L'été, la saison des yôkais
Dans la chaleur et l'humidité de l'été japonais, on se raconte des histoires
qui font peur pour se rafraichir en se faisant dresser les poils du corps. Depuis
les temps anciens, le Japon possède une grande diversité de yôkai et d'obake.
Pourquoi donc les Japonais font-ils naître et transmettent-ils ce genre d'histoires ?
(Texte: Satomi Kusakabe, Traduit en français: Thierry. C, Photos: Centre International de Recherche sur la Culture Japonaise)

Parmi les yôkais hérités depuis un lointain
passé, on retrouve notamment les kappa,
tengu, et oni, ainsi que certains animaux à qui
l'on attribue des pouvoirs étranges comme les
renards, ratons laveurs, serpents ou encore
chats. Pourtant, depuis la période de croissance
économique, ces yôkais inspirés de la nature
et des animaux ont eu tendance à disparaître
au profit de ceux représentés dans l'univers de
Ge Ge Ge no Kitarô (Shigeru Mizuki) ou encore
de Mononokehime (Hayao Miyazaki). Pour
les enfants, les yôkais sont ainsi ceux que l'on
retrouve dans les mangas.
On trouve plusieurs définitions pour les
termes obake et yôkai. Il s'agit de « quelque
chose qui se transforme, quelque chos e
d'étrange », et de « phénomènes étranges ou
corps singuliers inexplicables par l'homme ».
Dans tous les cas cela effraie les humains.
Ils sont à la fois étranges et mystérieux, et se
révèlent par exemple à travers l'apparition d’une
puanteur soudaine ou d'une forme étrange.
Ainsi, on en trouve les signes dans les sons, les
odeurs, les corps et formes. Ce qui dépasse la
connaissance des hommes, les phénomènes
inexplicables scientifiquement, les phénomènes
étranges et mystérieux, seraient le fait des
obakes, et par extension un acte des Dieux ou
des esprits. Lorsque quelqu'un fait face à un
phénomène inhabituel ou que les gens des
environs l'apprennent, on dira que « c'est le
travail d'un kappa » ou encore « la faute d'un
kitsunebi ».
Pour les humains, il est effrayant de rester
dans l'incertitude de ce qu'on ne peut pas voir
ou dans la peur de l'inconnu. C'est pour en avoir
le contrôle que l'on a donné des noms, décris des
formes, inventer des prières.
Pour Kazuhiko Komatsu, expert dans l'étude
des yôkais, anthropologue et chercheur au
Centre International de Recherche sur la Culture
Japonaise, les yôkais sont la part sombre du
coeur des hommes, et naissent de leurs peurs.
L'invisible, le noir, l'incertitude face à la société,
tout cela contribue à leur apparition. Dans le
passé, les périodes d'instabilité sociale, comme
l'époque Sengoku ou à la fin du shogunat,
provoquent systématiquement un boom des
yôkais. S'ils étaient à la mode actuellement, c'est
que la société serait instable.
A partir de la fin du Moyen-âge, les yôkais
inspirés de la nature et des animaux ont
tendance à disparaître et les hommes s'éloignent
de la nature au profit de la culture. Mais même
dans les objets artificiels on en vient à penser que
repose des esprits, et de là naissent de nouveaux
yôkais. Lorsque la société est plus mature, et que
ce sont les relations humaines qui deviennent
un élément important, les yôkais et fantômes
humains se généralisent comme dans Yotsuya
Kaidan (conte japonais).
Selon M.Komatsu, les yôkais diffèrent en
fonction des époques, régions, peuples et
cultures, et existent à travers le monde. Par
exemple, en Europe, la différence entre le
Bien et le Mal, Dieu et le Diable, est clairement
marquée. Ce qui n'est pas Dieu et est inexplicable
est le Diable, et les yôkais européens reposent
majoritairement sur les Démons ou Satan. Mais
les yôkais japonais ne sont pas forcément bons
ou mauvais, et ont tendance à plutôt ressembler
aux humains en ayant les deux côtés.
Le Centre International de Recherche sur la Culture
Japonaise dispose d'une « base de donnée sur les
phénomènes étranges et yôkais ».
www.nichibun.ac.jp
Rokurokubi
A l'origine, ce yôkai provient d'Asie du Sud.
D'après des recherches historiques qui remontent à
l'époque d'Edo, on trouve un yôkai appelé hitôban,
de forme humaine avec une ligne rouge derrière
le cou. Lorsqu'il dort la nuit, le cou se sépare du
corps et la tête vole grâce à ses oreilles qui font
off ice d'ai les. Le point commun est que tout
deux n'ont pas de conscience puisqu’ils dorment.
Certains expliquent qu'il s'agit d'une forme de
somnambulisme où « l'esprit quitte le corps ».
Kappa
Vivant dans les rivières et marais , le kappa
apprécie les farces enfantines comme retourner
les oreillers. Il fait également certains dégâts
en noyant des personnes dans les rivières et les
marais, en enlevant le shirikodama (« boule »
située près du rectum qui contiendrait l'âme), mais
procure également des onguents pouvant guérir
les blessures. Mais hormis ces choses simplement
étranges, les phénomènes naturels bénéfiques
et les catastrophes qui dépassent l'imagination
permettent de comprendre la relation de cette
créature de l'autre monde avec nous.
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