Le Dit du Genji de Murasaki Shikibu, illustré par la peinture traditionnelle japonaise
Le Dit du Genji, de Murasaki Shikibu, dont on fête cette année le millénaire dans le monde entier, est le roman fondateur de la littérature japonaise. Lorsque, il y a sept ans, nous avons entrepris d’éditer ce monument de la littérature mondiale, illustré par la peinture traditionnelle japonaise, ce défi était salué par les Japonais tant il paraissait fou lors de sa genèse.
A l’occasion du 150e anniversaire des relations francojaponaises, célébré par de nombreuses manifestations réjouissantes, je suis heureuse de rendre hommage à la culture japonaise à travers la publication de cet ouvrage illustré de 520 peintures du XIIe au XVIIe siècle, sélectionnées tant en Orient qu’en Occident.
Considéré comme le premier roman psychologique au monde, Le Dit du Genji a depuis toujours captivé les lecteurs par la beauté et l’intelligence de l’écriture de Murasaki Shikibu. Marguerite Yourcenar disait qu’« il ne s’est jamais rien écrit de mieux ».
La découverte du Dit du Genji m’a d’autant plus fascinée qu’il est écrit par une femme au début du XIe siècle, alors que la culture était à cette époque exclusivement réservée aux hommes. Dame de compagnie de l’impératrice à la cour impériale de Heian, Murasaki Shikibu trouvait les modèles de ses personnages parmi ceux qu’elle côtoyait à la cour, et elle les a dépeints avec un extraordinaire souci de l’analyse psychologique et une grande finesse dans l’observation des sentiments et des comportements. Murasaki Shikibu se distingue également par sa sensibilité dans la description des saisons, de l’impermanence des choses et des êtres, et son habileté à construire un récit complexe, peuplé de dizaines de personnages aux destins croisés.
J’aime ce roman-fleuve, ponctué de 800 waka, poèmes le plus souvent métaphoriques par lesquels les hommes et les femmes expriment leurs sentiments amoureux. Dans cette culture aux moeurs sensibles et à l’étiquette sévère, ce texte long, lancinant,prégnant,donne l’impression que les histoires se renouvellent à l’infini.
Le Dit du Genji est aussi l’une des plus importantes sources iconographiques au Japon depuis sa rédaction au XIIe siècle, les scènes de la vie du Genji ayant inspiré un nombre considérable de peintures, les Genji-e, réalisées dans des styles variés sur des rouleaux, pages d’albums, paravents, éventails ou kakemonos.
Nous avons mené des recherches iconographiques sans précédent pendant près de sept ans dans des musées, des monastères et des collections privées à travers le monde entier. Sur plus de 2500 images recensées, nous en avons sélectionné 520 parmi les plus remarquables et les plus proches de la narration.
Nous nous sommes alors entourés de jeunes Japonais, étudiants en histoire de l’art en France, qui nous ont aidés à nouer des relations de confiance avec les conservateurs de musées et à obtenir les autorisations de reproduction des peintures, notamment pour des oeuvres datant du XIIe siècle, classées « Trésor national » au Japon.
La contribution d’Estelle Leggeri-Bauer, spécialiste de la peinture narrative japonaise, maître de conférences à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales, fut aussi essentielle pour choisir les oeuvres et identifier les scènes. Elle est l’auteur de l’introduction à la peinture narrative japonaise et des 500 commentaires iconographiques de l’ouvrage. Ils éclairent les oeuvres, ainsi que les symboles, la religion, les mentalités de l’époque, et soulignent les correspondances jusque-là ignorées entre le texte et la peinture.
Nous avons également entrepris plusieurs voyages au Japon, dans la région de Kyôto, là où se déroule l’intrigue du roman. Ces séjours m’ont permis d’approfondir ma connaissance de l’univers du Dit du Genji, où je revivais les aventures du Prince Genji, toutes empreintes d’amour, de poésie, de danse, de musique et de peinture.
Grâce à cet ouvrage, j’ai rencontré de nombreuses personnalités dévouées à l’étude et à la célébration du Dit du Genji, qui m’ont fait partagé avec beaucoup de générosité leur passion de l’oeuvre. La rencontre de Jakucho Setouchi, moniale qui a réalisé une traduction célèbre de l’ouvrage en japonais moderne, reste l’une des plus belles, marquée par l’émotion et l’expression d’une très grande admiration de ma part.
Ce livre envoûtant, méditation sur le mono no aware cher à la philosophie bouddhiste, « la tristesse inhérente à la beauté du monde », ou encore « la beauté poignante des choses fragiles », nous montre combien, par-delà mille ans et dix mille kilomètres de distance, les sentiments et la complexité de l’homme demeurent.
Ce chef-d’oeuvre de la littérature mondiale avait naturellement une place d’importance au sein de notre collection « Les grands textes de la littérature illustrés par les plus grands peintres ».
Nous voulions qu’il exprime et exalte magnifiquement, par son iconographie d’une finesse et d’une délicatesse extrêmes, les émotions inaltérables et les vertus humaines universelles.
Le Dit du Genji
Traduction de René Sieffert / Préface de Sano Midori
Introduction et commentaires des oeuvres d’Estelle Leggeri-Bauer 520 peintures du XIIe au XVIIe siècle 3 volumes et un livret sous coffret illustré, 1320 pages, 25 x 23 cm
« La petite collection » / Diane de Selliers, éditeur 150€
**Quelques exemplaires de la première édition de l’ouvrage, parue en septembre 2007 - tirage limité - en 3 volumes reliés pleine toile et livret sous coffret de luxe illustré, 1320 pages, au format 29 x 27 cm, sont encore disponibles au prix de 480e.
Renseignements aux Éditions Diane de Selliers
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