La culture du hanami

La culture japonaise veut que l'on admire les cerisiers au printemps et les
feuilles colorées à l'automne. Le hanami, ou le fait de profiter des cerisiers en
fleurs qui annoncent la venue du printemps, attire les foules, et chaque année les
rassemblements festifs se succèdent nuit après nuit. En février 2012, les températures
moyennes de l'archipel étant plus basses que l'année dernière, le bourgeonnement
des fleurs est plus tardif, du coup leur fleurissement à Tokyo est prévu pour la fin du
mois de mars. Mais quelles sont les origines de cette culture du hanami? Voici donc
son histoire.
(Texte: Kei Okishima, Traduit en français : Thierry. C)
Histoire du hanami
Au Japon, les fleurs de cerisier sont le
symbole du printemps. Chaque année au mois
de mars, l'Agence Japonaise de Météorologie
annonce les prévisions de fleurissement de
cerisiers à travers le pays. Le Japon s'étendant
longuement du Nord au Sud, le fleurissement
débute au sud où le climat est plus doux. Tous
les ans au début mars, il commence ainsi dans
la partie Sud de Kyûshû, puis dans le Nord de
Shikoku, dans la région du Kantô et la côte de
la Mer Intérieure de Seto, poursuivant dans
la région du Hokuriku et du Tôhoku, pour
terminer au mois de mai à Hokkaidô. Au Japon,
il y a un dicton qui dit : La fleur des fleurs est
le bourgeon de la fleur du cerisier - le guerrier
est l'homme parmi les hommes. La fleur de
cerisier n'arrive à son terme qu'au printemps et
que dans certaines régions, disparaît au bout
de deux semaines. Ce proverbe signifie donc
métaphoriquement que « le meilleur guerrier
est celui qui telle la fleur de cerisier n'hésite
pas à disparaître soudainement». L'apparence
éphémère des fleurs de cerisier est souvent
comparée à la fugacité de la vie et constitue
chaque année un spectacle très prisé du public,
tout en constituant un paysage important à la
base du sentiment printanier ressenti par les
japonais. Le saké que l'on boit à cette occasion
s'appelle d'ailleurs hanamishu (shu=saké), et est
également un symbole d’élégance.
Concernant l'origine du hanami, plusieurs
théories coexistent. Autrefois, les fleurs des
cerisiers étaient un moyen de connaître l'arrivée
du printemps et de là indiquaient le début de la
période des cultures. Selon cette explication, le
sa du terme sakura (fleur de cerisier) signifierait
« divinité de la montagne », et kura « le lieu
où réside temporairement la divinité de la
montagne ». Ainsi, au printemps, la divinité de la
montagne deviendrait la divinité des cultures, et
descendrait pour devenir la divinité du repiquage
du riz, en habitant temporairement dans les
fleurs de cerisiers en chemin. A cette époque, les
japonais s'asseyaient en cercle sous les cerisiers
accompagnés d'offrandes d'alcool divin, ce qui
serait à l'origine de la coutume du hanami.
Selon une autre explication, ce sont les
rites des nobles qui en seraient à l'origine. En
812, l'Empereur Saga aurait organisé dans le
jardin Shinsei de Heiankyô (ancienne capitale
et actuelle Kyôto) une fête appelée « hana no
en no setsu » (fête des fleurs de cerisier), qui
serait dans les registres le plus ancien hanami.
A l'époque Nara (710~794), on profitait des
pruniers qui venaient à peine d'être introduits
de Chine, mais à l'époque Heian (794~1185),
une nouvelle culture de la noblesse apparaît
du fait de la stabilité politique. L'Empereur
Ninmyô (810~850), comme nouveau symbole
de cette dernière, fait planter devant sa
résidence impériale des cerisiers en place des
pruniers, ce que reproduit bientôt l'ensemble de
l'aristocratie dans ses demeures. Durant l'époque
Heian, les références aux cerisiers augmentent
significativement au sein du célèbre recueil de
waka Kokin Wakashû. Depuis, lorsqu'on parle de
fleurs, on fait référence aux fleurs de cerisiers.
On dit qu'à cette époque les plantations de
cerisiers allaient bon train à travers la capitale,
et à l'occasion du hanami de daigo organisé
par Toyotomi Hideyoshi en 1598, on raconte
que 700 arbres furent plantés dans l'ancienne
région du Kinai (actuelles régions de Nara et
Kyôto), et qu'après la construction du temple
Sanbôin, une grande fête fût organisée. Environ
1300 personnes y auraient participé, dont son
fils Hideyori, son épouse Kitano Mandokoro,
ses concubines Yodo et San no maru et autres
suivantes. De nos jours, chaque deuxième
dimanche d'avril, des processions en magnifiques
habits d'époques (Hôtaikô hanami gyôretsu) se
déroulent dans les enceintes des temples.
Le hanami de nos jours
La tradition actuelle du hanami proviendrait
du soutien apporté par
Yoshimune Tokugawa (1684~1751), 8e
shogun du bakufu d'Edo (ancienne Tokyo), en
faisant pousser des cerisiers sur les digues de la
rivière Sumida, la montagne Asuka ou encore
Goten, allant même jusqu'à y installer des
restaurants pour les badauds venus admirer les
hanami. C'est ainsi que les hauts lieux du hanami
sont apparus les uns après les autres.
Au Japon, la rentrée des écoles et des
entreprises se fait en avril, juste au moment du
début du fleurissement des fleurs de cerisiers.
A cette période, de nombreuses personnes
profitent du hanami. Chaque région dispose de
lieux célèbres où s'alignent les cerisiers, et de la
fin de l'après-midi jusqu'à la nuit, les collègues
et amis se rassemblent et boivent de l'alcool en
profitant des fleurs de
cerisiers. La course aux
endroits ayant des beaux
cerisiers étant féroce,
une personne du groupe
devra se rendre très tôt
le matin pour s'affairer
à trouver une place et y
déposer une bâche bleue
pour la réserver.
Parmi les mets notables que l'on déguste
à cette occasion, on trouve les hanami dango
(brochette de pâte de riz gluant coloré). On
profite ainsi des fleurs de cerisiers en mangeant
les boules roses, blanches et vertes de ses
brochettes, dont l'origine remonte à l'époque
d'Edo (1600~1868) et était le plat parfait pour la
population durant le hanami. Le rose symbolise
la fleur de cerisier et la brise du printemps, le
blanc les restes de la neige de l'hiver, et le vert
l'armoise, signe d'arrivée de l'été.
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