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mardi, 13/01/2009 12:49CET

Interview de Kiyoshi Kurosawa


Kiyoshi Kurosawa fête ses 10 ans en France avec « Tokyo Sonata »

Kiyoshi Kurosawa est reconnu comme un maître du cinéma dans le monde entier. Ses films, à la fois fantastiques et modernes, montrent la société japonaise d’aujourd’hui d’une manière originale. Depuis que ses films ont été présentés en France en 1999, ils restent comme une référence pour les cinéphiles français. Nous avons eu la chance de lui poser des questions sur sa vision des films contemporains, sur son dernier film « Tokyo Sonata », et sur sa collaboration avec Hiromi, son épouse.

au festival de Cannes en mai 2008
Kiyoshi Kurosawa (gauche) applaudit par les spectateurs et ses acteurs, lors de la présentation de « Tokyo Sonata » au festival de Cannes en mai 2008.


Hiromi et vous, vous êtes invités partout dans le monde par des festivals de cinéma. Quel est le festival auquel vous êtes particulièrement attaché? Quel est l’événement qui vous a marqué?

Je me souviens bien du festival international du film de Toronto en 1998. Comme le vol d’Air Canada avait été annulé suite à une grève, nous avons pris aux États-Unis un taxi, puis un bus pour enfin arriver à Toronto très tard dans la nuit. Notre réservation à l’hôtel avait été annulée et nous étions complètement perdus. Nous sommes alors allés au bureau du festival qui était déjà fermé, mais heureusement nous sommes tombés sur le directeur du festival, Noah Cohen, qui nous attendait seul à l’entrée.

Comment Hiromi participe-t-elle à la production du film ?

Le rôle principal de Hiromi est de me donner des conseils pour développer mon idée initiale. Ensuite, elle lit le traitement et le scénario pour qu’on les vérifie ensemble. À chaque étape nous examinons tous les deux si l’écriture avance correctement. Je ne me souviens même pas combien de fois nous avons dû abandonner une idée ou combien de fois j’ai dû réécrire entièrement un traitement.

Quels sont les difficultés et les avantages de travailler en couple ?

Nous travaillons tout le temps ensemble sans limites de temps, ce qui est à la fois difficile et intéressant. Quand le travail avance bien, l’écriture devient de plus en plus approfondie. Mais dans le cas contraire, le projet risque d’être bloqué quasi éternellement. Mais pendant le tournage du film sur lequel plusieurs personnes travaillent, Hiromi n’intervient pas. Car le tournage doit avancer vite dans un temps limité qui exige une décision rapide. Aussi est-ce moi qui dirige le tournage et Hiromi s’occupe de la comptabilité et des contacts divers.

Votre dernier film qui a reçu le prix du jury « Un Certain Regard » au Festival de Cannes, « Tokyo Sonata », est votre premier film qui montre un drame familial depuis « Licence to live ».

Je ne sais pas expliquer la raison précise pour laquelle j’ai traité ce sujet. Mais je voulais une histoire qui n’ait rien à voir avec les films d’horreur que je fais d’habitude.

Lors de la projection de « Tokyo Sonata » à Cannes, quelques scènes ont fait rire les spectateurs. Cette réaction était-elle une bonne surprise ou non ?

Comme ci comme ça. Je n’avais pas l’intention de faire une comédie, alors j’ai été surpris que les spectateurs rient. Cependant, j’ai pensé que cette réaction spontanée était la preuve qu’ils étaient fascinés par le film et j’ai considéré cette réaction plutôt comme un bon signe. De plus, ces rires n’étaient pas du tout méprisants, mais plutôt gais et chaleureux. S’ils ont ressenti un bonheur quelconque à travers ce film, cela me fait très plaisir.

Quels sont pour vous les charmes du Festival de Cannes ?

Tout d'abord, j’apprécie le niveau des films qui sont présentés en sélection officielle. De plus, chaque année, la sélection m’impressionne dans la mesure où il y a une convergence entre les films commerciaux et les films d’auteur. Mais je trouve ce festival plutôt compétitif que festif : c’est comme une course où il y a des gagnants et des perdants. Aussi quand un de mes films est sélectionné à Cannes, je sens autour de moi une atmosphère surexcitée que je ne rencontre jamais dans aucun autre festival ce qui n’est pas sans entraîner une certaine fatigue.

Comment avez-vous vécu l’année 1999 où vos films sont sortis pour la première fois en France?

L’année 1999 a été une année extraordinaire. Non seulement j’ai réalisé deux films, mais aussi ai-je participé à de nombreux festivals dans le monde entier. En France, deux de mes films, « Cure » et « Charisma », ont été distribués. De plus, il y a eu deux rétrospectives en même temps au Festival d’Automne et au Forum des Images. Hiromi et moi, nous nous sommes rendus à Strasbourg, Amiens, Toulouse, Montpellier, Lyon et Orléans, sans bien sûr oublier Paris. Tous ces voyages ont été éprouvants, mais cela m’a permis de montrer mes films à de nombreux spectateurs français, si bien que je suis convaincu qu’il y a des spectateurs en France qui attendent avec impatience la sortie de mon nouveau film, grâce à toutes ces rencontres de 1999.

Huit de vos films sont sortis en France. Quelles sont les sorties dont vous gardez un souvenir particulier?

« Cure » est mémorable, parce que c’était mon premier film distribué en France. Mais je me souviens bien aussi de la sortie de « Séance », qui était un film produit pour la télé japonaise. Bien que ce dernier soit un film intimiste, il est sorti en salles comme un film de cinéma, ce dont j étais ravi.

Comment considérez-vous les films japonais de nos jours ?

Malheureusement, des films sans aucun intérêt sortent massivement au Japon. Pourtant, certains réussissent commercialement malgré leur qualité médiocre. C’est une situation ennuyeuse, mais qui peut avoir un côté positif : en effet, dans cet afflux de films, parmi eux peuvent quand même se glisser quelques films intéressants, bien qu’évidemment ce genre de films ne rencontre pas l’adhésion du public moyen. Je ne sais jusqu’à quand cette situation va durer, mais il est en soi positif qu’il y ait une recrudescence de nouveaux films.

« Tokyo Sonata » va sortir en France le 25 mars. Quel est votre message aux spectateurs?

Ce film doit son style à une des traditions du film japonais, le drame familial. J’aimerais que les spectateurs en France découvrent par eux-mêmes comment ce genre de films se rattache à une tradition ancienne que pour ma part j’essaye de renouveler.


Sayaka Atlan


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