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Accueil arrow Lire les anciens articles arrow Écologie : le Japon à la chasse aux gaspis


mardi, 16/06/2009 17:07CET

Écologie :

le Japon à la chasse aux gaspis

Le 30 mai dernier, une douzaine de volontaires Japonais de l’association «Green Bird» ont donné l'exemple en procédant à une vaste opération de nettoyage en plein Paris, histoire d'inciter la population à garder la ville propre. Une initiative originale qui montre à quel point les habitants de l'archipel sont aujourd'hui préoccupés par les problèmes d'environnement. Le Japon, cinquième plus gros pollueur mondial, doit en effet désormais faire face à ses responsabilités et, dans sa lutte contre le réchauffement climatique, multiplier les directives en faveur de l'écologie.


Dans cette société de consommation qu'est l'empire nippon, l'une des premières questions qui s'est posée historiquement dans le domaine environnemental est celle des déchets («gomi»). Confronté lors des années fastes à la poussée des achats et à l'augmentation brutale du volume de détritus produits par habitant, le pays a dû prendre des mesures concernant leur traitement. Après le fiasco de la campagne nationale de construction d'incinérateurs, lesquels finiront par s'avérer néfastes pour la santé en raison des rejets de dioxine qu'ils ont pu engendrer, on a fini par se tourner vers le système des trois «R» : Réduction (limitation des déchets au niveau des processus de fabrication), Réutilisation (des produits et des pièces utilisés) et Recyclage (des produits collectés pour en faire la matière première de nouveaux produits). Héritiers d'une vertu qui prône l’harmonie avec la nature, les Japonais utilisent l’expression «mottainai» pour indiquer qu'il est dommage de jeter des choses qui pourraient encore servir. Ce terme résume surtout l’idée d’une société particulièrement attentive au recyclage.

Gare aux poubelles !

Incroyablement sophistiqué, au point d'en devenir caricatural, le tri sélectif remporte tous les suffrages en dépit des contraintes qu'il impose. A dire vrai, on ne badine pas avec ça au Japon : il faut constamment trier ses déchets, que ce soit à la maison ou à la sortie des combini (supérettes ouvertes 24 heures sur 24). Le tri sélectif peut d'ailleurs être différent suivant les régions, les villes, voire les quartiers. On distingue au minimum trois catégories de déchets, celle des papiers / verres / métaux, celle des plastiques et celle regroupant tout ce qui peut être incinéré, qui iront dans trois poubelles distinctes. Les choses sont souvent plus complexes, chaque pâté de maison, chaque pavillon disposant de sa propre politique de recyclage, détaillée via des documents qui peuvent atteindre la vingtaine de pages. Le ramassage des ordures ne se fait pas tous les jours et selon la journée, on ne peut pas jeter n'importe quoi, certains déchets n'étant même récupérés qu'une seule fois par mois ! Aujourd'hui les canettes, demain les bouteilles en plastique lavées, sans bouchons et sans étiquettes, après-demain cartons et papiers, rangés et attachés par types, packs de lait d’un côté, journaux de l’autre... A chaque jour sa poubelle ! Cela facilite certes les choses pour les services de ramassage, mais complique aisément le quotidien de tout un chacun. Il faut avant tout être organisé. Si dans certains immeubles, il y a bien des containers en permanence, dans la plupart des résidences, il faut stocker les déchets. Gare à ceux qui oublient de les jeter au bon moment, sous peine de devoir les conserver encore une semaine ou plus ! Gare également à ceux qui ne jettent pas correctement leurs déchets. En dehors des sachets spécifiquement réservés aux produits combustibles, les sacs doivent être transparents afin de permettre aux éboueurs de contrôler le contenu, et les résidents sont parfois priés d'inscrire leur nom (ou le numéro d'appartement) sur les poubelles jetées, pour avoir la chance d'être réprimandé et de voir leur «bien» revenir devant leur porte s'ils se sont trompés. Une espèce de dictature pour le bien de tous, qui atteste en tout cas d'une véritable obsession pour le tri écologique, sans doute pour compenser la sur-utilisation d'emballages destinés aux produits de consommation courante et la distribution à qui mieux mieux de sacs en plastique et de paquets de mouchoirs parfaitement inutiles.

Le temps de l'action

Si le Japon est l'un des plus faibles producteurs de dioxyde de carbone, il demeure le cinquième pays au monde à émettre le plus de gaz à effet de serre (1,371 milliards de tonnes entre mars 2007 et mars 2008). Conformément au Protocole de Kyoto, il doit à présent chercher à réduire ces émissions de gaz de 6% par rapport aux chiffres de 1990 d'ici 2012. C'est pour cela que fut institué un mouvement national appelé «Team Minus 6%» visant à diminuer d'un kilogramme la quantité de CO2 émise par personne et par jour en encourageant la population à adopter de nouveaux comportements (mieux régler climatisations et chauffages, faire des économies d’eau et d'électricité, adopter une conduite responsable au volant, utiliser des produits écologiques ou privilégier le cabas réutilisable au lieu des sacs d’emballages pour les courses). A côté de ce mouvement qui a déjà vu s'engager plus de 13 000 entreprises et collectivités, ainsi que 1,13 million d'individus, on a lancé un grand nombre d'actions en faveur de l'écologie. Le Shibukasa, un groupe de personnes soucieuses de l'environnement, a par exemple mis en place le recyclage de parapluies, un objet de consommation courante au Japon, trop souvent acheté et jeté sitôt l'averse passée. Grâce au système du Shibukasa, on peut emprunter gratuitement un parapluie dans un des abris de l'organisme, puis le ramener et recevoir en échange une somme d'argent en Earthday Money, utilisable auprès des enseignes partenaires. D'autres mesures sont plus cocasses : les autorités du baseball japonais ont par exemple instauré depuis peu de nouvelles règles pour abréger les matches, afin de limiter les dépenses d’énergie et contribuer à la lutte contre le réchauffement climatique. En écourtant le temps de rotation des équipes et des lancers, les parties ont été raccourcies d’environ 12 minutes, ce qui doit permettre de rejeter sur un an 209 tonnes de dioxyde de carbone en moins dans l'atmosphère.

Tout roule pour l'écologie !

Au-delà de la simple économie d'énergie, tout le monde n'a plus en tête qu'une expression, «Cho-shoene », la «super-économie d'énergie». Même chez les industriels de l'électronique et de l'électro-ménager, on mise de plus en plus sur les appareils super-économes: réfrigérateurs capables d'éviter les déperditions d'énergie, lave-linge ou lave-vaisselle limitant l'usage de l'eau, ou téléviseurs à la fois haute-définition et basse-consommation. La chasse aux gaspillages se fait dans tous les domaines et tous les (petits) coins, et c'est presque tout naturellement que l'on trouve chez le géant Matsushita des toilettes électroniques économiques et propres sur le plan environnemental, dont le siège et l'eau utilisée pour le jet de lavage des fesses ne sont en réalité chauffés que lorsque que quelqu'un s'en sert. Il faut enfin souligner l'intérêt croissant des Japonais pour les solutions écologiques, parmi lesquelles figurent les voitures électriques et autres véhicules hybrides. Destinée à concurrencer la Toyota Prius, la pionnière du genre, la berline hybride Insight de Honda fut ainsi la voiture la plus vendue au Japon en avril dernier, une première pour cette classe de véhicule. Les plus écolos peuvent toujours continuer à rouler en vélo, si possible sans moteur, mais cela, ce sera pour un autre article...

Yvan Romanoff


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