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mardi, 05/07/2011 12:00CET

Le Japon, pays créateur du robot humanoïde Mimu et de l'idole virtuelle Hatsune Miku

État des lieux des technologies et cultures numériques nippones récentes

En juin 2011 s'est tenu à Paris le festival de la création numérique et des arts médiatiques « Futur en Seine ». Parmi les exposants, la délégation japonai se s'est particulièrement détachée par l'animation de la scène provoquée par la super idole Mimu. Avec sa coupe au bol typique des poupées japonaises et son visage innocent de petite fille, Mimu s'est produite sur scène accompagnée de 4 danseuses. Mais ses mouvements manquent quelque peu de naturel et les paumes de ses mains sont étrangement grandes. Car en réalité, c'est un robot gynoïde qui fait appel aux procédés les plus récents. Que nous réserve ce monde de la technologie numérique de pointe qui a fait naître cette « idole » virtuelle ?

(Texte : Kei Okishima, Traduit en français : Thierry. C)

La promotion des produits de la culture japonaise cool

Le gouvernement japonais, en se rendant compte du succès à l'étranger des sous-cultures comme les animés et les mangas, a décidé de tenter d'en promouvoir l'expansion à travers la mesure « cool Japan ». En juin 2010, le ministère de l'Économie, du Commerce et de l'Industrie, a mis en place un cabinet spécial dédié à ce projet, agissant ainsi concrètement pour placer l'industrie culturelle comme force concurrentielle et pilier de l'économie japonaise, au même titre que l'automobile notamment. Dans le cadre de cette politique, les différents laboratoires de recherche et entreprises du secteur des contenus numériques se sont donnés rendez-vous à Paris au travers de nombreuses démonstrations. Au sein de ce rassemblement technologique, Mimu a connu un succès tout particulier.


Le robot humanoïde qui chante et danse

Comparé aux 4 danseuses « humaines », le « robot » a des mouvements limités et est un peu moins rapide. Cependant, ce petit corps de 158cm, correspond à la taille moyenne des Japonaises. A travers ses capacités mobiles et sa faculté d'équilibre avec ses petits pieds, il concentre le summum de la technique. En ce sens, il nous fait ressentir le progrès de la technologie. De plus, la performance vocale en milieu de scène, même avec des mouvements limités, s'opère en totale harmonie.

Mimu a été développée sur la base du robot humanoïde « HRP-4 », dernier né de la série des « HRP », dont la technologie repose sur environ 10 années de recherches de l'Institut Administratif Indépendant National des Sciences Industrielles Avancées et de la Technologie (AIST). Elle est née de la collaboration de Masaru Ishikawa, chercheur à l'IRT (Information and Robot Technology Research Initiative) de l'Université de Tokyo, et du chorégraphe japonais SAM. Masaru Ishikawa, également directeur de production de l'ensemble des manifestations japonaises organisées à « Futur en Seine », nous explique comme suit la nécessité du développement de robots humanoïdes capables de travailler dans un environnement réel.


« Le Japon connaît un problème de diminution des naissances et de vieillissement de la population. Dans l'avenir, il manquera certainement de main-d'oeuvre pour s'occuper des personnes âgées ou effectuer des travaux « 3K » (difficiles, sales, dangereux). Le Japon, à l'instar de la France, n'a pas eu recours activement à l'immigration pour augmenter ses actifs. Ainsi, lorsque viendra le moment où la main d'oeuvre fera défaut, je pense que nous devrons peut-être avoir recours aux machines pour nous aider. Les robots bipèdes ont le mérite de partager facilement l'espace des humains en prenant peu de largeur, et l'on peut espérer beaucoup d'eux ».


Pourquoi avoir présenté un robot qui chante et danse?


Ce n'est pas qu'un tel robot soit nécessaire, mais il représente un « contenu » facile à comprendre.

Ce que je désigne comme « contenu » serait comme un programme télévisé dont le hardware du robot en serait le récepteur. Lorsque nous regardons la télévision, nous ne sommes pas face à une simple boîte carrée, mais bien à un programme diffusé. Le monde des robots fonctionne de la même façon, à savoir qu'il faut toujours innover pour proposer des contenus plus intéressants.

Mais ceux qui produisent ces « contenus » actuellement sont les techniciens qui étudient les robots . On pourrait les comparer aux techniciens qui développent les récepteurs de télévisions en tentant de proposer de nouveaux programmes. Il y a donc une limite aux « contenus ».


Pour mettre en place les robots, les hommes doivent savoir à la fois ce qu'ils en espèrent et ce qu'ils n'en espèrent pas. Ensuite, des personnes créatives doivent penser à des « contenus » intéressants et faire des tentatives. C'est pour cela que j'ai souhaité associer un maître du monde de la danse au Japon, SAM, pour réfléchir à un « contenu » totalement différent d'un technicien. Chaque nouveau « contenu » nécessite une performance différente. Ainsi, je pense que dans l'avenir nous pourrons développer des androïdes réellement opérationnels ».


Pour augmenter ces contenus intéressants, il faut des logiciels faciles d'accès et non seulement limités aux techniciens actuels. Nous avons démontré cette possibilité grâce au software Choreonoid qui permet les chorégraphies de Mimu.


Choreonoid est un programme synthétique développé par le chercheur Shinichi Nakaoka et son équipe, de l'AIST, qui permet, sans connaissances spécifiques, de mettre en mouvement un robot comme si l'on manipulait un personnage en image de synthèse . Jusqu'à présent, il fallait des connaissances en programmation et recourir à des objets et per sonnes réels pour les enregistrer numériquement grâce à la motion capture. Les robots présentent un problème difficile de balance dynamique, et lorsqu'on les manipule comme des personnages virtuels, les machines à petits pieds perdent l'équilibre et tombent plus facilement. Mais Choreonoid va automatiquement stabiliser la pose choisie par l'utilisateur. Grâce au développement de ce logiciel, n'importe qui peut désormais facilement imaginer des mouvements pour les robots. Nous espérons beaucoup de ce logiciel qui permet de faire progresser la création de nouvelles industries du contenu.


Le synthétiseur vocal VOCALOID

Parmi les autres logiciels utilisés par Mimu, il convient de s'intéresser à VOCALOID, une technologie qui permet à n'importe qui de synthétiser simplement des chansons à partir de voix humaines. L'entreprise YAMAHA, qui a développé le logiciel, le présente comme « un synthétiseur qui chante des chansons ». Technologie ayant pour but la création musicale assistée par ordinateur en mixant des sons de voix, elle permet facilement de synthétiser des voix chantées en entrant seulement des paroles et des mélodies. Les chansons interprétées par Mimu ont été produites par ce logiciel.

Les bases de données des prononciations, à l'origine de la voix, sont vendues dans des packages confectionnés à partir de la voix d'une personne réelle comme une doubleuse par les entreprises qui ont obtenu les droits de la part de YAMAHA. Hideki Kenmochi, du centre de recherche et de développement de YAMAHA, indique que « pour nous , VOCALOID est un nouvel instrument de musique. Et lorsque naît un nouvel instrument, s'en suit indubitablementle développement de nouveaux styles musicaux . À travers VOCALOID est peut-être née la musique d'une nouvel ère ».


Naissance de l'idole virtuelle Hatsune Miku

Déjà, actuellement au Japon, des personnes achètent des « voix » réalisées par VOCALOID et adaptées à la chanson et à la musique souhaitées. Ainsi la création musicale assistée par ordinateur ne cesse de progresser. Au milieu de cette tendance, un phénomène sociétal original se distingue au travers de la « voix » de Hatsune Miku qui rencontre un succès tout particulier.


A l'origine, Hatsune Miku était le nom d'un package pour VOCALOID développé par la société Crypton Future Media, et basé sur la voix de la doubleuse Saki Fujita. Cependant, en donnant un « corps » à cette « voix », on est passé d'une simple recherche de plus de réalité à la naissance de Hatsune Miku, une véritable idole virtuelle. En apparence, c'est une jeune fille avec cheveux bleus séparés en 2 longues couettes. L'image officielle proposée par Crypton Future Media est fondamentalement la seule illustration présente sur les packages.


Lors de la sortie de ce logiciel en 2007, ce dernier a rencontré un grand succès par la possibilité qu'il offrait de créer librement de la musique sans savoirs et matériels particuliers. Ensuite, par le biais d'internet, de nombreux amateurs ont posté leurs créations sur le site de streaming Niko niko douga. Suite à cela, des fans de ces oeuvres ont créé des clips vidéo de Hatsune Miku coordonnés avec les chansons, et les ont postés à nouveau sur Niko niko douga créant un nouveau phénomène. Successivement, des oeuvres musicales et clips vidéo basés sur Hatsune Miku ont commencé à sortir, et cette dernière est devenue une véritable idole virtuelle par la variété des créations et des formes de la main des utilisateurs.


Bientôt, les clips des chansons les plus consultées sur le site Niko niko douga al laient faire l'objet d'un CD par les majors. A certains moments, il a même dépassé dans les classements les morceaux de musiciens « humains ».


Enfin, en 2010, l'idole virtuelle Hatsune Miku a organisé son propre concert. Au milieu de la scène, la starlette était projetée sur un écran transparent géant, et le show s'est joué à guichets fermés. Ce phénomène ne se limite pas au Japon, car les places pour le prochain concert de Hatsune Miku, qui se déroulera ce mois-ci aux États-Unis, se sont toutes vendues en une seule journée.


Monsieur Ishikawa analyse ces différents phénomènes en indiquant que « les Japonais sont un peuple qui aspire à l'homogénéité, et donc les modes ont tendance à naître facilement au sein des communautés internet. De plus, les Japonais souhaitent toujours découvrir de nouvelles échelles de valeurs propres à chaque époque, et Hatsune Miku en est peut-être une ». Il suggère enfin les possibilités de contribution des contenus numériques à la mesure gouvernementale Cool Japan en indiquant que « si les cultures ainsi créées sont attrayantes, elles traverseront les frontières pour se répandre dans le reste du monde. L'intérêt pour Hatsune Miku aux États- Unis en est certainement un bon exemple ».

Remerciements: Masaru Ishikawa, chercheur à l'IRT (Information and Robot Technology Research Initiative) de l'Université de Tokyo
Hideki Kenmochi et Osamu Ohshima, société YAMAHA Noriko Namikoshi, Association Japonaise des Contenus Numériques (DCAJ)




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