L'immobilier au Japon
Depuis l'annonce du « Projet de renouveau du quartier Marunouchi »
il y a 20 ans, les gratte-ciels de bureaux se succèdent au coeur de la
capitale. Mais seules les classes riches peuvent se permettre de vivre
dans les quartiers centraux, et la plupart des salaryman habitent dans
une préfecture voisine de Tokyo et se rendent quotidiennement au
travail dans les transports bondés. Observons aujourd'hui l'habitat
japonais.
(Interview : Satomi Kusakabe, Traduit en français : Thierry. C)

Les bâtiments sont des biens de
consommation
Au Japon, il existe l'expression tochishinwa
(mythe du terrain). Suite à la période de forte
croissance de l'après-guerre, les prix des terrains
augmenté sans cesse, et de là ont naît cette
expression qui signifie « posséder un terrain
rapporte ». Dans ce contexte, les particuliers
et entreprises ont massivement investi dans les
terrains en prévision d'une augmentation future,
et ce avec le soutien des banques. Cependant,
après l'éclatement de la bulle financière au début
des années 90, le prix des terrains a chuté. Les
particuliers et entreprises se sont alors trouvés
dans l'incapacité de rembourser leurs prêts, qui se
transforment en créances douteuses et placent les
banques dans une situation difficile.
D'autre part, dans un pays sujet aux séismes et
autres catastrophes naturelles, les immeubles sont
contrairement aux terrains plutôt considérés comme
des « biens amortissables » que durables. C'est pour
cela qu'au Japon, à l'instar des biens comme la
machinerie, l'outillage, le transport de véhicules, les
bâtiments perdent généralement de la valeur avec
le temps. Cela dépend des constructions, mais en
général les bâtiments de 20 à 40 ans n'ont presque
plus de valeur foncière. Au Japon comme en France,
il est peu courant de penser acquérir un bien et
le revendre, et la tendance est plutôt à acheter la
maison de sa vie dans un endroit peu éloigné de
la ville. C'est pour cette raison que cela concerne
peu les jeunes. Selon une enquête menée par le
Ministère japonais du Territoire, des Infrastructures,
des Transports et du Tourisme sur la tendance du
marché de l'habitat, en 2009, l'âge moyen des
acheteurs de lots en lotissement dans les régions
de Tokyo, Nagoya et Osaka, était de 37,6 ans. Cette
moyenne est de 37,5 ans pour les maisons. Pour ce
qui n'est pas dans le neuf, l'âge moyen passe à 39,8
ans pour les lotissements et 40 ans pour les maisons.
Les gratte-ciels de bureaux
de la capitale
A l'intérieur de Tokyo, les 5 quartiers de
Chûô, Minato, Shinjuku, Shibuya et Chioda, sont
essentiellement des concentrations de bureaux.
En janvier 1988, Mitsubishi Jisho, le plus grand
propriétaire foncier du quartier Marunouchi,
annonce le « Projet de renouveau du quartier
Marunouchi ». Le groupe fait ainsi construire une
soixantaine d'immeubles de 40 à 50 étages, soit
environ 200 mètres de hauteur, souhaitant faire
de ce quartier un centre financier international. Le chantier était supposé durer 30 ans. Aujourd'hui, 20 ans plus tard, les gratte-ciels continuent toujours
à pousser dans les quartiers de Marunouchi et
Ôtemachi.
L'avenir de l'habitat au centre
des villes ?
Avec le développement des nouveaux moyens
de communication comme internet et les téléphones
portables, la forme du travail dans l'entreprise
évolue. Jusqu'à maintenant , les employés
travaillaient dans l'entreprise, y organisaient des
réunions, et la communication s'effectuait en face
à face. Mais désormais, il est possible de recourir à
la visioconférence, et l'entreprise à une existence
minimaliste spécialisée dans la gestion des affaires,
le service client et le suivi des stocks.
Parallèlement à ces changements sociaux, le
pays a du faire face aux « problèmes de 2003 ».
Durant cette année, de nombreux grands immeubles
de bureaux se construisent successivement, ce qui
augmente la possibilité de surabondance de pièces
non habitées, et provoque particulièrement la
crainte des agences immobilières. En juillet 2002, le
parti libéral démocrate organise une « conférence
d'investigation sur les terrains et le logement » d'où
ressort la « Vision de l'habitat du 21ème siècle ?
Suggestion globale sur les mesures du logement ».
Dans ce cadre, une proposition est faite pour
prendre en considération le problème des espaces de
bureaux inoccupés. Cette idée propose notamment
un nouvel environnement de vie avec les habitations
au coeur de la ville à la place des bureaux.
Actuellement, les loyers étant trop élevés au centre
de Tokyo, la plupart des employés résident en
périphérie dans les préfectures de Saitama, Chiba ou
Kanagawa, et viennent travailler quotidiennement
sur Tokyo. Selon « l'enquête sur les bases de la vie en
société » réalisée en 2006 par le Ministère japonais
des Affaires intérieures et des Communications, les habitants de la préfecture de Kanagawa sont dans
tout l'archipel ceux qui rentrent en moyenne le
plus tard du travail chez eux. On considère que ce
phénomène s'explique notamment par le nombre
d'habitants de cette préfecture travaillant à Tokyo
ainsi que la longueur des transports correspondants.
Si l'on arrivait à créer un nouveau cadre de vie
rapprochant les personnes de leur lieu de travail, on
pourrait certainement s'affranchir définitivement
des trains bondés.

Louer au Japon
Éléments auxquels il faut faire
attention lors du bail
Pour louer une maison au Japon, il faut d'abord
une première garantie ou ichijikin. Cette somme
est nécessaire pour avoir le droit de louer un bien,
et se distingue du loyer. Il s'agit en quelque sorte
d'une garantie contre le risque d'impayés. On trouve
également la reikin (honoraire). Lorsqu’on loue un
appartement ou une maison, on la verse directement
au propriétaire. Elle apparaît généralement sous
le nom de shareikin (honoraire de remerciement).
En effet, à l'origine, afin de compenser les faibles
loyers fixés par le gouvernement d'après-guerre,
les propriétaires faisaient payer cette somme pour
les remercier de louer leur bien, d'autant plus qu’ils
avaient un poids très important dans un contexte
de difficultés à se loger. Quoi qu’il en soit, cette
habitude à perduré dans le temps, mais on trouve
actuellement de plus en plus de biens proposés sans
reikin.
Contrairement à la France, les bailleurs japonais
tolèrent très peu le changement de tapisserie ou
autres modifications, et il faut la plupart du temps
utiliser le bien tel que vous le louez au départ. Si
vous plantez des punaises pour mettre un poster
ou bien changez la tapisserie sans l'accord du
propriétaire, ce dernier pourra utiliser une partie de
votre caution (shikikin) s'il estime que des travaux
sont nécessaires pour remettre le bien dans son état
d'origine. Il convient donc de faire bien attention.
De plus, si vous renouvelez le bail au bout d'un
ou deux ans, il pourra vous en coûter un mois de
loyer.
Le garant-responsable interviendra en cas de
problème au même niveau de responsabilité que le
propriétaire. Contrairement à un garant ordinaire,
le propriétaire peut lui réclamer de l'argent
directement en cas de problèmes, il convient donc là
encore de faire attention au moment de la signature.
Au Japon, les surfaces des biens immobiliers sont
principalement exprimées en nombres de tatamis (6
tatamis,8 tatamis,…). 1 tatami représente environ
1,62m². Les terrains sont quant à eux exprimés en
tsubo, 1 tsubo représentant environ 3,3m².

L'agencement
Pour les personnes vivant seules, l'agencement
le plus représentatif se nomme one room, ou « 1K ».
Comme son nom l'indique, le one room n'a qu'une
seule pièce qui comprend la cuisine. A l'inverse, le 1K
dispose d'une cuisine dans un espace indépendant
(le K provenant de l'anglais kitchen). Normalement,
vous trouverez une entrée, une cuisine, des toilettes
et une baignoire, ce qui constitue l'agencement de
base. Mais de nombreux 1K étant très proches d'un
one room, il vaut mieux visiter ou consulter les plans
avant de signer. La surface moyenne d'un one room
est de 15 à 25m², soit 6 à 8 tatamis.
L'abréviation UB est un terme japonais
d'inspiration anglaise qui signifie unit bath. Il s'agit
d'un semble compact produit de façon industrielle
qui comprend une baignoire, des toilettes, un
lavabo, ainsi que les diverses installations électriques.
La salle de bain étant ainsi totalement isolée du
reste de la pièce, ce système a le mérite de limiter
l'humidité. Le nettoyage est également simplifié car
il n'y a pas d'espace entre la baignoire et les murs.
Pour les familles avec enfants, il y a des types
d'agencement plus adaptés comme le 2LDK et
supérieur. LDK est l'abréviation de « Living – Dining
– Kitchen », et est un agencement proposant la
surface et les fonctionnalités nécessaires pour
« Vivre- Manger-Dormir ». La plupart du temps, on
trouve une pièce de style occidental (yôshitsu) avec
du parquet, et une pièce de style japonais (washitsu)
avec des tatamis. Les washitsu sont appréciées car
elles sont bien adaptées aux futons. En effet, dans
des maisons souvent étroites, on préfère utiliser des
futons faciles à ranger que des lits.
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