Mets du Nouvel An
Le début du mois de janvier, qui célèbre au Japon la fin de l'année précédente
et l'arrivée de la nouvelle année, est l'occasion de déguster une cuisine d’un
sens bien particulier ainsi que des plats spécifiques. Il s'agit notamment du
osechi, nanakusagayu et autre kagamimochi. Nous allons aujourd’hui vous
expliquer la signification de ces rites traditionnels de janvier. N'hésitez pas
à vous laisser tenter, pour être plus chanceux, si vous avez l'occasion d'aller
passer le nouvel an au Japon.
(Texte : Satomi Kusakabe, Traduit en français : Therry.C)
Osechi

Le terme "sechi" signifie "saison", et
désigne également "gosekku" ou les jours des
cinq fêtes annuelles d'origine chinoise qui
célèbrent les changements de saison. C'est
l'occasion de remercier les divinités pour la
joie des produits récoltés chaque saison, et au
même titre que ces fêtes sont dédiées aux
divinités, cette cuisine particulière sert à
souhaiter une récolte abondante et une pêche
fructueuse, ainsi qu’à remercier des bienfaits
de la nature. Cette coutume ancienne
remontrait au début de la culture rizicole au
Japon, soit entre le IIe et IIIe siècle avant-JC.
La plus représentative de ces fêtes de saison
se déroule le 7 janvier et correspond au début
de l'année. S'agissant d'une cuisine élaborée à
la fin de l'année, on y utilise des ingrédients
qui se conservent longtemps, et peu à peu son
sens s'est transformé en cuisine de longue
durée pour le début d'année.
Dans cette cuisine de début d'année,
autrement dit osechi, on trouve notamment
du nishime (sorte de pot-au-feu), kobumaki
(rouleau d'algues), gomame (petits poissons
séchés), kinton (sucrer ie sai sonnière),
kamaboko (pâte de poisson), kazunoko (oeufs de hareng salés), datemaki (omelette japonaise
sucrée), ou encore kohada no awazuke
(poisson de la famille du hareng trempé dans
du millet awa), auxquels on peut ajouter de
la daurade, etc. Le plat d’excellence du osechi
est un plat mijoté associant des navets, des
carottes, des salsifis, du tofu grillé, ou encore
des algues, avec des produits de la mer.
La cuisine osechi est disposée dans de
belles boîtes à trois étages. Le premier étage
(ichinojû) comprend les trois plats principaux
que sont les graines noires de soja, les oeufs de
hareng salés et les alevins de sardines séchés
(ou bien des bardanes coupées en morceaux).
Le deuxième étage (ninojû) contient les plats
vinaigrés, et le troisième (sannojû) les plats
mijotés. Les mets sont toujours par trois, cinq
ou sept, en nombres indivisibles.
En outre, chaque ingrédient à sa propre
signification. Les algues correspondent à
la "joie", la daurade au "bonheur", les
pois noirs à la "vie sérieuse", car il y a une
similitude phonétique entre ces termes et leur
association, mais c’est bien leur signification.
Les tazukuri sont emplis d’un sentiment de
prière pour une récolte abondante, et les
marrons glacés (kuri kinton), symbolisant un
bloc d’or, constituent des porte-bonheurs pour
la prospérité dans les affaires ou la richesse.
Les kazunoko symbolisent la "descendance
prospère", et l'omelette sucrée la splendeur,
ou encore la culture ou la studiosité du fait
de sa forme en "rouleau". Le kamaboko est
utilisé dans les plats de célébration car sa
forme de lever du soleil rappelle le rouge
chassant les mauvais esprits et le blanc la
pureté du coeur. Les crevettes, recroquevillées
sur elles-mêmes, signifient le désir de vivre
longtemps et en bonne santé jusqu’à ce qu’on
est le dos courbé.
Toso ou le premier saké de l'année

L'alcool qui accompagne la cuisine
osechi, le toso, trouve son origine dans
une préparation de médicaments contre le
rhume utilisée en Chine durant la dynastie
des Tang (581-618), censée avoir des vertus
de purification du sang et de renforcement
du corps. Les médecins laissaient tremper
des herbes dans du saké ou du mirin et
prescrivaient le breuvage ainsi réalisé contre le
rhume. L'idéogramme to (?) signifie "chasser
les mauvais esprits", et so (?) "revivre en
éveillant son corps et son esprit". Depuis, on
en boit pour chasser les esprits malins et vivre
plus longtemps.
Fabriquons du toso au Japon !
Ingrédients
• 300ml de saké ou mirin
• Toso-san (plantes médicinales : gingembre sec,
cannelle, poivre japonais, etc.)
Mélanger la mixture de toso-san vendue en
pharmacie à 30ml de saké ou de mirin, et laisser
reposer pendant 3 à 4 heures.
Nanakusagayu
On raconte que si vous mangez du nanakusagayu ("Sept
herbes du printemps") le 7 janvier, vous obtiendrez santé,
longévité et richesse. À l'occasion de la fête de changement de
saison du 7 janvier, cette tradition, également originaire de Chine,
veut que l'on déguste sept sortes d'herbes mélangées à un jus
tiède pour chasser les mauvais esprits.
Par ailleurs, le nanakusagayu est également utilisé pour
remettre en ordre l'estomac fatigué par le saké ou les repas festifs.
Recette du nanakusagayu
Ingrédients (pour 4 personnes)
• 7 herbes du printemps • Un volume de riz
• 7 volumes d’eau • Un peu de sel
Lavez le riz et laissez le tremper dans l'eau pendant 30 minutes. Mettez votre riz
dans vos sept volumes d'eau, à grand feu au début, puis 30 minutes à feu moyen
après ébullition. Éteignez le feu lorsque l'eau s'est complètement évaporée,
ajoutez les herbes que vous aurez préalablement coupées en petits morceaux,
et laissez transpirer pendant 10 minutes.
Effets médicaux de sept herbes du printemps
(que vous pouvez trouver dans les boutiques d'alimentation japonaise)

• seri (OEnanthe oenanthe javanica) :
aide à la digestion
• nazuna
(Bourse-à-pasteur capsella bursa-pastoris) :
améliore la vue et les mouvements des viscères
• goyo (Gnaphalium gnaphalium affine) :
calme les envies de vomir et les inflammations
• hakobera ou hakobe
(Mouron des oiseaux stellaria media) :
calme le gonflement des gencives et a un effet diurétique
• hotozenoka
(Lampsane commune lapsana apogonoides) :
soulage les douleurs dentaires
• suzuna (Navet) : favorise la digestion
• suzushiro
(Radis chinois raphanus sativus var. longipinnatus) :
bon pour les douleurs nerveuses et d'estomac
Kagamimochi

Tirant leur nom de leur forme ronde et
plate rappelant un miroir, ces kagamimochi
(un mochi est un petit pavé de riz glutineux)
sont dédiés aux divinités en début d'année.
À l'occasion du Nouvel An, ils sont séchés
et durcis. Le 11 janvier, on les coupe, et la coutume du kagamibiraki (littéralement
"ouverture du miroir") veut que l'on mette
les morceaux dans le zôni (soupe dégustée
en début d'année).
À l'occasion de cette coutume, il est
courant de casser les mochi avec un maillet
ou un marteau, et non de les couper avec
un couteau. Une des raisons est que, ce rite
étant à l'origine pratiqué par les guerriers,
ces derniers n'utilisaient pas d'objets
coupants, car rappelant trop le seppuku.
Tout d'abord, il faut superposer 2 mochi
grandes et petites. Cette action symbolise
le yin et le yang, et permet d'invoquer deux
fois plus de bonheur. On place ensuite une
orange amer. L'arbre, dont le fruit ne tombe
pas même à maturité, aura de nouveaux
fruits l'année suivante, et cette symbolique
de la renaissance d'année en année se
traduit par le souhait de faire prospérer
la famille à travers les générations, et
constitue une superstition de bon augure
de longévité intergénérationnelle. Sous
les mochi, on dispose un shihôbeni, ou
papier de carré blanc dont les côtés sont
rouges. L'intérieur blanc et les côtés rouges
signifient le repoussement des catastrophes.
Recette du shôga mochi
Ingrédients
• 1 morceau de gingembre • 1 shiitake • 4 mochi
• un peu de sauce de soja • 2 cuillères de farine
Faites chauffer la sauce de soja avec de l'eau, et ajoutez-y
les shiitake et le gingembre coupés en lamelles. Ajoutez
ensuite la farine préalablement mélangée avec un peu
d'eau. Versez l'ensemble sur les mochi.
Recette de l'oshiruko
Ingrédients
• Un volume de 200ml d'azuki (haricots rouges)
• Un volume de 200ml de sucre
• Un peu de sel • 800ml d'eau

Faites bouillir les haricots dans l'eau. Lorsqu'ils
deviennent friables, ajoutez le sel, le sucre, et faites
cuire à nouveau. Enfin, ajoutez-y des mochi.
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