère le 12 sur son portable, et j'ai pu aller la rejoindre dans son refuge d'un soir ».


Le jour du tremblement de terre, le père de Mieko était parti seul

« Ce jour-là, il était parti la journée à la maison de retraite. Les pensionnaires l'ont d’abord accueilli, puis il a été déplacé dans deux refuges différents. Grâce aux nombreux échanges de renseignements avec ma soeur de Yokohama, le 14 mars, j'ai découvert qu'il était réfugié dans la ville de Minamisôma, à environ 30km de la centrale ».


Des retrouvailles au péril de la vie

cause du séisme, les fournisseurs de carburant ont stoppé leur activité, et le Japon tout entier manquait d'essence. Les stations-service étaient soit fermées, soit se limitaient à une seule voiture, et même si vous avez la chance d'en trouver une, c'était une queue sans fin qui vous attendait. Heureusement, le jour du séisme, la voiture de son père avait assez de carburant. « Conscient que s'il se passait quelque chose à la centrale il faudrait faire marche arrière, mon mari est parti chercher mon père sachant que ce pouvait être un aller simple ».

Dans ses messages, elle nous a raconté ce que ses parents lui avaient dit à propos des refuges.

« D’après ma mère, le plus difficile était le froid avec la neige. En plus, il n'y avait pas que des gens fatigués ou en mauvaise forme, mais également des malades qui s'étaient enfuis sans médicaments et dont l'état empirait. Dans les refuges, l'électricité et l'eau ont mis du temps à être rétabli, et certaines personnes sont devenues mal en point en prenant trop sur elles. Là où se trouvait mon père, les employés faisaient des allers-retours réguliers pour réapprovisionner. Pourtant, au fil des jours, tout est devenu terrible »


Un refuge de la ville de Soma à Fukushima
©Wally Santana/AP/Press Association Images



Fukushima isolée

Après cela, sa famille s'est rendue un temps dans un refuge avec d'autres sinistrés dans la Super Arena de Saitama, environ 200km au sud de la centrale, puis a rejoint ma soeur à Yokohama.

« Par chance, j'ai pu retrouver mes parents, mais quelque temps après, nous avons découvert qu'il y avait eu un ordre de confinement à domicile dans la ville de Minamisôma, là où s'était réfugié mon père au début, et que face à la dangerosité, les marchandises n'arrivaient plus et la ville était isolée. Les forces d'autodéfense et la police sont venues en aide et ont commencé à déplacer les gens. Mais dans la région, il y a beaucoup d'hôpitaux et maisons de retraite isolés, et de nombreuses personnes âgées sont décédées à cette occasion. Même à plus de 30km, de plus en plus de familles avec de jeunes enfants s'enfuient d'eux-mêmes. Pourtant, de nombreuses personnes ne peuvent pas s'éloigner à cause de leur travail »

Sur la dangerosité des radiations, même à plus de 100km, on ne s'approche plus de certains endroits car cela fait partie de la « préfecture de Fukushima ».

« Je pense vraiment que seule la préfecture du Fukushima met du temps à se reconstruire, et que la situation empire. Les marchandises arrivent des grandes villes, mais à cause de la centrale, les chauffeurs routiers les remettent à un endroit intermédiaire et font vite demi-tour. Ce que je souhaite le plus actuellement, c'est que les troubles causés par la centrale ne s'aggravent pas »

Mieko est fonctionnaire de la ville de Nihonmatsu. Après nous avoir écrit ces messages, elle a confié ses enfants et ses parents à sa soeur, et est retournée sur place pour aider les gens de sa ville.

Elle est née en 1971, l'année de la mise en service du réacteur n°1 de la centrale nucléaire de Fukushima 1. Peut-être ne pourra-t-elle plus jamais effleurer le sol de sa terre natale…


Tokyo, zone sinistrée

Changeons un peu de lieu. Le 11 mars, un séisme de 5+ degrés est survenu dans les 23 arrondissements de Tokyo (environ 250km au sud de la centrale nucléaire de Fukushima 1). Peu de bâtiments ont été touchés, mais des pannes de courant sont intervenues sur une très large zone, et les transports en commun ont cessé de fonctionner. Jusqu’au premier avril, il y a eu pas moins de 380 répliques de magnitude supérieure à 5. Même si c'est incomparable à Miyagi, Iwate ou encore Fukushima, c'est tout de même un désastre.


Le jour du séisme, on a pu voir des gens dormir au travail, passer la nuit dans un bâtiment ouvert, ou bien encre rentrer chez eux à pied, mais personne céder à la panique. Ce n'est pas seulement parce que les Japonais sont entraînés et préparés à faire face aux tremblements de terre. Dans la confusion et la fatigue, chacun a choisi ce qui était le mieux pour lui. Chacun à pensé la même chose : pour surmonter rapidement cette situation, la meilleure chose à faire est de s'entraider et de se soutenir.

Dans les bâtiments publics ouverts, les gens du coin ont apporté des couvertures et des boissons. On donnait des boissons et de la nourriture aux personnes qui rentraient à pied. Les magasins distribuaient gratuitement des marchandises et acceptaient d'être payés plus tard. Dans les embouteillages sans fin suite aux pannes de signalisation, les habitants du coin organisaient la circulation, et les seuls sons de klaxons servaient à les remercier. Dans l'ouest du Japon, non touché par le séisme, les gens ont commencé à économiser l'électricité et à faire des dons de sang. Le jour suivant, même lorsqu'une partie des transports avait repris, les gens qui n'avaient pas pu rentrer chez eux faisaient la queue patiemment sur les quais. Dans l'inquiétude des répliques et des coupures de courant, les magasins pouvant ouvrir marchaient à plein régime, et les clients faisaient la queue dans le calme.


Reprise du travail dès lundi suivant

Le lundi, soit trois jours après le séisme, Tokyo s'est remis en marche. Suite à l'arrêt des centrales nucléaires et thermiques, la demande d'énergie ne pouvant être satisfaite, on a du mettre en place des programmations de coupures de courant.

Jusqu'à ce que les transports fonctionnement à nouveau normalement, on a mis en place des systèmes de travail à domicile ou ailleurs qu'au bureau habituel pour les professions que le permettaient. Pour faire face aux coupures de courant programmées et à un nouveau désastre naturel, les entreprises ont rapidement changé et amélioré leur préparation, notamment en déplaçant les serveurs informatiques à différents endroits.

Répliques, incident nucléaire, coupures de courant…dans la fatigue et l'inquiétude de cette situation inédite, les tokyoïtes « travaillent normalement ». Pour économiser l'énergie, on utilise seulement les néons nécessaires, mais Tokyo vit.


Quartier de Ginza à Tokyo (17 mars 2011)
©Gregory Bull/AP/Press Association Images


Accaparement et aide matérielle

Même si de nombreuses personnes, inquiètes par l'incident de la centrale et le retard d'approvisionnement en carburant, achètent et stockent tout ce qu'elles peuvent, d'autres, voisins ou amis, se mobilisent, et au travers des collectivités ou des associations de volontaires, font parvenir des produits aux régions sinistrées.

Le principal sujet parmi les habitants est la «restriction». En pensant à la souffrance des sinistrés du Tohoku et du Kita-Kanto, beaucoup pense qu'il est très « inconvenable » de penser à s'amuser. Par ailleurs, les établissements de restauration ou d'amusement ayant subi des dommages, de nombreux évènements ont été annulés. Mais pour la reconstruction, le pays à besoin d'activité économique intérieure. Ce sera une bataille sur le long terme. Les acteurs économiques ne doivent pas se restreindre plus que nécessaire, et pour cette longue bataille à mener, le corps a besoin d'être apaisé, car seul le mental ne peut suffire.


Le Japon de demain

Suite au séisme et à l'incident de la centrale, les Japonais eux-mêmes parlent beaucoup de l'avenir de leur pays. Nombreux sont ceux qui considèrent qu'il faut d'abord secourir les personnes et diminuer au maximum l'incident de la centrale, mais il est également important de se projeter dans l'avenir. Car « dans le pire des scénarios », les Japonais ne vont rien retenir de cette catastrophe naturelle, et tout ne fera que se répéter « comme jusqu'à présent ». Le Japon va se reconstruire. Mais il y a une bonne et une mauvaise reconstruction. Pour une reconstruction positive, trois éléments semblent importants:


Le problème énergétique

L'incident de Fukushima ne concerne pas seulement le Japon mais toute la communauté internationale. Le Japon devra certainement revoir sa production électrique basée sur le nucléaire tout en changeant sa source d'énergie. Il y a du bien et du mauvais dans chaque chose. Jusqu'à présent, le Japon a privilégié le bien, mais il devra désormais s'inscrire dans une logique de management des risques en évaluant les possibles points négatifs. Grâce à cela, le Japon pourra peutêtre devenir à la pointe des énergies respectueuses de l'environnement. Cela prendra des années et des mois, mais le Japon en a le potentiel.


Dirigeant et système social

Cependant, il faut un nouveau chef et un nouveau système social à ce Japon qui endure des problèmes énergétiques et des catastrophes naturelles. Comme nous l'avons souligné auparavant, trois jours après le séisme, chaque entreprise a construit les bases d'un nouvel environnement. Cela réussira certainement à changer de façon efficace le travail des Japonais. En crevant l'abcès montrant une mauvaise gestion des entreprises et de l'administration dans le cadre de l'incident de la centrale, le peuple a montré sa volonté de voir naître un leadership et un système social d'excellence. L'État est là pour le peuple, et c'est le peuple qui décide de l'État.


Réalité du Japon

Concernant les informations sur cette catastrophe, on trouve, dans les médias internationaux, des articles excellents tout comme des articles qui ne reflètent pas véritablement la réalité du Japon. Dans le monde, il ya ce qu'on appelle des dégâts causés par des rumeurs. Ainsi, à la suite d'un incident ou d'une catastrophe, d'une information non pertinente ou fausse, la consommation baisse par crainte d'une diminution des services et de la qualité de la production, ce qui cause des préjudices à des acteurs qui n'avaient jusqu'alors aucun rapport direct avec la chose. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, il réussit son développement économique en devenant un pays basé sur les exportations. Alors, les relations avec les pays étrangers, notamment les importations et les exportations, ont eu une incidence sur le développement économique. Actuellement, de nombreuses usines à travers le monde sont touchées par le manque de pièces fabriquées au Japon. Désormais, afin que le Japon puisse entretenir des relations économiques et internationales avec les autres pays, il devra certainement proposer une information précise (non seulement du gouvernement et des médias, mais de tous les acteurs des diverses branches d'activités).



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