Punks et poupées :
l'essor de la mode japonaise en France
A l'instar des mangas ou des dessins animés, représentants incontournables de la culture populaire nipponne, la mode vestimentaire de l'archipel trouve depuis quelques années ses marques en France, et c'est aujourd'hui sans aucun complexe que les jeunes arborent les créations audacieuses et extravagantes qui font fureur dans les quartiers tendance de Tokyo.
Habituée des conventions françaises consacrées à la culture japonaise, Julie, 17 ans, ne manque pas d'attirer les regards des visiteurs lorsqu'elle se rend dans les salons avec sa robe rose à froufrous et son ombrelle fantaisie. Sa tenue, elle l'a adoptée « pour coller au personnage de Momoko », la poupée Barbie du film Kamikaze Girls (Shimotsuma Monogatari) jouée par l'actrice Kyoko Fukada. Son copain Emmanuel, 18 ans, a choisi pour sa part un style sombre, plutôt glam/punk afin de ressembler, maquillage aidant, aux artistes de visual kei (rock japonais « visuel ») qu'il idolâtre. Deux genres opposés qui témoignent à la fois de l'impressionnante diversité et de l'étrangeté de la mode japonaise, qui pourtant séduisent de plus en plus de jeunes de 15 à 25 ans, un public majoritairement féminin et généralement acquis à l'animation et à la musique nipponne - c'est souvent en découvrant le look des groupes qui chantent les génériques de dessins animés que les amateurs s'intéressent à la mode japonaise. Ce public trouve en fait dans cette tendance un cachet impossible à dénicher ailleurs. Par mode japonaise en France, il ne faut toutefois pas entendre les grandes collections de stylistes réservées aux défilés, ni les habits de marque Uniqro aux coupes simples et aux couleurs vives que l'on peut trouver à Paris. En France, on mise avant tout sur la mode des quartiers tokyoïtes branchés, Shibuya et Harajuku en tête. Le premier, connu pour avoir été dans les années 1990 le lieu de rassemblement des kogaru et des ganguro aux apparences tape-à-l'oeil, reste dans les esprits le théâtre d'une mode qui fait la part belle aux tenues d'écolières, aux loose socks (chaussettes tombantes), aux vêtements courts et aux accessoires voyants, portés par des « Shibuya girls » aux cheveux décolorés. A Harajuku, on donne en revanche davantage dans les styles rock (notamment punk et visual kei, plus androgyne et moins agressif que le premier), dans le style lolita, avec des filles littéralement habillées comme des poupées, mais aussi dans le gothique - un gothique malgré tout assez différent de ce que ce que l'on peut voir en Europe et où il est plutôt question d'aspect que de mentalité. On retrouve ainsi plusieurs mouvances : le style sweet lolita s'inspire par exemple de l'époque Rococo avec des robes aux couleurs pastels, beaucoup de dentelles et éventuellement une peluche pour rappeler l'enfance. Le gothic lolita est plus sobre, avec des minijupes bouffantes dans les tons noirs ou blancs. Enfin, le style des elegant gothic lolita est lui caractérisé par de longues robes élégantes et un maquillage plus important.

Made in Japan, ou presque...
Ce sont précisément ces mouvements un peu underground que la bien nommée boutique de prêt-à-porter Harajuku a décidé d'importer en plein coeur du 5ème arrondissement de Paris dès décembre 2006. « A l'origine, j'organisais des concerts de rock japonais », explique Frédéric Ou, le gérant du magasin. « L'idée de créer cette enseigne m'est venue en constatant le nombre de personnes qui ne savait où s'habiller pour assister à ces événements ». Depuis, les adolescents - et mieux encore, leurs parents ! - se pressent en bandes dans la boutique à l'ambiance volontairement hétéroclite pour admirer, essayer et acheter les articles directement venus du Japon, tous proposés en pièces uniques, introuvables ailleurs et soigneusement sélectionnés pour une clientèle avide d'originalité et de qualité. De la robe de soirée luxueuse aux t-shirts troués à têtes de mort en passant par les pantalons à sangles, il y en a pour tous les goûts, et pour tous les budgets. Pour Amandine Bardales, vendeuse du magasin, on paie surtout la marque japonaise. La boutique propose en effet les griffes les plus connues dans le milieu nippon, comme Putumayo ou H-Naoto pour le style punk ou Angelic Pretty côté lolita, et peut se targuer de distribuer de manière exclusive la marque de vêtements Moi-Même-Moitié créée par Mana, le guitariste du fameux groupe de visual kei Moi Dix Mois.
Si certaines enseignes, comme Boddywood à Paris, proposent-elles aussi leur lot de créations purement nipponnes avec des marques telles que Baby-The-Star- Shine-Bright, d'autres ont décidé de lancer des collections françaises inspirées par la mode japonaise. C'est le cas de la marque Kawaiko, dédiée aux jeunes filles fascinées par la culture manga, qui regroupe sous une même bannière les créations et les coups de coeur de la styliste Corinne Prosé, créatrice de plusieurs marques pour enfants et même d'une ligne exclusivement distribuée au Japon. Son concept store parisien et sa boutique en ligne offrent ainsi depuis bientôt deux ans un large éventail de looks, d'objets et de bijoux « kawaii » (mignons) mais pas enfantins. Un simple avant-goût de la « véritable » mode japonaise, réservoir de styles modernes tour à tour innovants, incroyables ou inquiétants. Comme conclut Frédéric Ou, « il est très difficile de décrire cette mode incroyablement éclectique, si ce n'est qu'elle fait tout dans l'extrême et l'exagération ».
Yvan Romanoff
Adresses utiles :
Harajuku 17 rue Lagrange, 75005 Paris
Concept store Kawaiko 146 rue Saint-Denis, 75002 Paris www.kawaiko-store.com
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