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mardi, 16/12/2008 14:56CET

D'une année à l'autre au Japon...


Après un début de mois de décembre marqué par les bônenkai, des « célébrations pour oublier l’an qui vient de s’écouler » permettant de s'amuser entre collègues autour d’une table de bar-restaurant, puis par des fêtes de Noël plus romantiques et commerciales qu'autre chose, les Japonais doivent préparer idéalement le passage à la nouvelle année. Pas le temps de se blottir sous les couvertures chauffées du kotatsu : à l'approche du réveillon, il y a du remue-ménage sur l'archipel...


Toshikoshi Soba31 Décembre

La veille du nouvel an, appelée Ômisoka, est tout d'abord marquée dans les foyers nippons, s'il n'a pas été fait quelques jours en avance, par un grand nettoyage d'hiver, dit Ôsôji, encore plus important que celui que l'on effectue généralement au Printemps. Également pratiqué dans les écoles la dernière journée de classe ou, plus sporadiquement, dans les entreprises qui peuvent se permettre un brin de rangement en fin d'année, ce profond ménage, véritable institution au Japon, a surtout pour vocation de purifier les lieux, de chasser les mauvais esprits afin de recevoir au mieux le Toshigami, le dieu de l’année qui vient selon la religion shinto. Autrefois, on remplaçait le papier washi servant aux portes coulissantes traditionnelles (shôji) et les plus aisés pouvaient même intégralement changer les tatamis de la demeure. Aujourd'hui, on se contente juste de sortir ces derniers pour les battre et les faire respirer, et à l'intérieur, on traque la poussière de fond en comble. Si l'entretien de l'habitation est d'ordinaire l'affaire de la femme mariée, pour l'Ôsôji, tout le monde s'active, les enfants, les grands-parents et même l'homme de la maison.

C'est également en famille que se passe le repas du 31 au soir, l'une des rares fois de l'année où toutes les générations peuvent finalement se retrouver. On y déguste notamment le Toshikoshi-soba, les « nouilles de sarrasin du passage de l’An », symbole de longévité, pour se souhaiter bonne santé, le tout souvent devant la télévision et ses programmes de variétés. Le plus célèbre et médiatisé d'entre eux reste sans doute le fameux Kôhaku Uta Gassen (« le combat de chansons entre Rouges et Blancs »), proposé chaque année depuis 1953 par la chaîne publique NHK. Ce long programme musical réunit les meilleurs artistes de la scène japonaise et les révélations des douze derniers mois répartis en deux équipes, féminine (en rouge) et masculine (en blanc). Il laisse à partir de 23h45 la place à une émission intitulée Yukutoshi-Kurutoshi, qui montre, pour ceux qui n'y sont pas déjà, ce qui se passe dans les temples bouddhistes, et plus particulièrement pour faire entendre, au moment des douze coups de minuit, le Joya no Kane, les 108 coups de cloche, donnés dans le but d'éliminer les 108 défauts et passions (bonnô) qui rongent le coeur de l’homme.


Shishi mai1er Janvier

« Shin nen akemashite omedetô gozaimasu ! » (Bonne Année !) : voilà une phrase que les Japonais vont dire, entendre ou lire très souvent pour le Nouvel An, ou Oshôgatsu. Le 1er Janvier, nommé Ganjitsu, est un jour de repos où les membres de la famille reçoivent les nengajô, les cartes de voeux du Nouvel An. Envoyées pendant le mois de décembre mais délivrées uniquement à partir du début de l’année, ces cartes, souvent à l’effigie du signe zodiacal chinois à l’honneur, sont l'objet d'un véritable rituel social. Elles remportent un succès tel que le Ministère des postes et télécommunication japonais organise chaque année une loterie dont les gagnants sont désignés grâce aux numéros inscrits au bas des cartes. Seules les familles en deuil ne doivent pas en recevoir, mais elles auront d’abord pris soin de prévenir leur entourage de la situation.

Tôt le matin du Nouvel An, les Japonais peuvent aller, parfois habillés en kimono, au sanctuaire shinto ou au temple bouddhiste des environs pour effectuer leur première visite de l'année (hatsumôde), prier pour le bonheur et la bonne santé de leur personne et de chacun des membres de leur famille, ou tirer au sort en échange d'une offrande une divination ou omikuji, écrite sur une bande de papier et faisant office de prédiction. Les endroits les plus connus, à l'image du temple Meiji Jingû de Tokyo, connaissent durant les premiers jours de janvier des taux de fréquentation records qui se chiffrent en millions de visiteurs.

Pour le repas traditionnel du 1er Janvier, on déguste l'Osechi-ryori, des plats de circonstance préparés à l’avance - ou achetés en magasins, la coutume voulant que l'on ne cuisine pas au Nouvel An - et conservés dans des boites laquées superposables (jubako). On y trouve logiquement des plats à base de légumes divers (osechi), capables de ravir à la fois les yeux et le palais, mais le mochi (pâte de riz cuit à la vapeur) et l’ozôni (bouillon de légumes avec de la viande ou du poisson) sont également fréquemment au menu.

KadomatsuJour férié oblige, tout le monde prend du bon temps dans la maison, dont l'entrée aura été au préalable décorée, généralement avec des kadomatsu, ornements faits de branches de pin et de bambou et censés apporter la prospérité au foyer. Si certaines familles japonaises se contentent de rester tranquilles chez elles tandis que les plus jeunes jouent aux jeux vidéo, d'autres essaient tant bien que mal de faire vivre la tradition. Là-bas, on pourra jouer au Hyakunin isshu (« cent poèmes »), jeu de cartes dont le but est de reconstituer de petites histoires, ou au Karuta, consistant à retrouver, parmi toutes les cartes illustrées étalées sur la table, celle dont le dessin correspond à ce qu'énonce un arbitre. Les plus jeunes peuvent aussi s'amuser au Fukuwarai en plaçant les yeux bandés différentes parties du visage sur la tête bouffie d'une Otafuku, se défier au Sugoroku, jeu de société à michemin entre Serpents et échelles et Monopoly, jouer au Hanetsuki, ancien cousin du badminton, ou aux toupies (koma), ou encore faire voler des cerfs-volants (tako). Au final, les enfants se voient offrir des étrennes de la part des membres de la famille sous la forme d’une enveloppe contenant de l’argent, l’otoshidama, argent qui sera sans doute très vite dépensé, mais les parents n'y peuvent pas grand chose, en futilités. Que voulezvous, le début de l'année est avant tout placé sous le signe du plaisir. Preuve en sont les shinnenkai de Janvier, les « célébrations pour fêter la nouvelle année », où l'on se retrouve à nouveau entre amis pour boire un coup, exactement comme en Décembre...

Ilan Nguyên


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