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dimanche, 29/06/2008 01:57CET

Les jeunes japonais au bord de la crise de nerfs

En 2008, avec pour commencer le tueur fou du quartier Shinagawa à Tokyo le 5 janvier, puis celui du 23 mars dans la préfecture d'Ibaraki, et enfin le 8 juin dernier à Akihabara, les incidents meurtriers sont fréquents. Le point commun entre tous est que l'agresseur est toujours un jeune d'une vingtaine d'années, sans emploi ou freeter1, et déclarant dans ses aveux qu'il était venu tuer « n'importe qui ». Que se passe-t-il donc avec les jeunes japonais, après la survenue de cette série meurtrière, dans ce que le monde entier considère comme le pays le plus sûr?

En 2004, d'après les chiffres du Ministère de la Santé, du Travail et du Bien-être, il y avait environ 500 000 freeters en 1975, 1 000 000 en 1992, et 2 000 000 en 2002, soit quatre fois plus en l'espace de 30 ans. Même s'il est vrai que certains jeunes avouent préférer cette précarité qui leur permet de prendre plus facilement des congés qu'un employé en CDI, un grand nombre d'entre eux n'a pu en réalité trouvé l'emploi qu'il souhaitait, et se retrouve bon gré mal gré dans cette situation. Ces dernières années, même si le système s'est occidentalisé, les entreprises japonaises ont toujours préféré former de nouvelles recrues en leur sein dans un environnement clos, contrairement aux entreprises occidentales qui privilégient l'emploi de salariés expérimentés. Avec le rétablissement de la conjoncture, même si la tendance est à l'augmentation de l'emploi de jeunes diplômés, le cadre des recrutements en cours de carrière demeure très étroit. Les jeunes terminant leurs études supérieures, s'ils ne trouvent pas de suite une promesse d'embauche, n'ont pas d'autre choix que de devenir freeters. De plus, après l'éclatement de la bulle spéculative, les débouchés ont diminué suite aux faillites successives des entreprises, et on estime que l'une des raisons de l'augmentation des freeters est la concentration des nouvelles entreprises vers l'emploi d'une main-d'oeuvre bon marché, préférant à des employés en CDD des intérimaires ou des personnes en contrats précaires.

On peut également noter ces dernières années qu'un nombre important de jeunes de la génération des jeux vidéos, peu à l'aise avec la communication, s'adonnent aux conversations indirectes via les forums internet et les réseaux sociaux, et contribuent ainsi à l'augmentation rapide des « hikikomoris » (ou « cloîtrés») et des «NEET» 2. Si l'on en croit le rapport 2006 « Tendances mondiales de l'emploi des jeunes » publié par l'Organisation Internationale du Travail (OIT), le nombre total des NEET dans le monde représenterait 4% de l'humanité, soit environ 20 000 000 de personnes. Le Japon en compterait 680 000.

Concernant cet incident d'Akihabara, le suspect avait été licencié de son emploi d'intérimaire à l'usine, et n'ayant pas la chance d'avoir quelqu'un à qui se confier, il a éprouvé un sentiment d'aliénation par la société, perdant ainsi tout espoir en l'avenir avant de perpétrer son crime. Après les faits, des messages tels « je vais tuer comme lui » ou « j'éprouve de la sympathie pour le tueur » ont été trouvés sur internet, projetant ainsi au-devant de la scène le problème de l'emploi des jeunes au Japon.

Afin de résoudre ce problème de l'emploi précaire des jeunes, le gouvernement a réfléchi après cet incident à un projet de révision de la loi sur le travail intérimaire, qui dans un premier temps interdirait les contrats d'une journée.

Le problème de l'instabilité de l'emploi des jeunes et des NEET, qui se trouve à l'arrière-plan de cet incident, ne concerne pas seulement le Japon, mais l'ensemble des pays développés. Nous nous souvenons encore de la fusillade survenue en février dernier dans une université américaine. Même la France, pays qui fait face aux problèmes d'immigration et de l'emploi des jeunes avec notamment les grandes manifestations de 2006, ne peut résumer l'incident d'Akihabara à un simple évènement d'un lointain pays d'orient.

Hajime Yanagisawa
traduit du japonais par Thibault Chasleries


1 : Néologisme formé à partir du terme anglais free (liberté) et du mot allemand arbeiter (travailleur), désignant des jeunes optant pour des CDD.
2 : Acronyme anglais NEET pour « Not in education, employment or training » - personnes n'étant ni dans le système éducatif, ni en emploi, ni en formation.


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