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Japon par-ci par-la

L’art de vivre les bains au Japon : le SENTÔ
Helene Diane Rappillard   
mercredi, 01/04/2009 21:19CET

Le bain au Japon est un moment privilégié : à l’origine, rituel de purification lié à l’influence du Shintoïsme, il est aussi un moment de relaxation, de détente et un moment important de la vie quotidienne.
Au Japon existe une culture du bain, ancrée et riche de sens. La douche, concept importé de l’Occident, ne comporte qu’un sens pratique alors que le bain autant familial que le bain public a diverses fonctions et rôles.

Dans la maison traditionnelle japonaise, il n’y a pas de salle de bain, ainsi aller au bain public permettait de combler ce manque. L’ancêtre du bain public est le bain de vapeur dans les temples bouddhiques à l’époque où le Bouddhisme fut importé au Japon à partir du 6ème siècle.

SENTÔ
Entrée du Sentô où je loge.

Chaque prêtre prenait un bain avant de prier et au Japon, offrir un bain à son hôte est un signe d’hospitalité.
Le terme de Sentô apparaît en 1401, « SEN » signifiant « Argent » et « TÔ » signifiant « eau chaude ».
Le développement des bains publics se fait au 16ème siècle – le premier Sentô date de 1591 -, chaque quartier possédant son bain public. Il était coutume de s’y rendre en famille.

Aller au Sentô, c’est l’attente de pouvoir passer un moment de détente mais aussi de convivialité avec les voisins de quartier; c’est un véritable lieu de sociabilité où la nudité anéantit tout rapport de hiérarchie sociale. Il y a une expression en japonaise utilisée pour décrire la relation que vont entretenir deux personnes allant au bain : « Hadaka no tsukiai » qui, littéralement signifie, « une relation nue », nue dans le sens de la nudité physique mais, qui, allégoriquement, signifie le fait de « se parler à cœur ouvert ».

SENTÔ
A l’intérieur du bain public,
avec le traditionnel Mont Fuji peint en fond.

Autre point important également : sous l’époque d’Edo, les incendies étaient très fréquents à Tokyo et il était préférable de se laver dans un lieu public, et non chez soi, pour éviter les risques d’incendie. Je loge dans une famille propriétaire d’un bain public vieux de quatre-vingt ans se situant en plein cœur de Tokyo dans un quartier traditionnel et calme. Le Sentô se trouve à l’emplacement d’un puits de 130 mètres dont l’eau potable, est utilisée pour le bain.

La vie dans un bain public – généralement, dans tous les bains publics traditionnels, le lieu d’habitation et le bain public, commerce de la famille, sont juxtaposés, si bien que le bain et la maison ne forment qu’un et le passage du bain à la maison se fait par une porte intérieure – est réglée par l’heure d’ouverture du bain à 15 h et par sa fermeture à 23h, l’heure du ménage où tout le monde s’entraide.

Le Sentô, à la différence du « Onsen » qui est une source d’eau chaude thermale, comporte une salle de machines qui réchauffent l’eau du puits électriquement. Le bruit sourd de leur activité se fait entendre dans toute la maison. Quand je vais au bain, je suis toujours amusée d’observer la convivialité entre les clientes, dont la majeure partie sont des personnes âgées, qui, en tant qu’habituées du quartier, ont comme marqué leur territoire au sein même de l’espace du bain.

SENTÔ
Vue depuis l’intérieur de la partie habitée de la maison.

Le rapport à la nudité est très simple et naturel, l’acte de se laver est vu comme un acte de purification. Et jusqu’en 1945, date où le Japon capitulait face aux Américains, les bains étaient mixtes. J’ai un jour, entendu une anecdote selon laquelle, face aux ordres de soldats américains de séparer les hommes des femmes dans les bains publics, un propriétaire de bain ne savant comment les séparer, fit pendre un fil d’une extrémité à l’autre du bain et déclara cela être une ligne de partage homme / femme.

Maintenant, un mur sépare ces deux parties et après avoir passé le « Noren » de la porte d’entrée du bain, rideau de coton servant traditionnellement d’enseigne et qui, sorti, signifie que le magasin est ouvert, on dépose ses chaussures dans des casiers en bois, avant d’entrer véritablement dans le bain.

SENTÔ
SENTÔ

Là, quelqu’un vous souhaite la bienvenue – j’ai déjà tenu la place à l’accueil, les réactions sont toujours assez amusantes – et le bain se divise en deux parties avec des rideaux où est écrit d’un côté le kanji de la femme et de l’autre, celui de l’homme.

Une fois à ce stade et entré dans le bon côté, différentes étapes sont à suivre et à respecter. Le bain en lui-même est constitué de trois zones : la salle de déshabillage - avec des casiers dont la clé comporte un ruban qui se garde autour du pied pendant le bain - qui fait aussi office à la sortie du bain, de salle de relaxation et de repos, avec fauteuils à massage, bancs et même machine à peser. La deuxième zone est la zone de lavage, où le corps doit être lavé et propre avant d’entrer dans le bain à proprement dit et qui constitue un espace en lui-même.

On se lave assis par terre ou sur un tabouret à la hauteur de robinets et de douches les unes à côté des autres. On a aussi à sa disposition un seau avec lequel on peut se verser de l’eau.

SENTÔ
Entrée avec casiers à droite où l’on dépose ses chaussures.

SENTÔ
Accueil du bain, à gauche, entrée du bain pour les hommes.
M. Hara, propriétaire du Sentô.

On trouve aussi une douche « à l’Occidentale » mais elle est réservée pour la fin, pour se laver une dernière fois après être sorti du bain commun et avant de se rhabiller. La température de l’eau des bains communs varie entre 40°C et 50°C, ce qui demande d’y entrer tranquillement, et, une fois habitué, cela provoque une sensation de soulagement et de détente. On trouve également des jets d’eau « jacuzzis » pour se relaxer le dos. A cause de la chaleur élevée du bain, il est conseillé de n’y rester que 5 à 10 minutes puis d’aller se baigner directement dans le bain d’eau froide. Ce contraste de température est très apprécié par les Japonais et est réputé être bon pour la circulation du sang.

SENTÔ
C’est ici qu’on se déshabille avant d’entrer dans le bain.

Le Sentô est un élément de la culture japonaise unique mais fragile et son avenir inquiète leurs commerçants. Le Sentô est en déclin depuis la prolifération et le succès des SPAs auprès des jeunes japonais.

Le fils de ma famille d’accueil qui va reprendre le commerce, désire perpétuer la tradition du bain public et actuellement, prépare la commercialisation de l’eau du puits sous le label « Vibestar ».

SENTÔ

Fuji san
Le Mont Fuji, montagne sacrée pour les Japonais
et un des symboles du Japon,
est aussi un élément traditionnel peint dans
les murs des Sentô.

SENTÔ
Bain où l’on peut se relaxer tout en contemplant le Mont Fuji.


Le Sentô où je loge se nomme « Ten jô yu », littéralement « l’eau sur le territoire des seigneurs ». La famille s’appelle la famille HARA.

Article par Hélène Rappillard Photos par Shuya Kumazawa et Hélène Rappillard


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