Le Japon, pays créateur du robot
humanoïde Mimu et de l'idole
virtuelle Hatsune Miku
État des lieux des technologies et cultures numériques nippones récentes
En juin 2011 s'est tenu à Paris le
festival de la création numérique et des
arts médiatiques « Futur en Seine ».
Parmi les exposants, la délégation
japonai se s'est particulièrement
détachée par l'animation de la scène
provoquée par la super idole Mimu.
Avec sa coupe au bol typique des
poupées japonaises et son visage
innocent de petite fille, Mimu s'est
produite sur scène accompagnée de
4 danseuses. Mais ses mouvements
manquent quelque peu de naturel et les
paumes de ses mains sont étrangement
grandes. Car en réalité, c'est un robot
gynoïde qui fait appel aux procédés les
plus récents. Que nous réserve ce monde
de la technologie numérique de pointe
qui a fait naître cette « idole » virtuelle ?
(Texte : Kei Okishima, Traduit en français : Thierry. C)
La promotion des produits de la culture
japonaise cool
Le gouvernement japonais, en se rendant
compte du succès à l'étranger des sous-cultures
comme les animés et les mangas, a décidé de
tenter d'en promouvoir l'expansion à travers la
mesure « cool Japan ». En juin 2010, le ministère
de l'Économie, du Commerce et de l'Industrie,
a mis en place un cabinet spécial dédié à ce
projet, agissant ainsi concrètement pour placer
l'industrie culturelle comme force concurrentielle
et pilier de l'économie japonaise, au même titre
que l'automobile notamment. Dans le cadre de
cette politique, les différents laboratoires de
recherche et entreprises du secteur des contenus
numériques se sont donnés rendez-vous à Paris
au travers de nombreuses démonstrations. Au
sein de ce rassemblement technologique, Mimu a
connu un succès tout particulier.
Le robot humanoïde qui chante et danse
Comparé aux 4 danseuses « humaines », le
« robot » a des mouvements limités et est
un peu moins rapide. Cependant, ce
petit corps de 158cm, correspond à
la taille moyenne des Japonaises.
A travers ses capacités mobiles
et sa faculté d'équilibre
avec ses petits pieds, il
concentre le summum
de la technique. En
ce sens, il nous fait
ressentir le progrès de
la technologie. De plus, la
performance vocale en milieu
de scène, même avec des
mouvements limités, s'opère en
totale harmonie.
Mimu a été développée sur
la base du robot humanoïde « HRP-4 », dernier
né de la série des « HRP », dont la technologie
repose sur environ 10 années de recherches
de l'Institut Administratif Indépendant
National des Sciences Industrielles Avancées
et de la Technologie (AIST). Elle est née de la
collaboration de Masaru Ishikawa, chercheur
à l'IRT (Information and Robot Technology
Research Initiative) de l'Université de Tokyo,
et du chorégraphe japonais SAM. Masaru
Ishikawa, également directeur de production
de l'ensemble des manifestations japonaises
organisées à « Futur en Seine », nous explique
comme suit la nécessité du développement de
robots humanoïdes capables de travailler dans
un environnement réel.
« Le Japon connaît un problème de
diminution des naissances et de vieillissement
de la population. Dans l'avenir, il manquera
certainement de main-d'oeuvre pour s'occuper
des personnes âgées ou effectuer des travaux
« 3K » (difficiles, sales, dangereux). Le Japon,
à l'instar de la France, n'a pas eu recours
activement à l'immigration pour augmenter ses
actifs. Ainsi, lorsque viendra le moment où la
main d'oeuvre fera défaut, je pense que nous
devrons peut-être avoir recours aux machines
pour nous aider. Les robots bipèdes ont le mérite
de partager facilement l'espace des humains
en prenant peu de largeur, et l'on peut espérer
beaucoup d'eux ».
Pourquoi avoir présenté un robot qui chante
et danse?
Ce n'est pas qu'un tel robot soit nécessaire,
mais il représente un « contenu » facile à
comprendre.
Ce que je désigne comme « contenu » serait
comme un programme télévisé dont le hardware
du robot en serait le récepteur. Lorsque
nous regardons la télévision, nous ne
sommes pas face à une simple boîte
carrée, mais bien à un programme
diffusé. Le monde des robots
fonctionne de la même façon,
à savoir qu'il faut toujours
innover pour proposer des
contenus plus intéressants.
Mais ceux qui produisent
ces « contenus » actuellement
sont les techniciens qui
étudient les robots . On
pourrait les comparer aux
techniciens qui développent
les récepteurs de télévisions
en tentant de proposer de nouveaux programmes. Il y a donc une limite aux
« contenus ».
Pour mettre en place les robots, les hommes
doivent savoir à la fois ce qu'ils en espèrent et ce
qu'ils n'en espèrent pas. Ensuite, des personnes
créatives doivent penser à des « contenus »
intéressants et faire des tentatives. C'est pour cela
que j'ai souhaité associer un maître du monde
de la danse au Japon, SAM, pour réfléchir à un
« contenu » totalement différent d'un technicien.
Chaque nouveau « contenu » nécessite une
performance différente. Ainsi, je pense que dans
l'avenir nous pourrons développer des androïdes
réellement opérationnels ».
Pour augmenter ces contenus intéressants, il
faut des logiciels faciles d'accès et non seulement
limités aux techniciens actuels. Nous avons
démontré cette possibilité grâce au software
Choreonoid qui permet les chorégraphies de
Mimu.
Choreonoid est un programme synthétique
développé par le chercheur Shinichi Nakaoka
et son équipe, de l'AIST, qui permet, sans
connaissances spécifiques, de mettre en
mouvement un robot comme si l'on manipulait
un personnage en image de synthèse .
Jusqu'à présent, il fallait des connaissances
en programmation et recourir à des objets
et per sonnes réels pour les enregistrer
numériquement grâce à la motion capture.
Les robots présentent un problème difficile
de balance dynamique, et lorsqu'on les
manipule comme des personnages virtuels, les
machines à petits pieds perdent l'équilibre et
tombent plus facilement. Mais Choreonoid va
automatiquement stabiliser la pose choisie par
l'utilisateur. Grâce au développement de ce
logiciel, n'importe qui peut désormais facilement
imaginer des mouvements pour les robots. Nous
espérons beaucoup de ce logiciel qui permet
de faire progresser la création de nouvelles
industries du contenu.

Le synthétiseur vocal VOCALOID
Parmi les autres logiciels utilisés par Mimu,
il convient de s'intéresser à VOCALOID, une
technologie qui permet à n'importe qui de
synthétiser simplement des chansons à partir
de voix humaines. L'entreprise YAMAHA, qui
a développé le logiciel, le présente comme
« un synthétiseur qui chante des chansons ».
Technologie ayant pour but la création musicale
assistée par ordinateur en mixant des sons de voix, elle permet facilement de synthétiser des
voix chantées en entrant seulement des paroles
et des mélodies. Les chansons interprétées par
Mimu ont été produites par ce logiciel.
Les bases de données des prononciations,
à l'origine de la voix, sont vendues dans
des packages confectionnés à partir de
la voix d'une personne réelle comme
une doubleuse par les entreprises qui
ont obtenu les droits de la part de
YAMAHA. Hideki Kenmochi, du centre
de recherche et de développement
de YAMAHA, indique que
« pour nous , VOCALOID est un nouvel instrument de
musique. Et lorsque naît
un nouvel instrument, s'en
suit indubitablementle
développement de nouveaux
styles musicaux . À travers
VOCALOID est peut-être née la
musique d'une nouvel ère ».
Naissance de l'idole virtuelle
Hatsune Miku
Déjà, actuellement au Japon, des personnes
achètent des « voix » réalisées par VOCALOID
et adaptées à la chanson et à la musique
souhaitées. Ainsi la création musicale assistée par
ordinateur ne cesse de progresser. Au milieu de
cette tendance, un phénomène sociétal original
se distingue au travers de la « voix » de Hatsune
Miku qui rencontre un succès tout particulier.
A l'origine, Hatsune Miku était le nom
d'un package pour VOCALOID développé par
la société Crypton Future Media, et basé sur la
voix de la doubleuse Saki Fujita. Cependant,
en donnant un « corps » à cette « voix », on est
passé d'une simple recherche de plus de réalité à
la naissance de Hatsune Miku, une véritable idole
virtuelle. En apparence, c'est une jeune fille avec
cheveux bleus séparés en 2 longues couettes.
L'image officielle proposée par Crypton Future
Media est fondamentalement la seule illustration
présente sur les packages.
Lors de la sortie de ce logiciel en 2007, ce
dernier a rencontré un grand succès par la
possibilité qu'il offrait de créer librement de la
musique sans savoirs et matériels particuliers.
Ensuite, par le biais d'internet, de nombreux
amateurs ont posté leurs créations sur le site
de streaming Niko niko douga. Suite à cela, des
fans de ces oeuvres ont créé des clips vidéo de
Hatsune Miku coordonnés avec les chansons,
et les ont postés à nouveau
sur Niko niko douga créant
un nouveau phénomène.
Successivement, des oeuvres
musicales et clips vidéo
basés sur Hatsune Miku
ont commencé à sortir,
et cette dernière
est devenue une
véritable idole
virtuelle par
la variété des
créations et des
formes de la main
des utilisateurs.
Bientôt, les
clips des chansons
les plus consultées
sur le site Niko niko
douga al laient faire
l'objet d'un CD par les
majors. A certains moments,
il a même dépassé dans les
classements les morceaux de
musiciens « humains ».
Enfin, en 2010, l'idole virtuelle Hatsune
Miku a organisé son propre concert. Au milieu
de la scène, la starlette était projetée sur un
écran transparent géant, et le show s'est joué à
guichets fermés. Ce phénomène ne se limite pas
au Japon, car les places pour le prochain concert
de Hatsune Miku, qui se déroulera ce mois-ci aux
États-Unis, se sont toutes vendues en une seule
journée.
Monsieur Ishikawa analyse ces différents
phénomènes en indiquant que « les Japonais sont
un peuple qui aspire à l'homogénéité, et donc les
modes ont tendance à naître facilement au sein
des communautés internet. De plus, les Japonais
souhaitent toujours découvrir de nouvelles
échelles de valeurs propres à chaque époque, et
Hatsune Miku en est peut-être une ». Il suggère
enfin les possibilités de contribution des contenus
numériques à la mesure gouvernementale Cool
Japan en indiquant que « si les cultures ainsi
créées sont attrayantes, elles traverseront les
frontières pour se répandre dans le reste du
monde. L'intérêt pour Hatsune Miku aux États-
Unis en est certainement un bon exemple ».
Remerciements: Masaru Ishikawa, chercheur à l'IRT
(Information and Robot Technology Research Initiative)
de l'Université de Tokyo
Hideki Kenmochi et Osamu Ohshima, société YAMAHA
Noriko Namikoshi, Association Japonaise des Contenus
Numériques (DCAJ)
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