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mardi, 14/04/2009 13:00CET

Sword of the Stranger :
la fine lame de l'animation japonaise

ANDO MasahiroMalgré ce que tendent à montrer les sorties de films en ce moment avec les exploitations successives d'Evangelion et, à plus grande échelle en France, de Ponyo sur la falaise, le cinéma d'animation japonaise ne s'arrête pas aux adaptations d'oeuvres connues à travers le manga ou la télévision, ni aux réalisations de MIYAZAKI Hayao : riche et inspiré, il ose en effet aussi s'aventurer sur des terrains peu exploirés, apanage jusqu'ici des films en prises de vues réelles. C'est notamment le cas du long-métrage Sword of the Stranger de ANDO Masahiro, vibrant hommage à ce genre si particulier qu'est le chambara...

Le récit de Sword of the Stranger se déroule dans le Japon de l'époque Sengoku, à l'extrême fin de l'ère Muromachi (1336-1573), dans une période trouble de guerres civiles. Pourchassé par des Mings venus de Chine qui souhaitent le sacrifier pour accomplir un rituel occulte censé offrir la vie éternelle, le jeune orphelin Kotarô, accompagné par son chien fidèle Tobimaru, trouve refuge dans un abri de fortune en pleine campagne après avoir fui le temple où il vivait. Il y fait la connaissance d'un rônin ou samouraï errant, Nanashi (« Sans Nom »). Ancien soldat émérite aux ordres d'un seigneur, ce dernier a décidé de ne plus se battre après avoir été traumatisé par les horreurs du conflit. Prisonnier des cauchemars de son passé, le katana scellé à son fourreau, Nanashi prend cependant la défense de Kotarô lorsque surgissent de mystérieux agresseurs, et accepte même d'escorter l'enfant et de l'aider à trouver un médecin capable de soigner Tobimaru, empoisonné au cours des combats, en échange d'une pierre précieuse. Faisant au départ route ensemble un peu contre leur gré, l'ancien guerrier en quête de rédemption et le garçon caractériel vont apprendre à mieux se connaître et finir par tisser de solides liens d'amitié, et ce sera sans retenue aucune que Nanashi volera au secours de son protégé lorsque sa vie sera en danger. Cependant, il devra faire face à un adversaire redoutable en la personne de Luo-Lang, un bretteur émérite d'ascendance européenne appartenant à la milice Ming menée par Bai- Luan, beaucoup moins concerné par la capture de Kotarô que par la recherche d'un rival à sa hauteur. Nanashi sera-t-il obligé de laisser à nouveau parler sa lame ? Réponse dans les cinémas français dès le 27 mai, jour de sortie de cette fresque épique et violente qui remet le film d'époque ou jidaigeki, genre très populaire il y a quelques décennies mais à présent délaissé, et ses histoires de samouraïs au goût du jour, avec une mise en scène technique et virtuose dont le résultat à l'écran évoque ce qu'auraient pu faire Sergio Leone ou KUROSAWA Akira s'ils avaient dirigé un film d'animation.

Sword of the Stranger

Un film qui tranche du reste de la production

Premier long-métrage distribué au cinéma par l'éditeur Beez Entertainment, Sword of the Stranger (Stranger - Mukoh Hadan en version originale) est également le premier film basé sur une histoire originale du studio BONES - à qui l'on doit déjà des séries à succès telles que RahXepon, Eureka Seven ou Darker than Black ou les adaptations cinéma des célèbres Cowboy Bebop ou Full Metal Alchemist. Il trouve en fait son origine (dans un pilote de trois minutes.......) Elle trouve en fait son origine dans un pilote de trois minutes, réalisé en 2003 par ANDO Masahiro, un ancien animateur ayant fait ses armes auprès de OSHII Mamoru avec Ghost in the Shell ou au sein de Production I.G. avec Jin-Roh avant d'intégrer le studio BONES. Ce prologue fut diffusé lors de l'événement Tokyo Anime Fair de la même année, dans le but de trouver des investisseurs. « Lorsque l'on fait un film animé adapté d'une oeuvre bien connue, il y a toujours des gens prêts à financer le film. Or, avec le producteur MINAMI Masahiko du studio BONES, nous avions décidé de faire quelque chose d'original, un film d'époque, mais en animation, et nous avions du mal à trouver des investisseurs. C'est parce qu'il nous semblait plus simple de présenter notre projet de manière visuelle plutôt qu'avec des mots que nous avons fait ce pilote », explique ANDO Masahiro. Le studio BONES ayant remporté un grand succès avec la série Full Metal Alchemist, c'est finalement en 2007, après quelques années de chantier, qu'ANDO termine son premier long métrage en tant que réalisateur. Le choix du film de sabre n'est pas anodin. ANDO a principalement accepté de faire ce film pour le défi que représentaient les séquences d'action, l'animation des personnages et la maîtrise du mouvement dans un style de combat réaliste : « J'étais convaincu que l'on pouvait faire aussi bien avec un long-métrage d'animation qu'avec une production en prises de vues réelles. Pour cela, je me suis beaucoup inspiré des films de chambara », indique ANDO avant de citer comme références Zatoichi de KATSHU Shintaro, Les 13 tueurs (Juusan-nin no Shikaku) de KUDO Eichii, Hara-kiri (Seppuku) de KOBAYASHI Masaki ou encore des films de FUKASAKU Kinji tels que Le samouraï et le shogun (Yagyû ichizoku no inbô) ou Samurai Sword of the StrangerReincarnation (Makai tenshô). Le réalisateur poursuit : « dans les films de ce genre, il y avait la dramaturgie qui permettait de faire sentir l'action et l'action qui renforçait la dramaturgie, et bien qu'il soit difficile de faire ressentir les émotions à travers des images irréelles en deux dimensions, je tenais à insister dans mon film à la fois sur le côté action et sur l'aspect psychologique ». D'où le choix de personnages « étrangers », sortis de la société traditionnelle féodale, et d'un récit aussi bien réaliste qu'intimiste et émouvant, imaginé par le scénariste TAKAYAMA Fumihiko (Mobile Suit Gundam 0080, Patlabor WXIII) avec lequel ANDO s'est découvert de nombreux points communs dans la manière de travailler. S'il n'a pas été un énorme succès commercial au Japon, Sword of the Stranger a largement gagné sa reconnaissance à l'échelon international, glanant différents Prix et allant même jusqu'à figurer en lice aux nominations des derniers Oscars. Comme le rappelle ANDO Masahiro, « même si l'histoire se passe au Moyen Âge au Japon, le film parle avant tout d'un drame humain et de sentiments comme le désir, l'ambition, l'envie de protéger quelqu'un ou la mauvaise conscience. C'est parce qu'il utilise des éléments universels que Sword of the Stranger peut être apprécié dans le monde entier ».

Yvan Romanoff

Propos traduits par Shoko Takahashi Remerciements à Adrien Lorenzo et Keibun Fukuda de Beez Entertainment

Sword of the Stranger
Sortie : 27 mai 2009
Réalisateur : Masahiro Ando
Scénariste : Fumihiko Takayama
Avec les voix de Tomoya Nagase, Yuuri Chinen, Kouichi Yamadera, Naoto Takenaka.

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