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mardi, 13/12/2011 11:30CET

Les habitants après le grand tremblement de terre

Souhaits des habitants des zones sinistrées vus à travers la photographie

Même en cette fin d'année 2011, il est difficile d'oublier le Grand séisme qui a frappé le Nord-Est du Japon le 11 mars dernier.

A ce moment, la ville d'Onagawa, située sur la côte Nord Est dans la préfecture de Miyagi, a été touchée par un tsunami destructeur. Nous vous présentons aujourd’hui le recueil intitulé « Quotidien des habitants d'Onagawa » de la photographe Mayumi Suzuki, originaire de la ville, qui s'y est rendue 3 mois après le séisme afin de saisir la réalité de la vie sur place. A travers cette réalisation, elle nous montre que ceux qui ont connu l'horreur d'un désastre naturel font preuve d'une volonté sans égale pour se remettre sur pied, avec une expression joyeuse, tout en insistant sur l'importance de continuer à aller de l'avant.


Onagawa (Préfecture de Miyagi)
Face à la baie d'Onagawa dans le prolongement de l'Océan Pacifique, se trouve la ville portuaire d'Onagawa et son petit port de pêche, riche en ressources naturelles. Située dans un aber, zone géographique qui bénéficie de l'industrie de la pêche, la culture y prospère également. A proximité du point de confluence des courants chauds et froids, elle peut se vanter d'être un des lieux de pêche les plus prolifiques de l’archipel.

Quotidien des habitants d'Onagawan

C'était juste 3 mois après le séisme, et l'on pouvait commencer à entrevoir à Onagawa les « couleurs de la vie ». Tout en laissant apparaître et disparaître des zones de confusion, on distingue avec évidence que l'expression des personnes change lorsque la vie de tous les jours revient à la normale. Mon père, qui était photographe de son vivant, disait : « Je ne prends pas des photos. Je saisis la vie des gens ». C'est notamment pour cette raison que j'ai intitulé mon exposition de 2011 « LIFE », et je souhaite que vous puissiez ressentir cette « LIFE » des habitants de ma ville natale que j’ai perçue, où ce terme désigne à la fois la vie quotidienne, la vie et l'existence.


Mayumi Suzuki
Photographe

Elle est la représentante de la 3ème génération du studio de photographie Sasaki. Née à Onagawa (Préfecture de Miyagi) en 1977, elle est la fille du photographe de portrait Atsushi Sasaki. A l'université, elle devient l'assistante du photographe Satoru Watanabe, puis se met à son compte après la fin de ses études. Elle vit actuellement à Zushi, ville de la préfecture de Kanagawa.

Au lendemain du Grand Séisme de l'Est du Japon, ses parents sont portés disparus. Le studio de photographie familial est presque entièrement détruit, ne laissant que la chambre noire. Après le 11 mars, elle présente de nombreuses informations sur son blog, qui enregistre ainsi plus de 3000 connexions journalières, et redonne du courage aux familles des zones sinistrées. Actuellement, elle récolte des dons à travers « Courage Onagawa – Projet des boules d'énergie » dont elle est l'initiatrice. Comme première étape, elle a photographié gratuitement la cérémonie de rentrée de l'école primaire et du collège d'Onagawa, dont elle est issue, et dont son père devait se charger à l'origine. Elle a recueilli des dons en vendant les photographies ainsi réalisées. Cette opération à été largement reprise par les journaux et la télévision et a eu un grand impact. Dans ce cadre, elle fait la rencontre de l'association Hug Japan et participe à une exposition. Du 16 au 20 mai 2011, elle organise une exposition à la galerie AIGA de New York, où elle présente ses photographies ainsi que 300 dessins et messages d'enfants des zones sinistrées. Elle a ainsi pu transmettre à travers les images l'attitude positive quotidienne des personnes d'Onagawa et des zones sinistrées.

Conformément au souhait de son père, qui « même s'il ne pouvait faire perdurer le studio familial, désirait que sa fille fasse de la photographie », elle poursuit ses allers retour entre Kanagawa et Onagawa, et tout en renforçant les liens avec les habitants de sa ville natale, elle continuera à fermer l'obturateur de son appareil sur le rétablissement progressif d'Onagawa et de ses habitants.

En 2011, elle a organisé à travers l'archipel l'exposition « LIFE- Regard du père, regard de la fille ». En mars 2012, elle compte publier un recueil d'essais et de photographies. Par ailleurs le même mois, elle organisera une exposition Hug Japan à l'Hôtel de Ville de Paris.

www.monchicamera.com


Akio & Tomiko Oka

Leur boutique de marchands de légumes qui se situait à 100 mètres de la côte a été emportée sans laisser aucune trace. Ils tiennent actuellement un marché en plein air, deux fois par semaine, à Asahigaoka où ils ont leur domicile. "S'approvisionner en légumes le matin et les vendre tous dans la journée, c'est l'origine du métier de marchand de légumes, n'est-ce pas?" dit Akio. Leur marché est devenu une oasis pour les gens du quartier : les sourires attirent les sourires.


Toshiki Watanabe

C'était à cet endroit, devenu un terrain vague à cause du tsunami, qu'il voulait se faire prendre en photo. "Ici, c'est là où j'ai vécu. Ma vie et mon travail étaient là. Même dans cet état ruiné, ça me rend heureux de m'y retrouver." En contemplant ce lieu où se trouvait la fabrique de boîtes en bois pour transporter les poissons, il réfléchissait sur le poids de l'histoire familiale qui remonte à l'époque de son arrière-grand-père. "Il ne faut pas haïr le tsunami. On ne peut pas résister à la nature. Mes ancêtres l'ont surmonté aussi" dit Toshiki. J'espère fort que le jour où il reprendra son commerce comme fabriquant de boîtes viendra le plus tôt possible.


Mana Abe

En première au lycée, Mana a perdu sa chère mère à cause du tsunami. Un mois après le séisme, elle a postulé pour un emploi à la station de radio locale Onagawa FM contre le désastre, souhaitant "faire quelque chose d'utile pour les autres". A côté de sa vie au lycée en semaine, elle travaille comme DJ le week-end. Juste après le Séisme, elle s'était d'abord abritée dans la voiture avec sa famille en jugeant dangereux de rester dans la maison sens dessus dessous. Mais le tsunami déferlait à son insu jusqu'à chez elle alors qu'ils se situaient à 2 kilomètres de la côte. Par chance, une pièce de bois a heurté la voiture en brisant une vitre et elle a pu se sauver en rampant. Elle rayonne de sa volonté de vivre pour elle et pour sa mère.


Chiaki, Rena & Michiko Suzuki

Leur boutique servant aussi de domicile ayant été emportée par le tsunami, la mère et la femme de son premier fils renoncèrent à rouvrir leur commerce. C'est Rena, la fille, qui leur a donné l'occasion de se rétablir. Tout en sachant la peine de sa mère qui travaillait jour et nuit, elle aimait voir sa mère travailler entourée de fleurs. Elle s'est décidée : "je vais remettre sur pied la boutique avec ma mère, et pour ma mère". Le lendemain même, elle a signé les formalités pour arrêter ses études à l'université. Voilà une famille qui surmonte les difficultés en s'unissant fermement, et voilà une boutique de fleurs pleine de sourire.


Hisayuki Aoki

Le travail du Kaisen donya (un ancien agent maritime) est une tâche ingrate et méconnue. Il faut entretenir des bateaux, s'occuper des affaires du marché, et être au courant des types de bateaux qui entrent dans le port ainsi que des variétés et de la quantité des poissons débarqués. On pourrait le comparer au manager d'un groupe de musique qui le soutient en coulisse, et non pas au guitariste ni au batteur sur scène. C'est un métier pour lequel l'expérience et la confiance comptent le plus. Depuis le Séisme, il a élargi son travail avec ses collègues en essayant d'aborder toutes sortes de choses liées à l'industrie de la pêche. S'il n'y a pas de pêche, Hisayuki ne peut pas travailler. Il souhaite que sa ville redevienne comme autrefois, le port de pêche Onagawa réputé à l'échelle nationale.


Hirohiko Oka et sa famille

Auparavant, ils vivaient à Sendai avec sa famille, mais ils étaient rentrés vivre à Onagawa en 2007 pour que les enfants grandissent en pleine nature. Ils avaient ouvert un bar musical Diamond Head. Il y avait une bonne ambiance, avec la toiture d'ardoise traditionnelle et des objets antiques de l'époque Showa qui décoraient l'intérieur, mais ce bar aussi bien que leur domicile a été emporté par le tsunami. En mai, pendant qu'ils vivaient dans un refuge, leur troisième enfant est né sain et sauf. En souhaitant la renaissance d'Onagawa, ils ont baptisé leur fille Asahi (soleil du matin). Espérant offrir un endroit où les gens puissent se réunir et se reposer, Hirohiko va bientôt ouvrir un café gratuit.


Masaki Takahashi

La vieille maison "Takamasa" qui donne sur l'anse Mangoku a eu la chance d'échapper au tsunami. Neuf jours après le Séisme, il a assuré l'alimentation électrique en prenant des mesures d'urgence. Il a produit des agekamas (pâte de poisson frit) chauds pour les distribuer aux sinistrés. Masaaki dirige avec zèle la maison dont il est le quatrième héritier successif, dans le respect de la pensée de son grand-père selon ces mots : "Takamasa est nourrie par la région". Ce dernier était président honoraire de la maison, décédé à cause du tsunami. Polyglotte, maîtrisant sept langues, Masaaki a un point de vue global et un esprit novateur : c'est une personne pivot pour la reconstruction d'Onagawa.


Yuetsu Abe

La vitalité de Yuetsu est admirable : il a recommencé sa vie longue de 70 ans à Tottori, éloigné d'Onagawa. Ce patron de la maison "Yumeshokken", fabriquant des karintôs (biscuit sucré à la farine de blé) originaux, venait de créer une association à but non lucratif Kirara Onagawa employant des handicapés, quand le tsunami a tout emporté. Quand il a retrouvé, parmi les débris, deux machines pétrisseuses dont il se servait habituellement, il s'est juré : "je reprendrai". S'il ne fournissait pas de pâte pour les karintôs aux différentes régions du pays, les usines seraient obligées de suspendre leur service. Rien que pour éviter ces effets secondaires, il fallait qu'il se relève le plus tôt possible. "Pour commencer quelque chose de nouveau, il faut compter dix ans" Le tsunami a tout englouti, mais l'ardeur de Yuetsu est toujours à Onagawa.



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