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mardi, 15/11/2011 12:00CET

Histoire de la restauration extérieure au Japon

Étymologiquement, le restaurant est en français un lieu où l'on "se redonne des forces". Dans un restaurant japonais, vous passerez certainement un moment agréable avec un service rapide, de la bonne cuisine, et des prix raisonnables. Voyons aujourd'hui l'histoire de la culture japonaise du "repas à l'extérieur".

(Texte : Satomi Kusakabe, Traduit en français : Thierry.C)

Origine

En France, c'est au XVIIe siècle qu'apparaissent des cafés où il est possible de prendre un verre, des plats légers et même un repas.

Au Japon, les premiers endroits où l'on pouvait se restaurer dehors étaient les maisons de thé, qui seraient apparues à la fin de l'époque Azuchi Momoyama (1573-1603). Devant l'entrée du sanctuaire Gion de Kyôto, les maisons de thés bon marché s'installent, et les gargotes de mochi, dango, kayu et autre udon se développent dans le centreville, aux alentours des temples et près des auberges, sur les routes, jusqu'au début de l'époque d'Edo (début 1600).

Dans les environs d'Edo (ancien nom de Tokyo), les auberges routières proposaient des repas rapides, mais au début de la période d'Edo il n'y avait pas à proprement parler de véritable lieu de restauration. En 1657, un immense incendie ravage plus de la moitié de la ville. À l'occasion de la reconstruction de la ville, de nombreux niuriya (ancêtres des izakaya) font leur apparition et proposent soupes, poissons grillés, sashimi et plats cuits. Par ailleurs, apparaissent à cette époque près de la porte du quartier Asakusa, des maisons de thé narachaya, qui proposent des menus accompagnés de riz au thé vert, bouillon de tofu, pois cuits, ou encore tsukemono. Appelés également ichizenchaya, ces établissements sont considérés comme les premiers restaurants du Japon.



Développement des restaurants

Après l'époque d'Edo, des lieux de repos comme les mizujaya et kendonya (ancêtre des udonya et sobaya) font leur apparition sur les bords des routes et près des temples d'Edo. Au XVIIIe siècle apparaissent des maisons de thés où les repas sont pris assis sur le sol. Ils deviennent bientôt des établissements de luxe au XIXe siècle, qui proposent des mets raffinés de la montagne et de la mer, présentés dans de la belle vaisselle et de beaux endroits avec de magnifiques jardins. Amateurs d'élégance, les daimyos (seigneurs), hommes de lettres, peintres et riches marchands fréquentaient ces établissements. Les cuisiniers de ces établissements de luxe prenaient donc soin des figures importantes du shogunat ou du fief et excellaient dans leur domaine. C'est pourquoi à la fin de l'ère d'Edo, lorsqu'il recevait des délégations étrangères, le shogunat faisait appel aux plus célèbres d'entre eux plutôt qu'aux cuisiniers officiels.

Dans la seconde moitié de l'époque d'Edo, les restaurants prospèrent dans la capitale, qu'ils soient à destination du peuple ou des plus riches, et selon une enquête de 1804, il y en avait plus de 6000. Parmi ces établissements, de nombreux étaient spécialisés dans les sushis, tempura, anguilles et soba, comme on peut en trouver dans le Japon actuel. Les plus pauvres se restauraient auprès des vendeurs de rues et des vendeurs à la criée.

On dit que la restauration extérieure s'est développée à Edo à cause de la forte demande des travailleurs venus de province, des artisans, des guerriers provinciaux et des hommes célibataires.

De plus, dans la seconde moitié de l'époque d'Edo, la population voyage plus, notamment dans le cadre des pèlerinages aux temples et sanctuaires, et les restaurants de spécialités régionales font leur apparition.


Apport de la cuisine occidentale

La fin du XIXe siècle marque la fin du shogunat et la mise en place d'un nouveau système d'État avec l'intronisation de l'empereur à l'ère Meiji. Dans ce contexte, les figures du shogunat, les seigneurs, les vassaux de haut rang et les riches marchands perdent leur prestige, et les restaurants connaissent une période de déclin. Les leaders du nouveau gouvernement étant des guerriers de province de bas rang, ils n'étaient pas familiarisés avec la haute gastronomie japonaise.

En outre, dans un contexte d'ouverture culturelle, l'archipel connaissait un engouement pour les apports occidentaux, et ne jurait que par la cuisine occidentale. C'est ainsi que se développe la cuisine japonaise à l'occidentale, comme les korokke ou le riz au curry, et qu'elle commence à connaître un grand succès auprès des masses.



État des lieux

L'expansion de l'industrie de la restauration au Japon débute durant la période de haute croissance à partir de 1960. Les chaînes de restaurants apparaissent, et c'est alors que la production et la consommation de masse commence à entrer dans les moeurs. Les fast-foods et restaurants familiaux poussent comme des champignons. Les années 1970, elles, sont marquées par des techniques de cuisine innovantes et un service rationnel. L'archipel tout entier voit donc apparaître hamburger, ramen, gyûdon et autres kaitenzushi (sushis tournants). Ce type de gestion, qui a su adapter les prix en prenant en compte les ressources des consommateurs et l'équilibre entre les supermarchés et les plats à emporter, a connu un grand succès. Manger à l'extérieur n'était donc plus un luxe ponctuel, mais partie intégrante de la restauration au quotidien. En outre, les établissements proposent de la cuisine saine, authentique, faite main, pour des consommateurs pressés comme pour des gourmets, autant de variétés qui constituent une une véritable alternative au repas au foyer. Actuellement au Japon, on dénombre plus de 470 000* fast-foods, restaurants familiaux, izakaya, café et restaurants.

L’archipel accueillant de plus en plus d'étrangers notamment des touristes, l'industrie de la restauration réfléchit à un nouveau style qui puisse "transmettre l'esprit japonais". Il s'agit de diffuser cette idée à travers le monde grâce à la confiance du Japon en sa capacité à adapter les différentes cuisines du monde pour parvenir à un résultat aussi raffiné que possible.

*Données du ministère japonais de l'Économie, du Commerce et de l'Industrie

De nos jours, grâce à des sites Internet comme Gurunavi, Tabelog, ou des magazines comme Gourmet PIA, vous disposez d'un large panel de choix culinaires japonais en fonction de la région, du type de cuisine et du budget.

Par ailleurs, les guides gastronomiques comme Michelin ont une place importante dans le choix des restaurants par les consommateurs.


Référence: Récit de la culture culinaire de Shozaburo Kitaoka aux éditions Chûo-Kôron-Shinsha


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