Tout comme le lointain Japon, où ils font l’actualité, les mangas connaissent un énorme succès en France. Récemment, de plus en plus de jeunes Français souhaitent devenir dessinateurs de mangas, ou mangaka, le but ultime étant de réaliser ce rêve au Japon. Mais attention, même au Japon, le monde des mangas n’est pas si simple. Alors, existe-t-il des moyens pour un Français de réussir à devenir mangaka au Japon? Nous allons tenter de le découvrir ici.
Individualité française et primauté japonaise du lecteur
Que ce soit des histoires de héros, ou bien des histoires du quotidien sur la vie au travail ,à l’école, ou au sport, le monde des mangas japonais est extrêmement vaste. Par comparaison, il y a la même marge d’expression que dans le cinéma. Tout cela est soutenu par un système propre au Japon. Alors que les bandes dessinées sont l’oeuvre d’une voire de deux personnes, les mangas sont réalisés par le concours commun du dessinateur et de l’éditeur. Entre autres, ce dernier analyse en amont les besoins actuels des lecteurs afin de proposer un thème à dessiner au mangaka. Un des principes culturels au Japon étant que le lecteur prime sur tout. De plus, les mangas sont généralement d’abord publiés dans des magazines spécialisés. Cela commence par de courtes histoires, qui si elles obtiennent la reconnaissance des lecteurs, seront publiées périodiquement, et si elles connaissent le succès, elles auront droit à leur publication indépendante. Cette dernière étant extrêmement coûteuse, on recueille donc d’abord des fans via le magazine puis on sort le manga à proprement dit le cas échéant. D’ailleurs, que ce soit Dragon Ball, Akira, Naruto, ou encore One Piece, tous étaient à l’origine des publications régulières dans ce type de magazines. Il s’agit donc de la clé du succès 12pour réussir au Japon. Alors, comment faut-il faire y arriver? On peut bien sûr commencer comme assistant ou fréquenter une école, mais il existe surtout deux points principaux.
Tout d’abord, il faut remporter le shinjinshô (prix du meilleur jeune talent de l’année). En effet, il existe au Japon un concours qui permet de repérer les futurs dessinateurs. La plupart de ces prix sont destinés aux Japonais, mais certains sont réservés aux étrangers. En obtenant notamment le prix MICC de la société d’édition Kôdansha, vous aurez alors de très bonnes chances de faire vos débuts comme professionnel.
Le second point est le mochikomi, ou le fait d’apporter directement son oeuvre à une société d’édition, ce qui à le mérite de savoir instantanément si l’on est retenu ou non. Le seul obstacle de cette pratique étant la barrière de la langue, il est conseillé de se faire accompagner d’un agent spécialisé.
Quels sont alors les atouts nécessaires pour obtenir le shinjinshô et réussir le mochikomi? L’aspect primordial est le contenu de l’oeuvre. Frédéric Toutlemonde, rédacteur en chef du magazine Euromanga, seul au Japon spécialisé dans la BD, nous explique ainsi : « le niveau exigé par les éditeurs japonais tant sur la maitrise du dessin que sur la narration est très élevé. Je pense que certains dessinateurs français dans le style manga comme Philippe Cardona ou Kaze d’Omega complex arrivent à ce niveau de maitrise et devraient servir d’exemple, de repère aux jeunes dessinateurs. Ensuite, il faut pouvoir répondre à l’attente des lecteurs japonais, en étant capable de supporter les conditions de travail difficiles (peu de garanties pour beaucoup de travail, horaires difficiles contraignants,…). Il est également nécessaire de savoir comment s’affranchir du problème de la langue ». Il insiste sur le fait qu’il n’est d’ailleurs pas absolument nécessaire de réussir de suite au Japon. « Il vaut mieux tout faire pour réussir à débuter en France, ce qui jouera sur la réussite future au Japon. Les lecteurs français devraient plus soutenir les dessinateurs français d’inspiration japonaise». Motoharu Okumura, rédacteur en chef du magazine de manga Morning, explique que malgré la barrière culturelle, il est important « de ne pas limiter l’expression mais plutôt choisir un thème large ». En général, « les mangakas sont tous fermes sur leurs positions, mais quelques fois il faut savoir être courageux et mettre son ego de côté. Il est précieux d’être souple, et de savoir quelques fois écouter et essayer les avis des éditeurs ».
De plus, votre style ne passera pas forcément à l’étranger. Alors même s’il est important d’avoir le courage de mettre en valeur sa personnalité, il faut également savoir écouter les éditeurs en se mettant en retrait.
Étapes de réalisation d’un manga
Collaboration: Jean-paul NISHI
A l’aide du thème, on dessine le storyboard. On y présente entre autres l’histoire, les dialogues, la répartition des pages, les cadres.
On modifie le name avec les conseils de l’éditeur, et on dessine les véritables contours au crayon sur la feuille originale.
On repasse sur les traits dessinés à l’étape précédente avec un crayon à encre.
A l’aide d’un screentone (trame spéciale qui permet d’appliquer au dessin des motifs ou des ombres) on applique différents motifs au dessin.
Shinjinshô
M.I.C.C (Morning International comic competition)
Convention organisée par le magazine de mangas Morning de la société Kôdansha. Les candidatures viennent du Japon et des autres pays. Le vainqueur pourra faire ses débuts comme professionnel! (La prochaine session n’est pas encore déterminée).
e-morning.jp/mimc/
4th International MANGA Award
Ce prix a été créé pour “vérifier les dessinateurs qui contribuent à la diffusion des mangas à l’étranger”. Les lauréats sont récompensés à Tokyo par le ministre des Affaires Étrangères, et leurs oeuvres sont exposés au Musée du manga de Kyoto. Les rencontres sont organisées avec des mangakas et éditeurs connus. www.manga-award.jp
Contact: des ambassades de chaque pays
Agent spécialisé dans les mangas
World-manga
Yukarina Shiina de World-manga. Elle a notamment permis à Felipe Smith et Philippe Cardona de faire leurs débuts comme mangakas au Japon. world-manga.com
*Japonais ou anglais uniquement
École de mangas
NIHON KOGAKUIN COLLEGE
École spécialisée possédant une section manga/animation et des installations matérielles professionnelles. De nombreux mangakas en sont issus. Il y a même des classes d’animation en anglais. www.neec.ac.jp/cie/us/
TEL : 81-3-3732-8411
FAX : 81-3-3732-8412
*Japonais ou anglais uniquement
Osaka sogo college of design
École spécialisée possédant une section manga. Elle possède le plus au taux de réussite comme mangaka de tout le Japon. Le diplômé Yuu Watase a déjà publié en France. L’établissement possède un foyer pour les étudiants étrangers et dispense des cours gratuits de japonais et d’anglais. www.oscd.jp/index.php
TEL : 81-6-6376-2100
FAX : 81-6-6376-2738
*Japonais ou anglais uniquement
KYOTO SEIKA UNIVERSITY
Université disposant d’une section manga où il est possible d’étudier auprès d’enseignants mangakas. En troisième année, il y a un stage comme assistant auprès d’un mangaka. www.kyoto-seika.ac.jp/index.php
TEL : 81-72-702-5100 / 0120-075017
(Numéro gratuit au Japon)
*Japonais ou anglais uniquement