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mardi, 19/04/2011 13:00CET

Le séisme en direct d'Akita

Lors du séisme, Alicia-Michiko Hyuga était depuis douze jours à Akita, au nord-ouest du Japon, pour la préparation de son emménagement chez son ami. Son retour à Chiba prévu le lendemain du séisme a été annulé. Elle est restée à Akita et a vécu un moment triste et tendue.


Autre vue depuis chez moi 7 jours après la catastrophe.
Il y a très peu de voitures à cause de la pénurie d'essence



Click the image to enlarge


Un événement inattendu

Le 11 mars à 14h48, après avoir déjeuné à la maison, il y a eu une annonce urgente à la radio : « un grand tremblement de terre a secoué la région de Miyagi juste à l'instant. Les régions concernées sont celles d'Ibaragi, Fukushima, Akita*......Ne paniquez pas et restez sous les tables...... »

Juste après cette annonce, une secousse sismique a commencé. J'ai vu un lustre et des tableaux secoués violemment. L'appartement a fait du bruit. Tout d'un coup, il y a eu une coupure de courant. La secousse ne s'arrêtait pas et je ne pouvais plus rester debout normalement. J'ai eu très peur. J'ai pris mon sac et je suis sortie immédiatement de mon appartement.

En protégeant ma tête, j'ai descendu l'escalier de secours. Au rez-de-chaussée, à l'accueil de l'immeuble, il y avait déjà quelques voisins. Une femme portant un bébé s'est mise à pleurer. Dehors, le vent soufflait si fort qu'il empêchait la neige de tomber verticalement, et le tonnerre grondait.

Un pompier et la police sont venus vérifier s'il y avait des gens enfermés dans l'ascenseur. Heureusement, il n'y avait personne dedans. Je n'ai pas réussi à joindre mon ami, qui était à son travail, à cause d'une perturbation du réseau téléphonique. J'étais inquiète, car des petites secousses survenaient constamment.

Vers 16h30, je suis montée à la maison pour préparer des affaires afin de me réfugier éventuellement dans un abri. En retrouvant les voisins à l'accueil de l'immeuble, j'ai appris qu'il n'y avait toujours pas d'électricité. Le temps s'est refroidi dans la soirée. Les habitants sont rentrés peu à peu dans leur appartement. J'ai préféré rester à l'accueil avec mon bagage, ma couette et une radio allumée, pour attendre le retour de mon ami.

Vers 19h, il est rentré sain et sauf. Nous avons monté mes affaires à la maison et nous sommes restés avec une bougie allumée. Avec à la fois de l'inquiétude et du soulagement, nous nous sommes couchés très tôt ce soir-là sans avoir conscience de nous être endormis.

* A environ 300km de la centrale nucléaire de Fukushima 1.


Les nouvelles de ma famille

Le lendemain du séisme, j'ai enfin réussi à joindre mes parents au téléphone. Ils allaient bien malgré une forte secousse à Chiba. J'ai appris que ma tante de Rifu (Miyagi) était chez le médecin lors du séisme. Elle a été envoyée dans un abri. Son mari est allé la chercher en voiture et il est tombé sur elle alors qu'elle marchait dans la rue.

J'ai été rassurée d'apprendre que toute ma famille et tous mes proches allaient bien.


Les coupures de courant électrique, de gaz et d'eau

Dès le jour du séisme, il n'y avait plus d'électricité à Akita. Il y avait aussi des coupures de gaz et d'eau dans certains quartiers. Le lendemain, nous sommes sortis pour les courses. Comme les magasins de proximité étaient tous fermés, nous avons décidé de prendre la voiture pour aller un peu plus loin au super marché. A 8h15, il y avait une longue file d'attente. A la caisse, tout était calculé à la main.

A cause de la coupure de courant, les hôpitaux ont eu des difficultés pour servir les repas aux patients. Dans l'après-midi, mon ami a rejoint ses collègues de travail pour y distribuer du "Soy Joy", un produit diététique de son entreprise. Quant à moi, je suis allée chercher de l'eau à l'extérieur de l'immeuble et j'ai fait trois fois l'aller-retour du rez-de-chaussée de la maison au onzième étage en passant par l'escalier de secours.

Vers 17h30, le courant électrique, le gaz et l'eau ont été rétablis. Nous avons préparé du riz et pris un bain bien chaud. Je n'ai jamais ressenti aussi fort ma gratitude vis-à-vis des ressources naturelles.



gauche: Vue depuis mon appartement le jour suivant le séisme.
Il y a des embouteillages car les feux sont coupés
droit: Personnes faisant la queue devant le supermarché
le lendemain du sésime


Le manque d'aliments et de certains produits

Depuis le séisme, dans tous les magasins, la quantité des produits était assez limitée. Quelques rayons étaient vides, comme celui de l'eau, du lait, et des boîtes de conserve. Les piles et les bougies étaient toutes vendues. Il n'y avait plus non plus de pain dans la ville. Ma boulangerie préférée ne pouvait plus communiquer avec ses fournisseurs et producteurs basés à Sendai (Miyagi).

Par rapport à une grande ville, à Akita, on avait moins de souci pour acheter des produits frais, car il y a un certain nombre de produits locaux. Malgré tout, comme tout le monde fait des réserves, en fin de journée, il ne reste plus grand-chose dans les magasins.

Avec un sac de courses rempli, je me suis sentie privilégiée et j'ai pensé aux réfugiés démunis dans les abris.



gauche: Rayon d'un supermarché
droit: Rayon du lait où il n'y a plus rien. A cause du sésime,
il n'y a plus d'approvisionnement. C'est ce qu'indique la pancarte


Les transports

Les moyens de transport sont res tés longtemps paralysés. Pendant 3 jours, il n'y avait aucun train au départ de la gare d'Akita et 400 voyageurs ont passé la nuit au rez-de-chaussée d'un building municipal à côté de la gare.

Le shinkansen (TGV) ne fonctionnait plus, sauf entre Akita et Morioka, dont le trajet a été remis en service depuis le 18 mars.

Les avions ont décollé sans aucun problème le troisième jour après le séisme, mais pendant un certain temps, les aéroports d'Akita et d'Odaté ont été surchargés par l'afflux des voyageurs.

L'autoroute de Tohoku a été gravement endommagée sur 347,1 kilomètres. Des travaux ont été effectués pour que les véhicules puissent passer normalement. Elle a été rouverte à la circulation le 25 mars.


L'organisation pour l'aide bénévole

Nous sommes informés en permanence sur la situation des victimes du séisme. En les écoutant parler de leurs difficultés, je n'ai pas pu résister au désir de me mobiliser pour essayer de les aider. Le 15 mars, je suis allée me renseigner au bureau du parti démocratique d'Akita pour participer à l'aide bénévole. Un secrétaire du député m'a surtout parlé de la difficulté d'intervenir à titre privé, m'indiquant que pour le moment, il n'y avait pas suffisamment d'informations sur les abris et les besoins des réfugiés. Seuls les spécialistes appelés par le gouvernement sont autorisés à accéder aux zones sinistrées. Il a ajouté que, jusqu'à présent, la ville et la préfecture d'Akita n'ont donné aucune indication. En attendant, il m'a conseillé de rester à la maison et de suivre les informations à la radio et à la télévision.

Après l'avoir quitté, je suis allée à la mairie d'Akita. A l'accueil, j'ai été orientée au bureau du service aux habitants. Une conseillère m'a expliqué que la ville d'Akita se préparait à recevoir des réfugiés plutôt que d'organiser l'aide bénévole dans les zones sinistrées.

Le 16 mars, les médias nous ont informés pour la première fois des recommandations prescrites pour l'aide bénévole. Les personnes désirant y participer doivent pouvoir être autosuffisante pendant leur séjour.

Vers 10h, j'ai eu un appel du bureau du parti démocratique d'Akita. Il m'a été demandé de participer à l'organisation de l’aide bénévole. Un groupe de bénévoles a été constitué pour partir le lendemain en camion à Higashimatsushima (Miyagi) où il y a un abri pour loger 10 000* personnes. Nous serions chargés de préparer et servir sur place des repas chauds de spécialités locales d'Akita. Finalement, ma proposition a été refusée car je n'étais pas encore inscrite à la sécurité sociale.

J'ai été assez déçue de ne pas pouvoir aider les victimes du séisme pour des raisons administratives.

* Selon le journal Nikkei, plus de 4 800 personnes à la date du 11 avril.


Service d'orientation des réfugiés à la gare d'Akita


La solidarité individuelle ou collective

J'ai aperçu tous les jours dans la ville d'Akita des groupes installés dans la rue pour récolter des dons, en particulier des jeunes étudiants. Il y a eu des ventes aux enchères organisées le 20 mars par TOP SPORT CONSORTIUM AKITA et le 27 mars par SING dans le but de recueillir des fonds. L'organisme d'entraide géré par la préfecture d'Akita et le parti démocratique d'Akita ont collecté des équipements de première nécessité envoyés régulièrement dans les abris situés en zones sinistrées. Le club des parents et des enfants AKITA KODOMONOMORI a commencé à distribuer aux réfugiés d'Akita les équipements qu'il avait pu collecter. D'autres organismes privés ont pris diverses initiatives pour aider les victimes du séisme.

Le 18 mars, la préfecture d'Akita a organisé un service d'accueil pour recevoir des réfugiés dans 17 villes et villages. Akita peut accueillir pour un court séjour environ 24 000 personnes dans 570 lieux d'hébergements préfectoraux et privés. Il y a 2 586 logements publics et privés disponibles pour un long séjour de six mois. La préfecture d'Akita s'engage à payer leurs loyers. En outre, dès le 24 mars, l'état aide à payer une nuit à l'hôtel. Les réfugiés payent seulement 5 000 yen par personne avec trois repas compris.

Dans la ville d'Akita, en sortant du train, il y a un service d'informations qui accueille des réfugiés. Il y a un plan de la ville et des listes d'hébergements (abris, hôtels, familles d'accueil, appartements vacants.....). On oriente les réfugiés qui ont besoin de rester longtemps vers la salle polyvalente municipale pour leur donner des informations complémentaires.

D'après un rapport de la préfecture d'Akita, au 1er avril, il y avait 1 946 réfugiés recensés. La plupart d'entre eux viennent de Fukushima, Iwate et Miyagi. On sait aussi que beaucoup d'initiatives individuelles sont prises par les familles et les amis des sinistrés pour les aider ou les héberger. Akita envisage également de mettre un autocar à la disposition des réfugiés pour les amener.


Hommage aux victimes

Une semaine a passé depuis la catastrophe. Le 18 mars, je ne me sentais pas bien et j'ai eu de la fièvre. Le changement de vie, de climat et la tension quotidienne vis-à-vis de cette catastrophe m'avaient peut-être épuisée.

Le 22 mars, dès mon réveil, l'image de la Manche, à Dieppe, où je suis souvent allée me détendre, m'est apparue. J'avais très envie de sentir le vent de la mer.

Il faisait tellement beau et doux. J'ai pris un train à la gare d'Akita pour voir la mer du Japon qui communique avec l'Océan Pacifique. Au bout de 20 minutes, je suis arrivée à Shimohama. « C'est la mer ! » En traversant la plage blanche, je me suis approchée du bord. Il n'y avait personne sur la plage. Le vent fort m'a apporté l'odeur marine et le bruit des vagues. J'ai été très émue. En même temps, j'ai eu peur de la mer. Car c'est elle qui a avalé des villes et des habitants du nord-est du Japon. Une mouette est passée devant moi. Avant de partir, j'ai prié et rendu hommage aux victimes du séisme.

Alicia-Michiko Hyuga: www.artmichiko.com


liens
La préfecture d'Akita: www.pref.akita.lg.jp
La ville d'Akita: www.city.akita.akita.jp
La vie à Akita: www.akitakurashi.com
Le parti démocratique d'Akita: www.minshu-a.jp
ALVE: www.alve.jp
SING: www.singjapan.com
Kodomonomori: yaplog.jp/kodomonomor


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