Les habitants après
le grand tremblement
de terre
Souhaits des habitants des zones
sinistrées vus à travers la photographie
Même en cette fin d'année 2011, il est difficile d'oublier le Grand séisme qui a frappé
le Nord-Est du Japon le 11 mars dernier.
A ce moment, la ville d'Onagawa, située sur la côte Nord Est dans la préfecture de
Miyagi, a été touchée par un tsunami destructeur. Nous vous présentons aujourd’hui
le recueil intitulé « Quotidien des habitants d'Onagawa » de la photographe Mayumi
Suzuki, originaire de la ville, qui s'y est rendue 3 mois après le séisme afin de saisir la
réalité de la vie sur place. A travers cette réalisation, elle nous montre que ceux qui ont
connu l'horreur d'un désastre naturel font preuve d'une volonté sans égale pour se
remettre sur pied, avec une expression joyeuse, tout en insistant sur l'importance de
continuer à aller de l'avant.
Onagawa (Préfecture de Miyagi)
Face à la baie d'Onagawa dans le prolongement de
l'Océan Pacifique, se trouve la ville portuaire d'Onagawa
et son petit port de pêche, riche en ressources naturelles.
Située dans un aber, zone géographique qui bénéficie de
l'industrie de la pêche, la culture y prospère également. A
proximité du point de confluence des courants chauds et
froids, elle peut se vanter d'être un des lieux de pêche les
plus prolifiques de l’archipel.
Quotidien des
habitants d'Onagawan
C'était juste 3 mois après le séisme,
et l'on pouvait commencer à entrevoir à
Onagawa les « couleurs de la vie ». Tout
en laissant apparaître et disparaître des
zones de confusion, on distingue avec
évidence que l'expression des personnes
change lorsque la vie de tous les jours
revient à la normale. Mon père, qui était
photographe de son vivant, disait : « Je
ne prends pas des photos. Je saisis la vie
des gens ». C'est notamment pour cette
raison que j'ai intitulé mon exposition
de 2011 « LIFE », et je souhaite que
vous puissiez ressentir cette « LIFE » des
habitants de ma ville natale que j’ai
perçue, où ce terme désigne à la fois la
vie quotidienne, la vie et l'existence.
Mayumi Suzuki
Photographe

Elle est la représentante de la 3ème
génération du studio de photographie Sasaki.
Née à Onagawa (Préfecture de Miyagi) en
1977, elle est la fille du photographe de
portrait Atsushi Sasaki. A l'université, elle
devient l'assistante du photographe Satoru
Watanabe, puis se met à son compte après
la fin de ses études. Elle vit actuellement à
Zushi, ville de la préfecture de Kanagawa.
Au lendemain du Grand Séisme de l'Est
du Japon, ses parents sont portés disparus. Le
studio de photographie familial est presque
entièrement détruit, ne laissant que la
chambre noire. Après le 11 mars, elle présente
de nombreuses informations sur son blog,
qui enregistre ainsi plus de 3000 connexions
journalières, et redonne du courage aux
familles des zones sinistrées. Actuellement,
elle récolte des dons à travers « Courage
Onagawa – Projet des boules d'énergie »
dont elle est l'initiatrice. Comme première
étape, elle a photographié gratuitement la
cérémonie de rentrée de l'école primaire et
du collège d'Onagawa, dont elle est issue, et
dont son père devait se charger à l'origine.
Elle a recueilli des dons en vendant les
photographies ainsi réalisées. Cette opération
à été largement reprise par les journaux et la
télévision et a eu un grand impact. Dans ce
cadre, elle fait la rencontre de l'association
Hug Japan et participe à une exposition.
Du 16 au 20 mai 2011, elle organise une
exposition à la galerie AIGA de New York,
où elle présente ses photographies ainsi que
300 dessins et messages d'enfants des zones
sinistrées. Elle a ainsi pu transmettre à travers
les images l'attitude positive quotidienne des
personnes d'Onagawa et des zones sinistrées.
Conformément au souhait de son père,
qui « même s'il ne pouvait faire perdurer
le studio familial, désirait que sa fille fasse
de la photographie », elle poursuit ses
allers retour entre Kanagawa et Onagawa,
et tout en renforçant les liens avec les
habitants de sa ville natale, elle continuera
à fermer l'obturateur de son appareil sur le
rétablissement progressif d'Onagawa et de
ses habitants.
En 2011, elle a organisé à travers
l'archipel l'exposition « LIFE- Regard du
père, regard de la fille ». En mars 2012, elle
compte publier un recueil d'essais et de
photographies. Par ailleurs le même mois, elle
organisera une exposition Hug Japan à l'Hôtel
de Ville de Paris.
www.monchicamera.com
Akio & Tomiko Oka

Leur boutique de marchands de légumes
qui se situait à 100 mètres de la côte a été
emportée sans laisser aucune trace. Ils tiennent
actuellement un marché en plein air, deux
fois par semaine, à Asahigaoka où ils ont leur
domicile. "S'approvisionner en légumes le matin
et les vendre tous dans la journée, c'est l'origine
du métier de marchand de légumes, n'est-ce
pas?" dit Akio. Leur marché est devenu une oasis
pour les gens du quartier : les sourires attirent les
sourires.
Toshiki Watanabe

C'était à cet endroit, devenu un terrain vague à
cause du tsunami, qu'il voulait se faire prendre
en photo. "Ici, c'est là où j'ai vécu. Ma vie et
mon travail étaient là. Même dans cet état
ruiné, ça me rend heureux de m'y retrouver." En
contemplant ce lieu où se trouvait la fabrique
de boîtes en bois pour transporter les poissons, il
réfléchissait sur le poids de l'histoire familiale qui
remonte à l'époque de son arrière-grand-père.
"Il ne faut pas haïr le tsunami. On ne peut pas
résister à la nature. Mes ancêtres l'ont surmonté
aussi" dit Toshiki. J'espère fort que le jour où il
reprendra son commerce comme fabriquant de
boîtes viendra le plus tôt possible.
Mana Abe

En première au lycée, Mana a perdu sa chère
mère à cause du tsunami. Un mois après le
séisme, elle a postulé pour un emploi à la station
de radio locale Onagawa FM contre le désastre,
souhaitant "faire quelque chose d'utile pour les
autres". A côté de sa vie au lycée en semaine, elle
travaille comme DJ le week-end.
Juste après le Séisme, elle s'était d'abord abritée
dans la voiture avec sa famille en jugeant
dangereux de rester dans la maison sens dessus
dessous. Mais le tsunami déferlait à son insu
jusqu'à chez elle alors qu'ils se situaient à 2
kilomètres de la côte. Par chance, une pièce de
bois a heurté la voiture en brisant une vitre et
elle a pu se sauver en rampant. Elle rayonne de
sa volonté de vivre pour elle et pour sa mère.
Chiaki, Rena & Michiko Suzuki

Leur boutique servant aussi de domicile ayant été
emportée par le tsunami, la mère et la femme
de son premier fils renoncèrent à rouvrir leur
commerce. C'est Rena, la fille, qui leur a donné
l'occasion de se rétablir. Tout en sachant la
peine de sa mère qui travaillait jour et nuit, elle
aimait voir sa mère travailler entourée de fleurs.
Elle s'est décidée : "je vais remettre sur pied
la boutique avec ma mère, et pour ma mère".
Le lendemain même, elle a signé les formalités
pour arrêter ses études à l'université. Voilà une
famille qui surmonte les difficultés en s'unissant
fermement, et voilà une boutique de fleurs
pleine de sourire.
Hisayuki Aoki

Le travail du Kaisen donya (un ancien agent
maritime) est une tâche ingrate et méconnue.
Il faut entretenir des bateaux, s'occuper des
affaires du marché, et être au courant des types
de bateaux qui entrent dans le port ainsi que des
variétés et de la quantité des poissons débarqués.
On pourrait le comparer au manager d'un groupe
de musique qui le soutient en coulisse, et non
pas au guitariste ni au batteur sur scène. C'est un
métier pour lequel l'expérience et la confiance
comptent le plus. Depuis le Séisme, il a élargi son
travail avec ses collègues en essayant d'aborder
toutes sortes de choses liées à l'industrie de la
pêche. S'il n'y a pas de pêche, Hisayuki ne peut
pas travailler. Il souhaite que sa ville redevienne
comme autrefois, le port de pêche Onagawa
réputé à l'échelle nationale.
Hirohiko Oka et sa famille

Auparavant, ils vivaient à Sendai avec sa famille,
mais ils étaient rentrés vivre à Onagawa en
2007 pour que les enfants grandissent en
pleine nature. Ils avaient ouvert un bar musical
Diamond Head. Il y avait une bonne ambiance,
avec la toiture d'ardoise traditionnelle et
des objets antiques de l'époque Showa qui
décoraient l'intérieur, mais ce bar aussi bien
que leur domicile a été emporté par le tsunami.
En mai, pendant qu'ils vivaient dans un refuge,
leur troisième enfant est né sain et sauf. En
souhaitant la renaissance d'Onagawa, ils ont
baptisé leur fille Asahi (soleil du matin). Espérant
offrir un endroit où les gens puissent se réunir
et se reposer, Hirohiko va bientôt ouvrir un café
gratuit.
Masaki Takahashi

La vieille maison "Takamasa" qui donne sur
l'anse Mangoku a eu la chance d'échapper au
tsunami. Neuf jours après le Séisme, il a assuré
l'alimentation électrique en prenant des mesures
d'urgence. Il a produit des agekamas (pâte
de poisson frit) chauds pour les distribuer aux
sinistrés. Masaaki dirige avec zèle la maison
dont il est le quatrième héritier successif, dans le
respect de la pensée de son grand-père selon ces
mots : "Takamasa est nourrie par la région". Ce
dernier était président honoraire de la maison,
décédé à cause du tsunami. Polyglotte, maîtrisant
sept langues, Masaaki a un point de vue global
et un esprit novateur : c'est une personne pivot
pour la reconstruction d'Onagawa.
Yuetsu Abe

La vitalité de Yuetsu est admirable : il a
recommencé sa vie longue de 70 ans à Tottori,
éloigné d'Onagawa. Ce patron de la maison
"Yumeshokken", fabriquant des karintôs (biscuit
sucré à la farine de blé) originaux, venait de
créer une association à but non lucratif Kirara
Onagawa employant des handicapés, quand le
tsunami a tout emporté. Quand il a retrouvé,
parmi les débris, deux machines pétrisseuses
dont il se servait habituellement, il s'est juré : "je
reprendrai". S'il ne fournissait pas de pâte pour
les karintôs aux différentes régions du pays, les
usines seraient obligées de suspendre leur service.
Rien que pour éviter ces effets secondaires, il
fallait qu'il se relève le plus tôt possible. "Pour
commencer quelque chose de nouveau, il faut
compter dix ans" Le tsunami a tout englouti,
mais l'ardeur de Yuetsu est toujours à Onagawa.
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