Les courses hippiques au Japon
Les entrées à l'hippodrome sont nombreuses, et le Japon est le pays qui connaît les
plus importantes recettes de vente de tickets de pari. Les courses hippiques ont toujours
été représentées dans la littérature, le cinéma ou encore les jeux vidéo, et parfois même
apparaissent des « chevaux idoles ». Découvrons donc aujourd'hui l'histoire des courses
hippiques japonaises.
(Texte : Kei Okishima, Traduit en français: Thierry.C)

Chronologie de l'hippisme au Japon
C'est en 1862 qu'est pour la première
fois organisée à Yokohama par des résidents
étrangers une « course de chevaux à
l'occidentale ». Cet évènement constitue
la première forme de l'hippisme japonais
d'aujourd'hui. Huit ans plus tard, des Japonais
organisent une manifestation similaire comme
« offrande » à l'occasion de la grande fête du
temple Tokyo Shokonsha (actuel sanctuaire
Yasukuni Jinja). Par la suite, plusieurs autres
courses auront lieu mais sans perdurer
longtemps.
Mais à l'occasion des guerres sino et
russo-japonaises, on se rend compte que
la conformation (symétrie et harmonie des
lignes de l'animal) et les capacités des chevaux
japonais sont bien inférieures à leurs équivalents
occidentaux. Ainsi, après la Restauration de Meiji
(1868), le Japon se familiarise avec les techniques
et la zootechnie occidentales, et importe
différentes races de chevaux étrangers pour
améliorer le cheptel national.
En faisant courir les chevaux dans ce
contexte, on se rend compte de l'efficacité dans
la production de bêtes de course, et en 1905, le gouvernement donne son accord tacite aux paris
et aux courses à la Société des Courses Hippiques
de Tokyo. En novembre et décembre 1906,
quatre courses incluant la vente de tickets de
pari sont pour la première fois organisées par des
Japonais.
Cependant, la ferveur est telle que
de nombreux problèmes d'endettement
surviennent, menant deux ans plus tard en 1908
à l'interdiction des paris hippiques. A partir
de 1909, les courses hippiques se dérouleront
quatorze années durant sans paris.
En 1923, les paris hippiques sont finalement
reconnus légalement, et une loi sur les courses
hippiques est mise en vigueur. Ce texte autorise
l'organisation de courses avec pari par les 11 clubs hippiques de Sapporo, Hakodate,
Fukushima, Niigata, Nakayama, Tokyo, Nihon
Race (Yokohama), Kyôto, Kôbe, Kokura et
Miyazaki.
En 1936, une réforme importante de la
loi est opérée. Les 11 cercles existants seront
dissous en 1937 et dans l'objectif d'améliorer les
chevaux, fusionneront avec les pleins pouvoirs
pour constituer une entreprise semi-publique, la
Société Japonaise des Courses Hippiques.
Après la Seconde Guerre Mondiale, un
nouveau texte est voté. Désormais, est institué
un système de courses nationales (par la suite
centrales) et régionales. En 1954 est créé un
établissement public sous investissement de
l'État, la Société Centrale Japonaise des Courses
Hippiques (Japan Racing Association).

Devenir propriétaire d'un cheval
Au Japon, les conditions pour devenir
propriétaire d'un cheval sont plus contraignantes
qu'à l'étranger, surtout concernant le niveau de
patrimoine. Concrètement, on estime qu'il faut
disposer d'un revenu régulier annuel d'au moins
18 millions de yens (environ 166 000 euros), ainsi que d'un patrimoine personnel (mobilier,
épargne, bourses) supérieur à 90 millions de yens
(environ 830 000 euros). En effet, on considère
que l'entretien d'un cheval (apprentissage et vie
à l'écurie, nourriture) revient à environ 600 à 700
000 yens/mois (environ 5500 à 6400 euros/mois),
ce qui justifie de disposer d'un revenu important
régulier et stable sous peine de ne pouvoir
assumer. C'est pour cela qu'il est très difficile
de devenir seul propriétaire d'un cheval. Des
cercles (hitokuchi club) ont donc mis au point un
système de participation par prise de parts d'un
cheval (hitokuchi banushi), divisé en 40 à 500
parts. Ce système s'adresse particulièrement aux
salariés auprès desquels il connaît un fort succès.
Les cours hippiques imprégnées dans
la société japonaise
Contrairement à la France où les courses de
chevaux sont à l'origine un passe-temps de riches
propriétaires désirant affronter leurs bêtes, les
courses hippiques japonaises proviennent des
paris et n'ont donc pas de connotation de luxe.
Pour cette raison, les courses centrales
sont organisées le week-end car beaucoup
de personnes sortent pour se distraire et les
capacités d'accueil sont très importantes. Par
ailleurs, les courses de chevaux japonaises sont
largement rapportées dans les médias, autre
raison de leur imprégnation dans la société.
Les chevaux idoles et le boom des
courses hippiques
En collaborant intelligemment avec les
médias pour raconter aux masses l'histoire d'un
cheval, il arrive quelques fois que la JRA présente
un cheval extraordinaire dont le cadre dépasse
les simples courses. Ces chevaux permettent
d'augmenter la popularité des courses. En voici
quelques exemples :
• Haiseiko (1970-2000)
A ses débuts en 1973
à l'hippodrome régional
de Ooi (Tokyo), Haiseiko
est toujours loin devant
le deuxième avec des
statistiques de 6 courses
6 victoires, ce qui lui permet d'accéder aux
courses centrales. A cette époque, on disait que
« le monstre des courses régionales entrait en
central ». Il gagne ainsi contre les meilleurs,
remporte les prix Yayoi, Satsuki et la coupe NHK,
totalisant 10 victoires depuis ses débuts. Dans ce
contexte, le pays connaît une véritable ferveur
nationale pour Haiseiko, que l'on considère
comme le premier boom hippique.
Mais ne pouvant faire face au soutien de sa
popularité écrasante, il connaît ses premières
défaites depuis ses débuts en terminant
troisième, puis en étant ensuite plusieurs fois
distancé. Malgré cela, il continua à avoir de
nombreux fans.
• Oguri Cap (1985-2010)
Connaissant à peu près le
même succès que Haiseiko,
Oguri Cap est à l'origine
du second boom hippique.
Après ses débuts en courses
régionales à l'hippodrome de Kasamatsu,
il obtient 10 victoires sur 12
courses et entre au niveau national en
1988. Par la suite, il remporte tous
les prix et ne cesse
d'établir de nouveaux records . Après cela, il alterne les mauvaises
passes et les rémissions, et connaît un passage à vide
soudain lors de sa dernière saison. Il termine onzième à
la Japan Cup, et beaucoup
commencent à penser qu'il est sur la fin.
Cependant, lors de sa dernière course à l'occasion
du prix Arima Kinen, il prend la tête dans les cent
derniers mètres et finit premier. C'est ainsi qu'il
termina sa carrière en beauté.
Les exploits de ces chevaux idoles attirèrent
particulièrement les personnes à l'origine peu
intéressées par les courses hippiques et les jeunes
filles. Des poupées à l'effigie des pur-sang et
reprenant leurs caractéristiques comme la couleur
des poils remportèrent notamment un énorme
succès, tout comme des jeux vidéo de simulation
d'entrainement, ainsi que des mangas ayant
pour thème le milieu des courses hippiques. Par
ailleurs, à l'occasion de la disparition d'Oguri Cap
en 2010, environ 700 personnes étaient présentes
à la cérémonie en son hommage.
Comment s'amuser aux courses
japonaises pour un Français?
En général, le prix d'entrée est d'environ 200
yens (1,80 euros), il est donc aisé de s'y rendre. Il y
a moins de genres de tickets de pari qu'en France,
mais si vous ne connaissez pas la façon de miser, il
vaut mieux se focaliser sur un seul cheval.
Les différents
tickets de pari au Japon
Simple gagnant
On désigne le cheval gagnant
en achetant le ticket de pari
correspondant à son dossard.
Pari multi
Pour les courses de 8 chevaux
et plus, il faut trouver le cheval
qui finira Premier, Deuxième
ou Troisième. Pour celles de 7
chevaux et moins, il faut trouver
celui qui terminera Premier ou
Deuxième. Ce ticket n'est pas
vendu pour les courses de 4
chevaux et moins. Comme pour
le simple gagnant, il suffit de
désigner le numéro du cheval.
Victoires
On y trouve le
couplé de groupe,
le couplé gagnant,
le couplé placé, le
couplé ordre, le
trio, et le trio ordre.
Le couplé de groupe
Ce pari ne s'effectue que pour
les courses de 9 chevaux et plus.
Il faut sélectionner deux groupes
de chevaux qui finiront Premier
et Deuxième dans le désordre.
Le couplé gagnant
Il faut sélectionner deux chevaux
par numéro de cheval qui
finiront Premier et Deuxième
dans le désordre.
Le couplé placé
Il faut trouver 2 chevaux par
numéro de cheval finissant
Premier et Deuxième, Premier
et Troisième ou Deuxième et
Troisième.
Le couplé ordre
Il faut sélectionner 2 chevaux
par numéro de cheval qui
finiront Premier et Deuxième
dans l'ordre.
Le trio
Il faut trouver
3 chevaux par
numéro de cheval
qui finiront
Premier, Deuxième
et Troisième dans
le désordre.
Le trio ordre
Il s'agit de trouver 3 chevaux par
numéro de cheval qui finiront
Premier, Deuxième et Troisième
dans l'ordre.
Remerciements : Aki Akitani, Japan Racing Association (JRA)
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