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mardi, 18/11/2008 15:32CET

Les petits secrets du calendrier japonais

eto

Un simple calendrier peut-il à lui seul influencer, voire régir le mode de vie, les échanges et la culture de tout un pays ? Dans le cas du Japon, la réponse semble tendre vers le oui. Même si les habitants de l’archipel affirment désormais ne plus y prêter guère d’attention, certaines journées ou périodes de l’année gardent encore pour eux un côté mystique qui nourrit nombre d’anecdotes et de superstitions. Rendez-vous avec certaines particularités du koyomi, le calendrier nippon…

Les secrets du calendrier grégorien, adopté par le Japon en 1873 dans le souci de suivre les tendances occidentales, renvoient en fait pour la plupart à l’ancien calendrier lunaire, né en Chine et utilisé partout dans l’Asie orientale. Ce dernier resta en vigueur pendant des siècles jusqu’au début de l’ère Meiji (1868-1912), mais continue de faire référence dans les campagnes, où il y est jugé proche des réalités de l’agriculture. Les mois de l’année, aujourd’hui nommés à partir d’un numéro indiquant leur place dans le calendrier suivi du compteur gatsu (« mois ») dont l’idéogramme peut également être lu tsuki (« lune »), y portaient des noms plus traditionnels, employés à présent dans un style poétique. Le premier mois était ainsi appelé mutsuki ou « mois de l’amitié », le huitième hazuki ou « mois des feuilles » et le onzième shimotsuki ou « mois du givre ». Les noms donnés aux troisième et cinquième mois, yayoi (terme pouvant être traduit par « longue vie » et désignant le début du printemps) et satsuki (« mois du repiquage du riz ») servent toujours quant à eux de prénoms pour les personnes de sexe féminin. De même que les mois, 24 jours, divisant en périodes égales une année du calendrier lunaire, possèdent un nom évoquant les saisons : parmi les appellations de ces 24 sekki (Nijûshi sekki), certaines restent particulièrement usitées, comme Shunbun (« équinoxe de printemps », 20 mars), Risshû (« début de l’automne », 7 août) ou Tôji (« solstice d’hiver », 22 décembre).


Jours de chance

Le calendrier lunaire permet également d’apprécier l’ancienne division en Rokuyô, ou périodes de « six jours ». Trouvant leurs origines dans un système de divination chinoise adapté par les Japonais à l’ère Muromachi (1392- 1573) mais popularisé à partir d’Edo (1603-1868), ces journées dites Rokki (les « Six Étincelantes ») se caractérisent par le degré de chance qu’elles sont censées apporter. Le premier jour de la série, Sakigachi (ou Senshô), est faste le matin mais pas l’après-midi, comme le soulignent les caractères « avant » et « victoire » qui composent son nom. Le deuxième jour, Tomobiki, s’avère pour sa part bénéfique à toute heure, sauf à midi. Le troisième jour dit Senmake (ou Senbu), avec ses idéogrammes signifiant « avant » et « défaite », est le strict opposé de Sakigachi, apportant malheur le matin et bonheur l’après-midi. Le Butsumetsu, jour de la mort de Bouddha, est considéré comme le plus mauvais, son quatrième rang faisant implicitement allusion à la mort, ou shi en japonais (shi représentant le chiffre 4). Le jour suivant, Taian, est au contraire une journée de « grande chance ». Le sixième et dernier, Shakkô, se veut l’antithèse de Tomobiki, néfaste du matin au soir sauf à midi. Généralement indiquées sur les calendriers actuels, ces journées attisent les superstitions comme un Vendredi 13 en Occident. S’ils les ignorent au quotidien, les Japonais préfèrent tenir compte des dates du calendrier dès qu’il est question d’un événement ou d’une cérémonie. On choisit ainsi les jours de Taian pour les inaugurations ou les ouvertures de magasins, lorsque l’on décide de quitter un hôpital ou, logiquement, pour un mariage. On note cependant que, face au coût impressionnant des cérémonies de ce genre, certains couples acceptent de célébrer leur union un jour de Butsumetsu, les institutions spécialisées dans les mariages proposant des réductions à ceux qui utiliseront leurs services ce jour-là. Dans le même ordre d’idée, des funérailles se tiendront idéalement pour Butsumetsu mais surtout pas pour Tomobiki, de peur d’amener le malheur sur ses proches (le nom suggérant que les amis puissent être « tirés » vers la personne décédée).

Les animaux du zodiaque

Au Japon, outre l’horoscope basé sur les signes du zodiaque tels que nous les connaissons, on utilise un cycle de symboles zodiacaux provenant de la Chine : le Jikkan Jûnishi ou Eto, officiellement adopté par l’impératrice Suiko en 604, s’établit en fait à partir de la combinaison des Jikkan ou dix troncs célestes (les cinq éléments, bois, feu, terre, métal et eau, auxquels était attribuée une valeur positive ou négative) et des Jûnishi, les douze branches terrestres aux noms d’animaux. La légende voudrait que ces derniers soient allés rendre un dernier hommage à Bouddha lors de la crémation de son corps terrestre : le rat, le taureau, le tigre, le lapin, le dragon, le serpent, le cheval, le mouton, le singe, le coq, le chien et le sanglier lui témoignèrent leur dévotion, dans un ordre que la tradition a conservé pour les années du cycle zodiacal. Outre le fait que l’on retrouve ces animaux sur les cartes de voeux de nouvel an, tous les Japonais associent leur année de naissance à celle de l’animal qui lui correspond, et il est admis que les animaux-totems influencent la personnalité et la bonne fortune de tout un chacun, en même temps qu’ils vérifient la pertinence des mariages. Selon l’horoscope, les personnes nées par exemple sous le signe du rat en 1948, 1960, 1972, 1984, 1996 ou 2008 doivent épouser de préférence quelqu’un du signe du dragon, du singe ou du taureau, et éviter de convoler avec un natif du cheval. Un véritable zoo…

Travail et fête

Pour en rester avec les animaux, on signalera l’existence dans le calendrier nippon, aux alentours de septembre, octobre et novembre, d’une période atypique, dite saison de sanma, du nom de ce poisson de la famille des scombrésocidés proche du balaou et que l’on consomme en quantité importante, cuit au gros sel, grillé ou frit accompagné de riz, durant quelques semaines. Les Japonais sont peut-être de grands mangeurs de poisson, mais ils sont, ne l’oublions pas, d’invétérés travailleurs, et là-bas, le 1er avril ne prête pas forcément à rire, puisqu’il représente le début des nouvelles années, fiscale d’une part, et scolaire (nendo hajime) d’autre part – les élèves qui rentrent non en septembre mais au printemps n’ont pas vraiment de vacances d’été mais beaucoup de devoirs à faire chez eux. Malgré cela, on n’oublie pas non plus les plaisirs de la vie, notamment ceux de l’alcool. Une chanson festive intitulée Nippon Zenkoku Sakenomi Ondo (« chanson pour boire dans tout le Japon ») s’amuse depuis 1979 à prétendre dans ses paroles que l’on peut boire tous les mois de l’année, en trinquant à tout (à la fête des poupées en mars, aux cerisiers en fleurs en avril, aux Typhons en septembre) et même à rien, comme en ce mois de novembre. Peu importe le calendrier, du moment qu’on a la santé…

Yvan Romanoff


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