La courte vie des gouvernements japonais
Le 30 août dernier, le Premier ministre japonais Naoto Kan présentait sa démission.
Suite à cela, le 2 septembre, s'est déroulée au palais de l'Empereur la cérémonie de
prise de fonction du 95ème Premier ministre, Yoshihiko Noda, et de nomination des
hauts fonctionnaires, fermant ainsi le rideau sur 452 jours de gouvernement Kan.
La courte durée de vie de l'exécutif japonais est peut-être essentiellement due au
fait que le pouvoir n'arrive pas à maintenir assez de siège pour stabiliser la Diète.
Revenons sur la succession de gouvernements depuis Abe en 2006.
(Texte : Kei Okishima, Traduit en français : Thierry.C)
La faible durée de vie des gouvernements
au Japon débute après la démission de Junichirô
Koizumi après cinq années et cinq mois d'exercice.
Dans l'archipel nippon, la tendance voulait que le
Parti Libéral Démocrate (PLD) stabilise le pouvoir
en le détenant en tant que parti numéro un ou
en formant un gouvernement de coalition centré
autour de lui. Mais à l'occasion des 21èmes élections
de la Chambre des Conseillers du 29 juillet 2007, les
partis majoritaires que sont le PLD et le Kômeitô
connaissent une défaite historique. Le PLD perd la
majorité des sièges de la Diète, qu'il avait réussi à
protéger depuis sa création, face au Parti Démocrate
du Japon (PDJ) en la personne de Shinzô Abe
succédant à Koizumi. Abe démissionnera par la suite
au bout de seulement 366 jours.
Lui succède Yasuo Fukuda, qui souffrant de la
cohabitation (on parle au Japon de « Diète tordue
»), propose une mesure de coalition avec le PDJ.
Il s'accorde un temps avec le représentant du PDJ
Ichirô Ozawa, mais le projet tombe à l'eau suite
aux réactions violentes au sein même du parti. Au
final, invoquant les difficultés de management
du gouvernement liées à la cohabitation, Fukuda
renonce à ses fonctions en septembre 2008. Son
mandat aura duré 365 jours.
Les critiques commencent à monter contre le
PLD et ses Premiers ministres qui abandonnent au
bout d'un an, et les espoirs se tournent alors vers
Tarô Aso qui succède à Fukuda. Cependant, des
problèmes de tempéraments, une aggravation de
la situation économique sans prises de mesures
rapides d'une rapidité sans précédent, des actes
d'obstruction parlementaire, font que son taux
de soutien chute. En août 2009, lors des 45èmes
élections législatives du pays, le PDJ écrase le parti
majoritaire en remportant 2/3 des sièges (308). Suite
à cela, Aso démissionne au bout de 358 jours.
Après avoir pu réaliser pour la première fois
un véritable changement de pouvoir dans l'histoire
politique du Japon, Yukio Hatoyama accède
glorieusement au poste de 93ème Premier ministre
du Japon. Cependant, le PDJ avait obtenu la
majorité absolue à la Chambre des Représentants,
mais pas à la Chambre des Conseillers. Pour stabiliser
le pouvoir, une coalition avec les autres partis
était indispensable. Au Japon, la Chambre des
Conseillers a comparativement moins de pouvoir
que la Chambre des Représentants, et le budget y
est voté à la majorité simple. Mais les lois d'exécution
du budget, les lois importantes proposées par le
gouvernement, ainsi que toutes les autres lois,
doivent être confirmées au 2/3 par la Chambre
des Représentants en cas de rejet par la Chambre
des Conseillers. Et même en cas de vote au 2/3, les
lois simples ne peuvent être adoptées à nouveau
qu'en cas de rejet par la Chambre des Conseillers
ou d'absence de décision 60 jours après l'envoi à
cette dernière. En résumé, elle peut faire revoter le
texte si elle exprime rapidement sa volonté, mais
si elle laisse faire, la Chambre des Représentants
peut diriger l'exécutif sans faire revoter le texte.
C'est ainsi qu'une coalition a été formée entre le
Parti Social Démocrate (PSD) et le Nouveau Parti du
Peuple (NPP), mais l'inexpérience de cohabitation
et les divergences lors des délibérations ont abouti
au retrait du PSD. Ce fut donc une brève coalition
de huit mois. Mais les problèmes de « politique
et d'argent » du Secrétaire Général du PDJ Ichirô
Ozawa et du Premir ministre, ainsi que les propos
trop ambitieux de ce dernier sur le déplacement de
la base militaire de Futenma conduisent le Premier
ministre dans une passe difficile. Il perd soudain
son soutien, et des voix demandant sa démission
s'élèvent alors à l'intérieur même de son parti. C'est
ainsi qu'il met fin à ses fonctions le 4 juin 2010,
terminant son règne au bout de seulement 266
jours.
Le jour même, les élections internes du PDJ
désignent Naoto Kan comme nouveau Premier
ministre, formant un nouveau gouvernement le
8 juin 2010. Pourtant, sa popularité diminue dans
l'opinion publique à cause de rivalités internes et
postures politiques douteuses, notamment sur les
problèmse de financements étrangers. Au point que
chaque institut de sondage indique une adhérence
au gouvernement de seulement 20%. De plus, en
juillet 2010, à l'occasion des 22èmes élections de
la Chambre des Conseillers, l'opposition renverse
la majorité. En négociant avec les partis adverses,
le PDJ tente d'obtenir 2/3 des voix à la Chambre
des Représentants ou le retour à la majorité dans
la Chambre des Conseillers, mais des problèmes
de révision politique empêche l'entente et chaque
négociation échoue. Suite au Grand Séisme de
l'Est du Japon le 11 mars dernier, l'opposition met
un temps fin aux guerres politiques. Mais suite
aux critiques de la gestion de la catastrophe et de
l'accident de la centrale nucléaire de Fukushima,
ainsi qu’à la défaite du PDJ à l'occasion des élections
régionales d'avril, le gouvernement Kan commence
également à être remis en cause. Le 26 août 2011,
il se retire comme convenu après le vote de trois
mesures conditionnant sa démission.
Yoshihiko Noda a été nommé 95ème Premier
ministre du Japon et à pris ses fonctions à la tête du
gouvernement le 2 septembre dernier. C'est ainsi
que depuis 2006, en seulement cinq années, pas
moins de six Premiers ministres se sont succédé au
Japon. Le nouveau gouvernement Noda, dans un
contexte de cohabitation, arrivera-t-il à mettre en
place ses mesures et concrétiser sa politique ?
|