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mardi, 03/05/2011 12:00CET

Le Japon Spatial

En 2010, les Japonais ont connu l'engouement pour le retour de la sonde Hayabusa (« faucon pèlerin » en japonais). Ayant pour objectif de ramener sur la Terre des échantillons de l'astéroïde Itokawa, la sonde a parcouru difficilement quelque six milliard de kilomètres pendant sept ans. Sa mission, qui fait appel à la pointe de la technologie, a finalement été accomplie après le largage d'une capsule contenant de très fines particules de l'astéroïde Itokawa, et la désintégration de la sonde elle-même dans l'atmosphère. L'épopée de Hayabusa a tellement ému les Japonais qu’un film documentaire racontant son odyssée est sorti au cinéma.

Dans le domaine spatial japonais, il convient également de s'intéresser à la série de lanceurs HII, la participation à la station spatiale internationale, les systèmes d'application de techniques spatiales etc.

Voyons ce qu'il en est du domaine spatial japonais et de son évolution.

(Texte : Shizuko Hamada-Poret)


Représentation de la rentrée atmosphérique
de la capsule de la sonde Hayabusa


Un projet de l'Université de Tokyo à l'origine

Les Japonais prirent du retard dans la R&D de lanceur de satellites par rapport aux premières puissances spatiales comme les Etats-Unis, l’URSS et la France. Cela trouve son origine dans les sept années d'interdiction de toute R&D et fabrication dans le domaine de l'aérospatial imposées par les forces d'occupation américaines au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. En outre, les Japonais n'eurent pas accès à la technologie des missiles allemands V2 qui ont considérablement servi la mise en place des lanceurs spatiaux de l'époque.

C'est un groupe de l'Université de Tokyo qui prit le défi de réaliser un lanceur. Comme il s'agissait d'un organisme complètement académique, cette recherche n'eut pas rapport aux activités militaires. D'un point de vue technique, le groupe choisit des ergols solides pour leurs fusées. C'est ainsi que le transport spatial japonais prit naissance tout à fait autrement que les premiers pays de la puissance spatiale.

En 1955, avec à sa tête le professeur Hideo Itokawa, considéré aujourd'hui comme le père du transport spatial japonais, le groupe de l'Université de Tokyo lança la première fusée expérimentale Pencil (crayon), qui ne mesurait que 23 cm. D'ailleurs, le nom de l'astéroïde Itokawa pour lequel la sonde Hayabusa a fait son aventure épatante été nommé en hommage à ce professeur.

En 1958 le groupe réussit à développer une fusée, Kappa 6, qui fut capable d'étudier l'atmosphère à 60 km d'altitude. Avoir ainsi obtenu un moyen d'accès à la haute altitude permis d'accélérer les études scientifiques spat iales, et la communauté scientifique japonaise de recherches spatiales participa à l'Année Géophysique Internationale (AGI).

Le groupe, en continuant ses efforts, réussit la mise en orbite du premier satellite artificiel japonais "Ohsumi" à l'aide d'un lanceur Lambda en 1970, et le Japon devint la quatrième derrière la France (1965, le satellite Astérix-1 fut lancé par le lanceur Diamant).



gauche: Professeur Itokawa et la fusée expérimentale Pencil
droit: Ohsumi


La mise en place des programmes nationaux : la création des trois agences

C'est au début des années 60 que le gouvernement japonais commença à investir réellement le domaine spatial. Le changement radical dans ce domaine révélé par Spoutnik et Explorer ainsi que par la participation à l'AGI l'avait obligé à réagir.

Les programmes spatiaux furent élaborés et les trois organismes spatiaux, l'ISAS, le NAL et la NASDA, prirent forme.

L'Institut des Sciences Astronautiques et Spatiales (ISAS) : en fusionnant avec un autre laboratoire, le groupe de l'université de Tokyo devint l'ISAS, et cont inua ses recherches scientifiques spatiales ainsi que le développement de lanceurs à ergols solides pour réaliser ses études scientifiques. Il utilisa la base de lancement de Kagoshima.

Le National Aerospace Laboratory of Japan (NAL): par la création de la direction spatiale dans un laboratoire aéronautique sous la direction du JST (Agence japonaise pour les Sciences et la Technologie), le NAL devint l'un des principaux organismes dans ce domaine. Ce laboratoire, analogue à l'Office national d'études et de recherches aérospatiales en France (ONERA), s'engagea dans la recherche et le développement de techniques astronautiques.

La National Space Development Agency of Japan (NASDA) : la NASDA, la plus grande entité parmi les trois et l'unique agence spatiale japonaise, est née pour répondre aux besoins des activités spatiales d'application et des expériences techniques, notamment les besoins de satellites de télécomunication, , et d'un lanceur lourd. Elle se servit de la base de lancement de Tanegashima. Dans le domaine de lanceurs, à l'instar des autres pays, la NASDA opta pour des ergols liquides. D'abord basée sur les techniques américaines des lanceurs Delta, elle réalisa ensuite son propre lanceur national, le H II, en 1994.

Il est à noter que la répartition rigide des domaines d'activités spatiales entre l'ISAS (Scientifique) et la NASDA (Applications civiles et développement technique) est une caractéristique importante dans le domaine spatial japonais.

Après 40 ans de fonctionnement, les trois agences fusionnent en 2003 pour plus de synergie et de rationnalisation. C'est la naissance de la Japan Aerospace Exploration Agency (JAXA), la seule agence spatiale japonaise actuellement en vigueur.



Lancement du Kounotori-2 (HTV-2) à l'aide d'un H-IIB


Caractéristique du secteur spatial japonais

La répartition des activités entre l'ISAS et la NASDA décrit ci-dessus est une des singularités que l'on peut noter.

Le Japon se caractérise ensuite par son objectif clairement pacifique inscrit dans sa politique spatiale.

Le texte est ainsi interprété de manière à ce que toutes les interventions militaires soient exclues des activités spatiales. C'est la raison pour laquelle même des satellites de reconnaissance servant en partie aux militaires ne peuvent être développés ni lancés, d'autant plus que l'armée japonaise n'intervient pas dans le développement des lanceurs spatiaux.

Après avoir révisé la politique de la sécurité civile et la défense, ce texte est actuellement interprété plus largement et des satellites de reconnaissance japonais sont en orbite depuis 2003.

Jusqu'en 2010, les bases de lancement (Kagoshima et Tanegashima) n'étaient pas utilisées toute l'année en raison des contrats avec les syndicats de pêcheurs, à savoir seulement l’été et l'hiver. Les conditions de lancement au Japon ont donc été incomparables avec celle de Kourou pendant environ un demi-siècle.

Comme tous les autres secteurs industriels, économiques et technologiques, le secteur spatial japonais a évolué sous l'influence de la puissance américaine en raison de facteurs historiques, politiques et économiques. Cette situation a d'un côté permis une avancée rapide de la technologie spatiale, mais d'un autre côté cela a privé les Japonais de leur autonomie dans ce domaine. Par exemple, l'importation des techniques d'un lanceur américain a permis aux Japonais de lancer le premier satellite géostationnaire en 1977, significativement tôt par rapport à la date du commencement du projet de lanceur lourd. Pourtant, à cause de cette importation des techniques, les Japonais ont longtemps pâtis du manque de l'accès aux technologies clefs importées des Etats-Unis. La mise au point d'H II, le lanceur 100% japonais, a permis de diminuer la dépendance vis-à-vis des Etats-Unis dans le secteur spatial, même s’il demeure encore certains contraintes qui freinent l'autonomie japonaise.


Le démonstrateur IKAROS : Premier voilier interplanétaire
à tester une nouvelle méthode de propulsion
spatiale dont les ressources sont la gravitation
et le rayonnement de la lumière du Soleil


Ambition technologique

Malgré un budget spatial moins important que l'Europe, et beaucoup moins important que les Etats-Unis, l'ambition technologique japonaise présente des avancés technologiques notables dans plusieurs programmes spatiaux.

Par exemple IKAROS, une voile solaire lancée en mai 2010, a accompli sa mission pour démontrer la propulsion par la pression des radiations solaires. Lorsque cette technologie sera maîtrisée, les sondes interplanétaires du futur nécessiteront moins de carburant lors du lancement pour leur périple.

Le Japon participe à la station spatiale internationale (l'ISS), au même titre que l’Europe. D'ailleurs, en janvier 2011, le HTV-2 (H II Transfer Vehicle : surnommé Kounotori-2 <cigogne>) a été lancé à l'aide de H II B pour ravitailler l'ISS. Il est intéressant de le comparer avec l'Automatic Transfer Vehicle(ATV) européen. Même si leur principale tache est de transporter des cargos à l'ISS, ils présentent des différences, comme le module à amarrer, le mode d'amarrage, les types de cargaisons (ATV: le rehaussement de l'ISS, HTV: le fret non pressurisé) etc.


Palette EP (Exposed Pallet) sortie de la zone non pressurisée
du vaisseau cargo HTV2 par le bras robotisé de l'ISS


Le secteur spatial au secours des sinistrés

Les satellites artificiels et autres avions équipés d'instruments de mesure sont très souvent mobilisés. Depuis le séisme du 11 mars, les satellites d'observation de la Terre (ex. ALOS japonais, SPOT-5 français etc.) sont mobilisés pour soutenir les activités de secours. D’ailleurs, les satellites de télécommunication (Winds et ETS-8) ont permis d'établir des communications à la place des réseaux détruits par le séisme.



Observation d'urgence du séisme de l'Est du Japon
par le satellite ALOS (Daichi) Etat des alentours de
la ville de Rikuzentakata
(gauche: 24 mars 2011 après le séisme,
droite: 6 novembre 2010 avant le séisme)


L'Espace n'est plus un rêve. Les activités du domaine spatial sont déjà indispensables dans notre société aujourd'hui.

JAXA: www.jaxa.jp


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