Le séisme en direct d'Akita
Lors du séisme, Alicia-Michiko Hyuga était depuis douze jours à Akita, au nord-ouest du Japon, pour la préparation de
son emménagement chez son ami. Son retour à Chiba prévu le lendemain du séisme a été annulé. Elle est restée à Akita et a
vécu un moment triste et tendue.

Autre vue depuis chez moi 7 jours après la catastrophe.
Il y a très peu de voitures à cause de la pénurie d'essence

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Un événement inattendu
Le 11 mars à 14h48, après avoir déjeuné à
la maison, il y a eu une annonce urgente à la
radio : « un grand tremblement de terre a secoué
la région de Miyagi juste à l'instant. Les régions
concernées sont celles d'Ibaragi, Fukushima,
Akita*......Ne paniquez pas et restez sous les
tables...... »
Juste après cette annonce, une secousse
sismique a commencé. J'ai vu un lustre et des
tableaux secoués violemment. L'appartement
a fait du bruit. Tout d'un coup, il y a eu une
coupure de courant. La secousse ne s'arrêtait pas
et je ne pouvais plus rester debout normalement.
J'ai eu très peur. J'ai pris mon sac et je suis sortie
immédiatement de mon appartement.
En protégeant ma tête, j'ai descendu
l'escalier de secours. Au rez-de-chaussée, à
l'accueil de l'immeuble, il y avait déjà quelques
voisins. Une femme portant un bébé s'est mise
à pleurer. Dehors, le vent soufflait si fort qu'il
empêchait la neige de tomber verticalement, et
le tonnerre grondait.
Un pompier et la police sont venus vérifier
s'il y avait des gens enfermés dans l'ascenseur.
Heureusement, il n'y avait personne dedans. Je
n'ai pas réussi à joindre mon ami, qui était à son
travail, à cause d'une perturbation du réseau
téléphonique. J'étais inquiète, car des petites
secousses survenaient constamment.
Vers 16h30, je suis montée à la maison
pour préparer des affaires afin de me réfugier
éventuellement dans un abri. En retrouvant les
voisins à l'accueil de l'immeuble, j'ai appris qu'il
n'y avait toujours pas d'électricité. Le temps s'est
refroidi dans la soirée. Les habitants sont rentrés
peu à peu dans leur appartement. J'ai préféré
rester à l'accueil avec mon bagage, ma couette
et une radio allumée, pour attendre le retour de
mon ami.
Vers 19h, il est rentré sain et sauf. Nous avons
monté mes affaires à la maison et nous sommes
restés avec une bougie allumée. Avec à la fois
de l'inquiétude et du soulagement, nous nous
sommes couchés très tôt ce soir-là sans avoir
conscience de nous être endormis.
* A environ 300km de la centrale nucléaire de Fukushima 1.
Les nouvelles de ma famille
Le lendemain du séisme, j'ai enfin réussi à
joindre mes parents au téléphone. Ils allaient
bien malgré une forte secousse à Chiba. J'ai
appris que ma tante de Rifu (Miyagi) était chez le
médecin lors du séisme. Elle a été envoyée dans
un abri. Son mari est allé la chercher en voiture
et il est tombé sur elle alors qu'elle marchait dans
la rue.
J'ai été rassurée d'apprendre que toute ma
famille et tous mes proches allaient bien.
Les coupures de courant
électrique, de gaz et d'eau
Dès le jour du séisme, il n'y avait plus
d'électricité à Akita. Il y avait aussi des coupures
de gaz et d'eau dans certains quartiers. Le
lendemain, nous sommes sortis pour les courses.
Comme les magasins de proximité étaient tous
fermés, nous avons décidé de prendre la voiture
pour aller un peu plus loin au super marché. A
8h15, il y avait une longue file d'attente. A la
caisse, tout était calculé à la main.
A cause de la coupure de courant, les
hôpitaux ont eu des difficultés pour servir les
repas aux patients. Dans l'après-midi, mon ami a
rejoint ses collègues de travail pour y distribuer
du "Soy Joy", un produit diététique de son entreprise. Quant à moi, je suis allée chercher de
l'eau à l'extérieur de l'immeuble et j'ai fait trois
fois l'aller-retour du rez-de-chaussée de la maison
au onzième étage en passant par l'escalier de
secours.
Vers 17h30, le courant électrique, le gaz et
l'eau ont été rétablis. Nous avons préparé du riz
et pris un bain bien chaud. Je n'ai jamais ressenti
aussi fort ma gratitude vis-à-vis des ressources
naturelles.
 gauche: Vue depuis mon appartement le jour suivant le séisme.
Il y a des embouteillages car les feux sont coupés
droit: Personnes faisant la queue devant le supermarché
le lendemain du sésime
Le manque d'aliments et de
certains produits
Depuis le séisme, dans tous les magasins,
la quantité des produits était assez limitée.
Quelques rayons étaient vides, comme celui
de l'eau, du lait, et des boîtes de conserve. Les
piles et les bougies étaient toutes vendues.
Il n'y avait plus non plus de pain dans la
ville. Ma boulangerie préférée ne pouvait
plus communiquer avec ses fournisseurs et
producteurs basés à Sendai (Miyagi).
Par rapport à une grande ville, à Akita, on
avait moins de souci pour acheter des produits
frais, car il y a un certain nombre de produits
locaux. Malgré tout, comme tout le monde fait
des réserves, en fin de journée, il ne reste plus
grand-chose dans les magasins.
Avec un sac de courses rempli, je me suis
sentie privilégiée et j'ai pensé aux réfugiés
démunis dans les abris.
 gauche: Rayon d'un supermarché
droit: Rayon du lait où il n'y a plus rien. A cause du sésime,
il n'y a plus d'approvisionnement. C'est ce qu'indique la pancarte
Les transports
Les moyens de transport sont res tés
longtemps paralysés. Pendant 3 jours, il n'y avait
aucun train au départ de la gare d'Akita et 400
voyageurs ont passé la nuit au rez-de-chaussée
d'un building municipal à côté de la gare.
Le shinkansen (TGV) ne fonctionnait plus, sauf
entre Akita et Morioka, dont le trajet a été remis
en service depuis le 18 mars.
Les avions ont décollé sans aucun problème le
troisième jour après le séisme, mais pendant un
certain temps, les aéroports d'Akita et d'Odaté
ont été surchargés par l'afflux des voyageurs.
L'autoroute de Tohoku a été gravement
endommagée sur 347,1 kilomètres. Des travaux
ont été effectués pour que les véhicules puissent
passer normalement. Elle a été rouverte à la
circulation le 25 mars.
L'organisation pour l'aide bénévole
Nous sommes informés en permanence sur la
situation des victimes du séisme. En les écoutant parler de leurs difficultés, je n'ai pas pu résister
au désir de me mobiliser pour essayer de les
aider. Le 15 mars, je suis allée me renseigner
au bureau du parti démocratique d'Akita pour
participer à l'aide bénévole. Un secrétaire
du député m'a surtout parlé de la difficulté
d'intervenir à titre privé, m'indiquant que
pour le moment, il n'y avait pas suffisamment
d'informations sur les abris et les besoins des
réfugiés. Seuls les spécialistes appelés par le
gouvernement sont autorisés à accéder aux
zones sinistrées. Il a ajouté que, jusqu'à présent,
la ville et la préfecture d'Akita n'ont donné
aucune indication. En attendant, il m'a conseillé
de rester à la maison et de suivre les informations
à la radio et à la télévision.
Après l'avoir quitté, je suis allée à la mairie
d'Akita. A l'accueil, j'ai été orientée au bureau
du service aux habitants. Une conseillère m'a
expliqué que la ville d'Akita se préparait à
recevoir des réfugiés plutôt que d'organiser
l'aide bénévole dans les zones sinistrées.
Le 16 mars, les médias nous ont informés
pour la première fois des recommandations
prescrites pour l'aide bénévole. Les personnes
désirant y participer doivent pouvoir être
autosuffisante pendant leur séjour.
Vers 10h, j'ai eu un appel du bureau du parti
démocratique d'Akita. Il m'a été demandé de
participer à l'organisation de l’aide bénévole. Un
groupe de bénévoles a été constitué pour partir
le lendemain en camion à Higashimatsushima
(Miyagi) où il y a un abri pour loger 10 000*
personnes. Nous serions chargés de préparer et
servir sur place des repas chauds de spécialités
locales d'Akita. Finalement, ma proposition a
été refusée car je n'étais pas encore inscrite à la
sécurité sociale.
J'ai été assez déçue de ne pas pouvoir
aider les victimes du séisme pour des raisons
administratives.
* Selon le journal Nikkei, plus de 4 800 personnes à la
date du 11 avril.

Service d'orientation des réfugiés à la gare d'Akita
La solidarité individuelle ou collective
J'ai aperçu tous les jours dans la ville d'Akita
des groupes installés dans la rue pour récolter
des dons, en particulier des jeunes étudiants. Il y a
eu des ventes aux enchères organisées le 20 mars
par TOP SPORT CONSORTIUM AKITA et le 27
mars par SING dans le but de recueillir des fonds.
L'organisme d'entraide géré par la préfecture
d'Akita et le parti démocratique d'Akita ont
collecté des équipements de première nécessité
envoyés régulièrement dans les abris situés
en zones sinistrées. Le club des parents et des
enfants AKITA KODOMONOMORI a commencé à
distribuer aux réfugiés d'Akita les équipements qu'il avait pu collecter. D'autres organismes
privés ont pris diverses initiatives pour aider les
victimes du séisme.
Le 18 mars, la préfecture d'Akita a organisé
un service d'accueil pour recevoir des réfugiés
dans 17 villes et villages. Akita peut accueillir
pour un court séjour environ 24 000 personnes
dans 570 lieux d'hébergements préfectoraux et
privés. Il y a 2 586 logements publics et privés
disponibles pour un long séjour de six mois. La
préfecture d'Akita s'engage à payer leurs loyers.
En outre, dès le 24 mars, l'état aide à payer une
nuit à l'hôtel. Les réfugiés payent seulement
5 000 yen par personne avec trois repas compris.
Dans la ville d'Akita, en sortant du train, il
y a un service d'informations qui accueille des
réfugiés. Il y a un plan de la ville et des listes
d'hébergements (abris, hôtels, familles d'accueil,
appartements vacants.....). On oriente les réfugiés
qui ont besoin de rester longtemps vers la salle
polyvalente municipale pour leur donner des
informations complémentaires.
D'après un rapport de la préfecture d'Akita,
au 1er avril, il y avait 1 946 réfugiés recensés.
La plupart d'entre eux viennent de Fukushima,
Iwate et Miyagi. On sait aussi que beaucoup
d'initiatives individuelles sont prises par les
familles et les amis des sinistrés pour les aider
ou les héberger. Akita envisage également de
mettre un autocar à la disposition des réfugiés
pour les amener.
Hommage aux victimes
Une semaine a passé depuis la catastrophe.
Le 18 mars, je ne me sentais pas bien et j'ai eu de
la fièvre. Le changement de vie, de climat et la
tension quotidienne vis-à-vis de cette catastrophe
m'avaient peut-être épuisée.
Le 22 mars, dès mon réveil, l'image de la
Manche, à Dieppe, où je suis souvent allée me
détendre, m'est apparue. J'avais très envie de
sentir le vent de la mer.
Il faisait tellement beau et doux. J'ai pris un
train à la gare d'Akita pour voir la mer du Japon
qui communique avec l'Océan Pacifique. Au bout
de 20 minutes, je suis arrivée à Shimohama.
« C'est la mer ! » En traversant la plage blanche,
je me suis approchée du bord. Il n'y avait
personne sur la plage. Le vent fort m'a apporté
l'odeur marine et le bruit des vagues. J'ai été
très émue. En même temps, j'ai eu peur de la
mer. Car c'est elle qui a avalé des villes et des
habitants du nord-est du Japon. Une mouette est
passée devant moi. Avant de partir, j'ai prié et
rendu hommage aux victimes du séisme.
Alicia-Michiko Hyuga: www.artmichiko.com
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