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mardi, 13/07/2010 14:00CET

Mariage à la japonaise


©CERULEAN TOWER TOKYU HOTEL

Ces dernières années au Japon, le mariage connaît des difficultés et l'âge du premier engagement ne cesse de reculer. Dans un contexte de diminution des naissances et de crise financière, la conception même du mariage à évolué depuis quelques années. Tentons d'en saisir la réalité d'aujourd'hui.

Texte: Mikiko IKEDA - Office IKEDA, en collaboration avec PRESS PARIS Traduit en français: Thibault. C

Tout d'abord pourquoi se marie-t-on ?

Au Japon, on peut officialiser un acte de mariage en le retranscrivant dans l'état civil, mais il est également possible, sans acte de mariage, de vivre en couple en concubinage. Ce mode de vie n'étant pas reconnu légalement, il ne permet pas de bénéficier de réduction de couple ou de l'héritage de son conjoint, mais au prix de formalités compliquées à la mairie, il est cependant possible de s'ajouter sur l'assurance du partenaire et de bénéficier ainsi de quelques garanties sociales comme la pension du conjoint décédé. Dans la vie de tous les jours, on peut également obtenir des réductions de famille pour les téléphones portables. Depuis quelques années, on voit augmenter le nombre de cas de femmes indépendantes financièrement qui choisissent volontairement ce statut et conservent ainsi leur nom de jeune fille, tout en révélant cette situation à leur entourage.

Malgré tout, cela reste un phénomène minoritaire et bien moins répandu que le PACS français. Et même s'il est désormais commun de se marier à la suite d'une grossesse, la tradition sociale qui veut que l'on se marie d'abord et que l'on conçoive ensuite des enfants perdure, et le mariage est donc plus avantageux socialement et légalement. D'ailleurs, outre le facteur économique, la confiance sociale qu'il inspire est certainement un élément important.

* Selon la législation en vigueur au Japon, il convient de choisir l'un ou l'autre des noms de famille lors d'un mariage.

Situation du mariage et du divorce

Selon une enquête nationale s'intéressant à l'évolution du taux de mariage, on constate que quelques fluctuations se répètent durant les 15 dernières années, mais la situation reste assez stable dans son ensemble. En revanche, le taux de personnes non mariées ne cesse d'augmenter d'année en année atteignant, chez les 25-29 ans, 70% des hommes et 60% des femmes. De plus, durant cette période, l'âge moyen du mariage à reculé de 2 ans, passant à 30,4 ans pour les hommes et 28,6 ans pour les femmes.

Concernant le divorce, malgré un pic en 2002, sa fréquence n'a fait que diminuer depuis, et la situation est désormais stable. Afin d'avoir un aperçu concret, comparons simplement le nombre de mariages et de divorces, et l’on obtient ainsi 3,5 divorces pour 10 mariages (chiffres issus des statistiques du Ministère de la Santé et du Travail). En 2009, il y ainsi eu 253 408 divorces pour 707 824 mariages, soit un rapport de 35,8%. On constate donc une augmentation très importante des divorces, puisqu'il y a 20 ans, ce chiffre était seulement de 20%.

Konkatsu ou « la chasse au mariage »

Malgré le recul de l'âge du mar iage, on constate également des engagements à n'importe quel âge. En effet, si l'âge du premier mariage s'effectue de plus en plus tard, les cas de mariages suite à grossesse chez les 18-25 ans sont en augmentation. Ainsi, tout le monde ne se marie plus comme autrefois aux alentours des mêmes âges. Le monde est devenu pratique, et l'on peut désormais survivre sans être marié. Socialement aussi, on observe désormais une tendance à laisser le choix de se marier ou non à l'intéressé. De ce fait, même si l'on ne se limite plus au timing que l'on avait imaginé pour se marier, on observe un nouveau phénomène de personnes qui ne peuvent pas se marier malgré leur souhait.

Dans cette situation, un sociologue à en 2007 inventé un nouveau terme désignant l'ensemble des activités mises en oeuvre pour se marier (konkatsu). Ce mot-valise, contraction du terme kekkon katsudou, révèle que tout comme pour trouver un emploi, il faut s'employer à diverses activités et moyens pour se marier. Dans le Japon d'aujourd'hui en pleine crise démographique le konkatsu, connaît un véritable boom, au point d'être soutenu par de plus en plus de collectivités locales, fai sant de lui plus qu’un s imple phénomène de mode.


©Chinzan-so

Toile de fond du boom du konkatsu et son apport

Il est possible de mettre en avant différentes raisons ayant mené à ce boom. Ne pas pouvoir se marier malgré son envie n'est pas nouveau, mais c'est la première fois que ce phénomène connait une telle médiatisation à travers ouvrages et séries télé. De plus, suite à la crise économique mondiale, on a pu observer un certain nombre de per sonnes recherchant un partenaire économiquement stable.

Cette remarque est particulièrement valable pour les femmes. Les 20-40 ans s'inscrivant dans des agences matrimoniales ou sur des sites internet sur le konkatsu ne cessent d'ailleurs d'augmenter. Auparavant, on cherchait à «s'améliorer, à être aimé, et il était beau d'être choisi, et mal vu de tout faire pour se marier». Mais l'échelle des valeurs à changé depuis ce boom, et tout comme il semble désormais «difficile de se marier sans bien s'y préparer», la conception même du mariage a évolué dans les mentalités. Dans un environnement social qui fait tout pour résoudre le problème de la baisse de la natalité, il est désormais possible de dire ouvertement que l'on cherche à se marier, ce qui constitue un des très grand changement de ces dernières années.

Différences entre ce que recherchent les hommes et les femmes

Si l'on compare les espérances des uns et des autres, les femmes, pour plus de tranquillité d'esprit, privilégient la stabilité économique. Dans le même état d'esprit , les hommes souhaitent à l'inverse être heureux, apaisés, et privilégient ainsi l'aspect psychologique.

Pour les conditions concernant le partenaire, les hommes font particulièrement attention au caractère et à l'apparence, contrairement aux femmes qui, très réalistes, s'attachent à la capacité à travailler, l'avenir, le caractère, l'apparence, ou encore le parcours scolaire. En plus de celles citées auparavant, ils aspirent tous à la concordance de plusieurs autres conditions, ce qui ne fait que rendre la tâche plus difficile.

Par exemple, on trouve ce genre de stéréotype : «grand avec un parcours scolaire exemplaire, beau et gentil, et gagnant annuellement 1,5 fois plus que moi». Comme vous l'imaginez, ce genre de prétendant est très rare, et même s'il existe, il est certainement déjà marié. On observe ainsi une discordance entre l'offre et la demande, et les personnes ne pouvant se marier augmentent de plus en plus.


©Chinzan-so


Cérémonie à la japonaise

Au Japon, on ne célèbre pas le mariage à la mairie comme en France. Le dépôt de l'acte de mariage se distingue ainsi de la cérémonie. Parmi les variations possibles, on note notamment le style chrétien, shintô, bouddhiste, ou bien familial, le premier étant le plus à la mode et représentant environ un mariage sur deux. Dans ce cas, on traverse l'allée centrale jusqu'à l'autel vêtue d'une belle robe blanche. La cérémonie se déroule dans la chapelle d'une église ou d'une salle dédiée. La particularité du mariage à la japonaise est qu'il ne correspond pas forcément à la croyance religieuse des époux.

On trouve ensuite le mariage shintô. Sur un fond de musique traditionnelle japonaise gagaku, les 2 époux portent un kimono dans la plus pure tradition du style japonais. Cette cérémonie toujours très populaire se déroule dans un sanctuaire shintô ou bien une salle aménagée.

Après la cérémonie, il est de mise d'organiser un banquet avec la famille, les amis et les collègues de travail. Récemment, les styles de cérémonies aussi se diversifient. Dans un restaurant ou un salon réservé, il est désormais possible d'effectuer la cérémonie au moment du banquet devant les invités, de se rendre spécialement à l'étranger pour célébrer son mariage, de partir en voyage directement après la cérémonie, ou bien encore de ne pas faire de cérémonie en prenant simplement des photos dans un studio.


Présentation d'une agence matrimoniale prenant en compte des critères très fins

Tout comme en France, on trouve au Japon de nombreuses agences présentant entre eux des personnes souhaitant de marier. Avec le boom du konkatsu, les adhérents de ce secteur sont en constante augmentation. Selon la société O-net, grande entreprise du secteur effectuant des croisements de données, son effectif dépasserait les 40 000 adhérents. Cette entreprise, dont les adhérents enregistrent 136 critères de données précises, propose un service mensuel présentant chaque mois 6 personnes correspondant parfaitement aux critères saisis. Elle propose jusqu’au lieu de rencontre, et peut organiser des fêtes ou séminaires, et peut même mettre à disposition un professionnel qui suivra les futurs époux de leur rencontre à leur mariage. Espace de rencontres par prédilection, le lieu de travail ne comprend souvent que des collègues dont de nombreux déjà mariés, ce qui limite les vraies rencontres en tant que telles. Dans cette situation, faire appel à ce type de service peut sembler judicieux.


Situation des mariages et divorces internationaux

Au Japon, on décompte environ 40 000 couples dont l'un des partenaires est étranger, ce qui représente un peu plus de 5% des mariages. Connaissant une augmentation depuis 10 ans, la situation reste stable malgré quelques fluctuations annuelles. Dans 80% des cas, le mari est Japonais et la femme étrangère, laissant ainsi 20% de femmes japonaises mariées à un étranger.

Si l'on observe le classement par nationalité jusqu'à la 5ème place, on remarque que l'épouse étrangère est majoritairement asiatique, alors que le mari étranger peut être occidental. Pour information, les Français ne figurent même pas dans les 8 premières places.

Pour les femmes:Pour les hommes:
1 Chine1 Corée
2 Philippine2 États-Unis
3 Corée3 Chine
4 Thaïlande4 Angleterre
5 Brésil5 Brésil

Concernant les divorces, ils représentent environ 7,5% des 250 000 divorces annuels. Alors que les divorces de Japonais diminuent d'année en année, on remarque une constante augmentation des divorces de couples mixtes.
(Source: statistiques 2008 du Ministère de la Santé et du Travail)


Le mariage, affaire d'Amour ou de paperasserie ?

Pour un Français, la conception même du mariage au Japon peut être la chose la plus surprenante. En général, un homme et une femme se rencontre, s'aiment, décident d'un style de vie commun en se mariant ou bien se pacsant, voire simplement de vivre à deux sans plus de formalités, mais tout cela toujours dans un cadre d'amour réciproque.

La vision du mariage par les Japonais est quelque peu différente. De la rencontre à l'éventuel choix mariage, le processus reste identique, mais la prise de décision est très importante. En effet, on prend en considération la situation économique individuelle, l'âge, ou bien encore l'avis des parents. Le mariage constitue donc un style de vie parmi d'autres. Si une personne exprime le souhait de se marier l'année prochaine, et qu'on lui demande avec qui, la réponse la plus commune sera souvent qu’elle ne sait pas mais qu’elle souhaite juste se marier.

Inversement, après plusieurs années de mariages, même s'il n'y a plus d'amour mais que la situation convient, il n'y aura pas nécessairement de divorce. De nombreux couples restent mariés dans un but économique et pour le bien des enfants. Cette conception est bien éloignée de la pensée des Français qui ne peuvent vivre avec quelqu'un s'il n'y a plus d'amour.


Source: O-net, Inc.




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